Charlie Hebdo, une saga de l'impertinence pertinente

Par @Culturebox
Mis à jour le 09/01/2015 à 16H05, publié le 09/01/2015 à 15H03
Georges Wolinski, Cavanna et Cabu en 2008

Georges Wolinski, Cavanna et Cabu en 2008

© EPA/MAXPPP

L'esprit "Charlie Hebdo" que les fanatiques islamistes ont tenté de faire taire le 7 janvier est l'aboutissement d'une saga initiée dés 1960 dans "Hara Kiri" par une bande de militants libertaires en tête desquels Georges Bernier, connu sous le pseudonyme de "professeur Choron" et l'écrivain François Cavanna. La ligne éditoriale est devenue politique et contre toutes les religions après mai 1968.

1960, François Cavanna, fils d'immigrés italiens et ancien du STO crée "Hara Kiri" avec Georges Bernier, ancien engagé en Indochine. Le journal, qui inspirera dix ans plus tard le magazine américain "National Lampoon", n'a pas alors de vocation directement politique. Son équipe cherche à faire rire en dynamitant joyeusement toutes les conventions. Son slogan est transparent : "Hara Kiri, journal bête et méchant". Il est suivi de ce conseil provocateur "Si vous ne pouvez pas l'acheter, volez-le". Pour ses rédacteurs, dessinateurs et photographes rien n'est sacré.

Georges Bernier prend le nom du "professeur Choron", le journal étant installé au 4 de la rue Choron, dans le 9e arrondissement de Paris et sous son influence l'esprit grivois et le cynisme tout azimut règnent sur "Hara Kiri". De provocation en procès, la publication franchit la décennie .
A la suite des événements de mai 1968, l'équipe crée "Hara Kiri Hebdo", qui décline chaque semaine l'esprit anar de ses rédacteurs et dessinateurs à la sphère politique mais développe aussi un farouche anticléricalisme.

Chacun connait l'épisode menant en novembre 1970 à l'interdiction de "Hara Kiri Hebdo" par Raymond Marcellin, le ministre de l'Intérieur de l'époque. Quelques jours après le dramatique incendie d'une discothèque survenait le décès du général De Gaulle. Hara Kiri Hebdo avait alors détourné les titres lus dans toute la presse pendant plusieurs jours "Bal tragique à Saint-Laurent-du-Pont, 146 morts" en l'appliquant à la disparition de l'ancien chef de l'Etat : "Bal tragique à Colombey, 1 mort". Irrévérencieux, mais pas insultant.

Reportage : F. Nicotra / J. Denoyelle

Le tournant de 2006
Choron est mort en 2005, Cavanna en janvier 2014. Mais leur hebdomadaire, devenu "Charlie Hebdo" dés 1969 en référence au général, était toujours là malgré un sommeil d'une dizaine d'années et grâce à une renaissance en 1991. Les créateurs, devenus chenus, étaient alors entourés de la vieille garde (Wolinski, Fred, Gébé, Willem, Cabu) mais ils bénéficiaient aussi du talent de toute une nouvelle génération dont Charb, alias Stéphane Charbonnier, allait devenir le symbole.


Autour de lui, des nouveaux, pas tous très jeunes : Honoré, Tinous, Oncle Bernard (l'économiste et romancier Bernard Maris), Philippe Val... "Charlie Hebdo" s'attaque de plus en plus aux religions. A toutes les religions. Il s'oppose avec un humour provocateur à tous les fanatismes. Les procès se multiplient.

En 2006, Charlie Hebdo décide de publier des caricatures signées d'un dessinateur danois. Elles mettent en scène avec un humour noir le prophète Mohamed dont toute représentation, quelle qu'elle soit, est interdite par la religion musulmane. Le tollé est immédiat parmi les musulmans et pas seulement les extrêmistes. Mais, et l'actualité de ce tragique début d'année vient en fournir la preuve, les fondamentalistes ne vont pas en justice.

Près de neuf années après la publication des caricatures, un peu plus de trois ans après celle du numéro special "Charia Hebdo", le totalitarisme autoproclamé musulman a commis un massacre dans les locaux de Charlie Hebdo, commençant par assassiner celui sur qui s'était cristallisée sa haine, le rédacteur en chef Charb. Ni Cavanna et Choron, ni Gébé, n'ont vu cette horreur, ce n'est même pas un réconfort.