Charlie Hebdo : Luz ne dessinera plus Mahomet

Par @Culturebox
Mis à jour le 30/04/2015 à 05H38, publié le 29/04/2015 à 18H16
Luz et Patrick Pelloux lors d'une conférence de presse pour présenter le premier numéro de Charlie Hebdo postérieur au massacre du 7 janvier (13 janvier 2015)

Luz et Patrick Pelloux lors d'une conférence de presse pour présenter le premier numéro de Charlie Hebdo postérieur au massacre du 7 janvier (13 janvier 2015)

© Martin Bureau / AFP

Luz, auteur de la Une historique "Tout est pardonné" du premier Charlie Hebdo paru après l'attentat du 7 janvier, a annoncé dans un long entretien aux "Inrockuptibles" qu'il ne dessinerait plus le prophète Mahomet. Il s'exprime quelques semaines avant la parution de sa BD "Catharsis", écrite dans les mois qui ont suivi l'attentat meurtrier du 7 janvier contre l'hebdomadaire satirique.

"Je ne dessinerai plus le personnage de Mahommet, il ne m'intéresse plus. Je m'en suis lassé, tout comme de celui de Sarkozy. Je ne vais pas passer ma vie à les dessiner", annonce-t-il dans l'édition de mercredi de l'hebdomadaire "Les Inrockuptibles", en réponse à une question sur cette Une du 14 janvier 2015 qui a fait le tour du monde.

Le numéro des "survivants" de janvier, montrant la caricature de Mahomet en couverture, une larme à l'oeil et tenant une pancarte "Je suis Charlie", avec le surtitre "Tout est pardonné", avait suscité des manifestations parfois violentes dans plusieurs pays musulmans.

En France, ce numéro sorti le 14 janvier, soit une semaine après le massacre et trois jours après la manifestation historique du 11 janvier en hommage à Charlie Hebdo et à la liberté d'expression, avait suscité un engouement extraordinaire et avait été diffusé à 8 millions d'exemplaires, un chiffre record dans la presse française.

Luz présente la Une du Charlie des survivants, le 13 janvier 2015 à Paris

Luz présente la Une du Charlie des survivants, le 13 janvier 2015 à Paris

© Sipa

 

Philippe Val "n'est plus Charlie, il n'est pas Charlie"

Alors que l'hebdomadaire Les Inrocks l'interroge sur une déclaration de Philippe Val, l'ancien patron de Charlie Hebdo, qui avait estimé sur Canal+, dans les jours ayant suivi l'attentat, que les terroristes avaient gagné, Luz réplique : "J'ai sauté au plafond en entendant ça."

"C'est tellement dingue. Il n'est plus lui-même, ce garçon, et il ne parle qu'en son nom. Il n'est plus Charlie, il n'est pas Charlie. Il fait juste partie de l'histoire de Charlie. Il est dans le déni de ce qu'il a été pour ce journal : quelqu'un qui a publié toutes les caricatures danoises. Ce n'est pas étonnant qu'il ait baissé les bras, mais il ne les baisse pas à notre place", ajoute Luz.

"Les terroristes n'ont pas gagné. Ils auront gagné si la France entière continue d'avoir peur - le ressort du FN. L'esprit Charlie gagnera si on arrive à empêcher la terreur de venir par les urnes", conclut-il.

"Catharsis", une BD pour évacuer l'horreur

Luz s'exprime longuement dans Les Inrocks à quelques semaines de la sortie d'une bande dessinée, intitulée "Catharsis", qui paraîtra le 21 mai chez Futuropolis. De cet ouvrage, il explique : "Ses planches ont été pendant trois mois mon endroit de nécessaire expression - je ne pouvais pas revenir tout le temps au 7 janvier. En posant sur le papier ce que j'avais dans la tête, Catharsis m'a permis de me réapproprier ma psyché, celle directement liée à Charlie Hebdo."

Il y dessine un de ses cauchemars, associé au massacre du 7 janvier. "J'ai réussi à rire en dessinant la planche d'un de mes rêves, alors qu'elle est horrible. (...) Je me suis rendu compte tard que (ce livre) était une déclaration d'amour à la femme de ma vie. Je suis arrivé en retard ce matin du 7 janvier parce que mon anniversaire a été fêté avec un amour démesuré." Un retard qui lui a probablement sauvé la vie.