Les humoristes relèvent le défi : détendre l'atmosphère après les attentats

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/11/2015 à 18H26, publié le 21/11/2015 à 18H25
Anne Roumanoff joue "Aimons-nous les uns les autres" à l'Alhambra.

Anne Roumanoff joue "Aimons-nous les uns les autres" à l'Alhambra.

© Joel Saget / AFP

Pas question de baisser les bras : malgré la baisse de fréquentation et la gravité générale, les humoristes sont remontés sur scène cette semaine, bien décidés à dérider les spectateurs, quitte à adapter leurs sketches. Anne Roumanoff, qui a repris son spectacle à l'Alhambra, se dit frappée par la ferveur de la salle. Gérald Dahan rend, lui, hommage au public qui se déplace, "un acte de courage".

Des applaudissement plus nourris

"On est des petits soldats de l'humour. On essaie de donner un peu de bonheur aux gens, de leur changer les idées dans cette période difficile. Mais il n'y a rien d'héroïque, on n'est pas Jean Moulin!", lance Anne Roumanoff, qui a repris jeudi son spectacle à l'Alhambra, "Aimons-nous les uns les autres".

Le soir des attentats le 13 novembre, elle s'était retrouvée à la fin de son show avec des centaines de spectateurs confinés dans cette salle du quartier de République, près des lieux des attentats, avant d'être finalement évacués deux heures plus tard.

L'humoriste a annulé ses deux spectacles suivants. "Je ne m'en sentais pas du tout capable", reconnaît-elle. Mais depuis jeudi, elle est remontée sur les planches parisiennes, et se dit "surprise des rires du public", "portée par les applaudissements nourris, plus forts que d'habitude". "Les gens savent pourquoi ils sont là, ils sont fiers d'être là", dit-elle, frappée par la "ferveur" de la salle.

Les événements l'ont toutefois conduite à faire quelques changements dans ses textes, qui se mettaient à "résonner différemment". "Par exemple je me moquais des renseignements français dans un sketch, celui du bistrot, je l'ai coupé parce que j'aurais trouvé ça indécent de plaisanter avec ça", dit-elle.

Des textes ajustés par rapport au contexte

Au théâtre des Deux-Anes à Pigalle, le spectacle "Marine est là!", satire de la vie politique, s'est poursuivi au lendemain des attentats. Là aussi, avec des ajustements dans les textes. "On a enlevé tout ce qui aurait pu sembler déplacé vis-à-vis des victimes", explique le directeur du théâtre, Jacques Mailhot, qui joue aussi dans cette revue. Il cite notamment un sketch sur François Hollande et l'attentat déjoué dans un Thalys en août.

Reprendre les spectacles n'a pas été simple, reconnaît le chansonnier. Mais "le réflexe professionnel doit prendre le dessus". "On a expliqué aux spectateurs qu'on ne baissait pas les bras et que leur présence était notre meilleur encouragement. Beaucoup nous ont applaudis", dit-il.
"Je crois qu'on a un rôle de thérapeute à travers notre démarche humoristique". Côté fréquentation, la salle a souffert des attaques, mais il y a "plus de reports que d'annulations", souligne le directeur du théâtre.

Venir au spectacle, "un acte de résistance"

Gérald Dahan constate aussi que "les gens ont un peu plus peur de venir dans une salle de spectacle". "Ceux qui viennent font un acte de courage et de résistance et nous aussi sur scène, et c'est ce qu'il faut faire, sinon les terroristes auraient gagné". Mais "même si on devrait pouvoir rire de tout, malheureusement, c'est difficile de rire" des attentats, reconnaît l'humoriste et imitateur, actuellement en tournée pour son show "Gérald Dahan tombe les masques".

Un spectacle dans lequel il incarne de nombreux hommes politiques, qu'il n'a pas eu à modifier: "je ne suis pas très inspiré par tout ce qui touche à la religion, je ne traite pas ce sujet".
François Morel le 16 novembre dans l'émission "La Grande Librairie" sur France 5.

François Morel le 16 novembre dans l'émission "La Grande Librairie" sur France 5.

© Loïc Venance / AFP

François Morel : "Ne renoncez à rien, surtout pas à la vie"

Une semaine après la tragédie, Pierre Perret, connu habituellement pour sa gouaille, a choisi cette fois un ton solennel pour faire sur Facebook un hommage intitulé "Ma France à moi", célébrant notamment "la France qui n'en finira jamais de détester le mot soumission et de choyer le mot révolte". Jean-Marie Bigard a quant à lui dédié vendredi soir la première parisienne de son dixième spectacle aux victimes, sous de longs applaudissement du public.

L'humoriste Sophia Aram, qui se produisait le soir des attentats au Palais des Glaces, en face de l'un des cafés frappé par les attentats, n'avait pas caché son émotion lundi dans sa chronique matinale sur France Inter. Sur la même radio, François Morel a appelé avec force vendredi, comme un leitmotiv, à "ne renoncer à rien. Surtout pas à Paris, surtout pas aux amis, surtout pas à la vie".