L'irrévérence, une passion française

Par @Culturebox
Mis à jour le 24/01/2015 à 19H28, publié le 20/01/2015 à 18H01
Louis-Philippe vu par Honoré Daumier

Louis-Philippe vu par Honoré Daumier

© DR

L’irrévérence et la satire font partie de l’esprit français. Depuis la Révolution française, moquer les puissants, qu’ils soient politiques, religieux ou intellectuels, est une tradition que dessinateurs, chansonniers et humoristes ont parfois payée cher, de séjours en prison en interdiction de publier. Mais il a fallu attendre le XXIe siècle pour qu’ils le paient de leur vie.

On la défend aujourd’hui bec et ongles comme un élément essentiel de la liberté d’expression. La caricature fait partie de l'ADN de la France. De Daumier à "Charlie Hebdo", des pamphétaires aux chansonniers en passant par les humoristes, petit tour d'horizon de la satire française.

Reportage : A. Guéry / J. Pirès
Et avant ? 

Au Moyen-Âge, la caricature est présente dans les sculptures des églises avec des personnages grotesques et des animaux symboliques. Avec la Réforme de Luther, les gravures, insérées dans des pamphlets, sont utilisées à des fins de propagande pour contester le pouvoir religieux.  
 
En 1564, toute satire ou caricature d’Henri III (qui fut selon certains « un des plus grands martyrs du genre satirique ») est systématiquement détruite, idem avec Henri IV. Dès 1629, Richelieu légalise la censure : toute représentation ou critique du pouvoir est interdite. Les caricaturistes et pamphlétaires se font les dents sur la bourgeoisie et contournent la censure. Jean de La Fontaine notamment, qui, avec ses contes moralisateurs, se sert « des animaux pour instruire les hommes ».

Idem pour Molière avec ses comédies de mœurs qui croquent avec férocité la bonne société, les faux esprits et faux dévots, l'intolérance religieuse (déjà !). Il fait rire mais son rire est une arme. Son "Tartuffe" sera d’ailleurs interdit en 1664 et 1667, et "Don Juan" interrompu après la 15e représentation.

Avec l’arrivée de la philosophie des Lumières, le XVIIIe siècle sera riche en écrits corrosifs. Les Voltaire, Diderot, Montesquieu et Rousseau connaissent l’interdiction de publier. Certains iront jusqu’à un séjour à La Bastille, d’autres comme Voltaire s’exileront. La Révolution française et la vulgarisation de la presse marqueront ensuite, avec des hauts et des bas, la naissance de cette notion qui nous est si chère aujourd'hui, la liberté d'expression.