La "famille" Charlie se réunit au Salon du dessin de presse

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 28/09/2015 à 14H12, publié le 25/09/2015 à 14H25
Caricatures représentant Honoré, Cabu, Wolinski, Tignous et Charb, les dessinateurs assassinés dans l'attentat du 7 janvier 2015, au Salon du dessin de presse de Saint-Just-le-Martel (25 septembre 2015)

Caricatures représentant Honoré, Cabu, Wolinski, Tignous et Charb, les dessinateurs assassinés dans l'attentat du 7 janvier 2015, au Salon du dessin de presse de Saint-Just-le-Martel (25 septembre 2015)

© Pascal Lachenaud / AFP

La commune de Saint-Just-le-Martel, près de Limoges, en Haute-Vienne, réunit à partir de samedi, et jusqu'au 4 octobre, la famille de Charlie Hebdo pour la 34e édition du Salon international de la caricature, du dessin de presse et d'humour, dont les membres assassinés de l'hebdomadaire satirique étaient des piliers.

Huit mois après l'attentat meurtrier du 7 janvier 2015 (12 morts) commis par des extrémistes islamistes contre Charlie Hebdo, une curieuse ambiance règne au Centre international du dessin de presse, où les bénévoles s'affairent pour préparer cette 34e édition, rapporte l'AFP.

Cabu, Honoré, Wolinski, Tignous et les autres étaient des amis fidèles. "C'est pour cette raison que le thème +La liberté d'en rire+ est venu naturellement. Il n'y a eu aucune discussion", confie à l'AFP Gérard Vandenbroucke, président et fondateur de l'événement qui réunit chaque année plus de 250 dessinateurs et caricaturistes du monde entier.

Dans ces lieux, où ils se sentaient chez eux, les artistes de Charlie Hebdo ont laissé leur empreinte. "Wolinski, dont le soutien a été crucial lors de la naissance du centre permanent du dessin de presse", mais aussi Cabu, qui ne cessait de rire de son premier passage à Saint-Just, se souvient Gérard Vandenbroucke, président PS du Conseil régional du Limousin et maire de la commune durant 25 ans.

Reportage: F.Clapeau, C.Chauleau, M.Bernhard

"Nous n'avions pas d'argent, alors nous l'avons logé chez le boucher du village, un ancien militaire: +Moi ! Un végétarien antimilitariste !+, se plaisait-t-il à raconter", se souvient Gérard Vandenbroucke. Ou encore Tignous, qui, sur un coup de colère, avait escaladé les bâches pour y dessiner d'un trait vengeur. "Des représailles par le feutre", raconte Kiki, l'intendante du festival, d'un rire étranglé par sa gorge serrée.

"Pas un hommage mais une fête de famille"

Tous les dessinateurs phares de Charlie seront encore là pour l'ouverture du festival, à travers une exposition composée de dessins de Moine, 150 portraits de caricaturistes réunis sous le titre "Gueules de croqueurs". "Ça n'est pas un hommage, insiste Gérard Vandenbroucke, je crois qu'ils n'auraient pas aimé ce mot. Non, c'est une fête de famille".

Elle aussi habituée du salon, la dessinatrice Coco, rescapée du massacre, a souhaité être présente cette année encore. Mais son programme restera confidentiel, pour des raisons de sécurité. La fille d'Honoré aussi fera le déplacement, de même que la veuve de Tignous, Chloé. Et aussi la veuve de Georges Wolinski, Maryse, qui "nous a fait l'honneur de faire don du bureau de son mari au salon", indique Gérard Vandenbroucke.

Wolinski le 6 octobre 2012 au Salon du dessin de presse, à Saint-Just-le-Martel

Wolinski le 6 octobre 2012 au Salon du dessin de presse, à Saint-Just-le-Martel

© Thomas Jouhannaud / Populaire du Centre / PhotoPQR / MaxPPP

Jusqu'au 4 octobre, expositions, débats et rencontres seront placés cette année sous le signe de l'histoire de la satire, dans la perspective de "l'après-Charlie". La poursuite d'un travail de fond entrepris voilà 34 ans à Saint-Just-Le-Martel.

Blanche, l'épouse de Gérard Vandenbroucke, confie à l'AFP : "Mon mari a toujours été fasciné par le dessin de presse, pour sa capacité à cultiver l'esprit critique et à saisir l'air du temps. C'est l'enjeu qu'il a placé dans ce salon dès le début. Il n'était que le professeur de français à l'époque et il voulait occuper intelligemment les jeunes de la commune."

Le bureau de Wolinski reconstitué

Au pied d'un cube encore vide, trop respectueuse pour en franchir le seuil, Kiki explique : "Mme Wolinski nous a permis de reproduire la pièce de leur appartement. Nous avons recréé la cheminée, les fenêtres, nous allons même reproduire la vue qu'il avait..."

L'atelier de travail de Wolinski a déjà fait le chemin : sa large table de bois, sa corbeille à papier et les boîtes où il archivait ses dessins attendent dans les réserves de passer à la postérité. Kiki poursuit : "Cet été, un visiteur m'a demandé si on n'avait pas peur d'être ici. Ça ne m'avait même pas effleuré l'esprit ! Rétrospectivement, je me rends compte que je n'ai peur que de ma colère, parce qu'elle pourrait me rendre aussi con que les autres..."