L'association "AWARE" veut écrire une histoire de l'art "paritaire"

Par @Culturebox
Publié le 01/06/2017 à 09H59
L'artiste Niki de Saint-Phalle le 16 mars 1983 à Paris devant ses sculptures exposées dans le quartier Beaubourg

L'artiste Niki de Saint-Phalle le 16 mars 1983 à Paris devant ses sculptures exposées dans le quartier Beaubourg

© GEORGES BENDRIHEM / AFP

"Il n' y pas d'art féminin", mais il y a des artistes femmes, souvent peu montrées, parfois tardivement reconnues ou simplement oubliées : l'association AWARE veut écrire une histoire de l'art au féminin.

"Sonia Delaunay a attendu un demi-siècle pour sortir de l'ombre de son époux Robert. Louise Bourgeois avait 96 ans lorsque le Centre Pompidou lui a consacré sa première rétrospective", rappelle la cofondatrice de l'association, Camille Morineau, directrice des expositions et des collections de la Monnaie de Paris. D'où l'idée de créer un fonds documentaire pour faire connaître les oeuvres des femmes artistes de la fin du 19e et du 20e.
Araignée géante de Louise Bourgeois, rétrospective au Centre Pompidou en 2008

Araignée géante de Louise Bourgeois, rétrospective au Centre Pompidou en 2008

© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Le principal outil d'AWARE (Archives of Women Artists Research and Exhibitions) est son site internet bilingue www.awarewomenartists.com, qui propose biographies, articles de recherche, compte-rendus d'exposition, agenda... Une nouvelle version sera en ligne à la mi-juin.

Chercheurs, historiens d'art, organisateurs d'expositions ont également accès à un centre de ressources (livres, catalogues, documents) dans les nouveaux locaux de l'association à Paris.

"Une histoire que personne ne connait"

Fondée par sept femmes aux parcours divers (experte-comptable, écrivaine, avocates, violoniste), AWARE organise également des tables rondes et des colloques en partenariat avec des universités et centres de recherche - le prochain sera consacré à l'histoire des sociétés de femmes artistes et des expositions collectives.

"Une histoire que personne ne connaît", relève Camille Morineau, qui a été commissaire de l'exposition Niki de Saint Phalle au Grand Palais en 2014-2015 et a conçu l'accrochage elles@centrepompidou (2009 - 2010). "Il y a à chaque fois la volonté d'associer le monde des musées et le monde universitaire", souligne la présidente d'AWARE, une structure qui n'a pas d'équivalent dans le monde.

L'association, qui propose aussi des visites régulières dans les musées autour des artistes femmes , a décerné en février dernier à Laëtitia Badaut Haussmann son premier prix AWARE (doté de 10.000 euros).

20 à 30% seulement des lauréats des distinctions les plus prestigieuses de l'art contemporain

Les femmes sont en effet beaucoup moins primées que les hommes : 20 à 30% seulement des lauréats des distinctions les plus prestigieuses de l'art contemporain comme le Prix Marcel Duchamp en France ou le Turner Prize en Grande-Bretagne.

Malgré son coût, AWARE a fait le choix d'une diffusion en français et en anglais : "Les traductions, c'est notre plus gros budget. Le second c'est celui des illustrations sur le site internet, car nos payons tous les droits pour reproduire les oeuvres des artistes", relève Camille Morineau, qui a reçu le soutien de la Fondation Chanel et de la société de conseil Theano Advisors.

La place des femmes dans l'art contemporain est également au programme de la Monnaie de Paris. Camille Morineau prévoit une exposition collective tous les deux ans environ sur un moment historique ou un thème "que les femmes ont traité avec plus d'acuité".