Charlie Hebdo a reçu 4,3 millions d'euros : les dons de la discorde

Par @Culturebox
Mis à jour le 18/05/2015 à 16H57, publié le 18/05/2015 à 16H55
Zineb El  Rhazoui, sociologue des religions et journaliste à Charlie Hebdo, convoquée pour une mise à pied par la direction de l'hebdomadaire.

Zineb El  Rhazoui, sociologue des religions et journaliste à Charlie Hebdo, convoquée pour une mise à pied par la direction de l'hebdomadaire.

© Citizenside/Bernard Ménigault /citizenside.com

Depuis les attentats de janvier, Charlie Hebdo a reçu "environ 4,3 millions d'euros" de dons, a annoncé lundi la direction du journal satirique. En proie à des tensions internes, en particulier sur l'utilisation de cet argent, la direction a indiqué que l'hebdomadaire "a intégralement renoncé" à cet argent "en faveur des victimes".

Une commission de sages pour la répartition

Cette somme, recueillie notamment auprès de "36.000 donateurs venant de 84 pays différents", sera déposée "à la Caisse des dépôts et consignations", précise la direction du journal dans un communiqué. 
   
"La répartition de ces dons sera confiée à une commission de sages dont nous avons sollicité la désignation auprès de madame la ministre de la Justice", ajoutent Riss et Eric Portheault, respectivement directeur de la publication et gérant du titre, théâtre de divisions depuis plusieurs semaines.


Une journaliste convoquée par la direction

Dernier incident en date, une des journalistes de Charlie Hebdo, Zineb El Rhazoui, sociologue franco-marocaine militante contre l'islamisme, cible avec son mari de menaces de mort par les jihadistes, a fait savoir la semaine dernière qu'elle était convoquée pour un entretien préalable à un licenciement. 

Au journal Le Monde, elle s'était dite "choquée et scandalisée qu'une direction qui a bénéficié d'autant de soutien (...) fasse preuve d'aussi peu de soutien envers un de ses salariés, qui est sous pression comme tous dans l'équipe et fait l'objet de menaces." La direction avait ensuite assuré que cette convocation visait uniquement à lui rappeler ses "obligations" vis-à-vis de son employeur. Riss, directeur du journal, a précisé au Monde de lundi que la convocation visait notamment "sa présence aux conférences de rédaction" ou le respect des "délais de rendu de ses articles." 


Fronde de la rédaction

Ce différend intervient alors que la rédaction est divisée depuis les attentats. Quinze salariés, dont Mme Rhazoui, sur la vingtaine que compte le journal, ont réclamé en avril une nouvelle gouvernance et un statut d'"actionnaires salariés à part égale", contestant l'utlisation des fonds recueillis et disant "refuser qu'une poignée d'individus prenne le contrôle de l'hebdomadaire".

Charlie Hebdo est détenu actuellement à 40% par les parents de son ex-directeur de la rédaction, Charb, tué dans l'attaque du 7 janvier, 40% par le dessinateur Riss, nouveau directeur de la publication, blessé lors de l'attaque, et 20% par le directeur financier Eric Portheault.

Les contestataires, qui comprennent aussi l'urgentiste Patrick Pelloux, le dessinateur Luz et le journaliste Laurent Léger, estiment que Charlie Hebdo est devenu désormais un "bien commun".

"Cet argent doit être redistribué aux victimes, c'était l'engagement qui avait été pris (...) par des membres de la direction ou des avocats", a déclaré vendredi l'urgentiste Patrick Pelloux, chroniqueur à Charlie Hebdo, sur France Info. "Or, à l'heure actuelle, on ne sait pas trop comment ça va se passer", avait-il estimé, regrettant qu'"à chaque fois", il n'y ait "pas de réponse".


La direction estime les recettes à 12 millions d'euros

Dans son communiqué, la direction entend rectifier "les chiffres fantaisistes qui circulent sur les recettes du journal". Au total, "la marge brute réalisée sur les ventes du journal depuis les attentats de janvier est estimée à environ 12 millions d'euros à ce jour, avant impôts sur les sociétés (33,33%)", précisent les actionnaires de Charlie qui rappellent "leur engagement absolu à ne percevoir aucun dividende sur ces sommes".

Luz, l'un des rescapés du 7 janvier, publie jeudi 21 mai chez Futuropolis un album intitulé "Catharsis", dans lequel il revient sur les événements, raconte son quotidien dévasté et ses doutes sur son envie de dessiner. Selon Mediapart, Luz souhaiterait quitter le journal d'ici septembre.