Elie Semoun sur scène : "Mon sketch sur les jihadistes, je le fais sauter ?"

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 19/11/2015 à 11H06, publié le 18/11/2015 à 15H09
Elie Semoun "A partager"

Elie Semoun "A partager"

© Clémence Demesme

Mardi soir au Grand Point Virgule dans le quartier de Montparnasse à Paris, c'était jour de première pour Elie Semoun qui remonte sur scène avec "A partager", dans un climat tendu d'après attentat, avec vigile et fouille du public à l'entrée.

Voix pointue, légèrement nasillarde, reconnaissable entre toutes, regard vif et sourire en coin, Elie Semoun démarre son spectacle par une fausse entrée pour "savourer les applaudissements avant les critiques". Et d'interroger bille en tête : "Dans le spectacle j'ai un sketch sur un jihadiste, vu ce qui s'est passé, à la fin du spectacle vous me direz si je le fais ou si je le fais sauter".

"Je suis de Taza, pas de Gaza"

Et puis plus rien sur l'actualité mais un petit détour sur le Semoun intime qui n'a pas l'habitude de se livrer. "C'est difficile de parler de soi. Mes vraies racines c'est le Maroc je suis de Taza. Taza pas Gaza, car la vie d'un Semoun à Gaza c'est 10 minutes."

La nostalgie des juifs d'Afrique du Nord, l'arrivée en 1958 en France. La maman professeur de français, le papa sourd qui parle très fort et travaille à la Poste, l'ado attardé de fiston. Une famille qui lui fournit ses premiers personnages.

Il évoquera aussi ses goûts de vieux, pour l'opéra, le jardinage ou les abeilles qu'il s'est mis en tête de sauver : "Elles qui peuvent faire 500 mètres pour vous piquer, comme les Arabes". Un petit survol personnel désordonné qui aurait pu aller plus loin. Heureusement Semoun revient très vite aux personnages qui ont fait sa popularité.

Ses personnages fétiches

Parmi les plus réussis, il y a l'esthéticienne "à la langue de pute" qui rêve de monter sur scène. Et surtout le maire FN, avé l'accent du midi, entouré d'un conseil municipal pas piqué des hannetons. 
Et puis il y aura le handicapé, qui fabrique des cendriers en pâte à sel et cherche l'âme sœur sur internet, le touriste sexuel en Thaïlande, qui fait rire jaune. Et d'autres encore, plus à l'état de silhouettes, car beaucoup trop vite esquissés.

#Jihad

Alors je vous le fais ce sketch ? Oui répond la salle. Hashtag Jihad, jeveuxdevenirunmartyr.com. L'apprenti jihadiste de Semoun s'est équipé du kit du parfait petit terroriste : couteau, ceinture d'explosifs et bouteille de gaz mais se plaint de sa barbe… qui ne pousse pas. Un jihadiste consciencieux qui a déjà lu "Martyr à la plage", "Martyr prend l'avion"… qui s'est entrainé à tuer 300 personnes sur "Call of Duty" et pour qui le seul jour férié est le 11 septembre.

Finalement ce sketch là, Semoun a eu raison de le faire par les temps que nous traversons, d'autant qu'on y retrouve une écriture corrosive qui fait mouche. Avec son talent d'observateur et d'incarnation intacte on aurait souhaité plus de surprises, plus d'écriture, lui dont on attend toujours avec la même impatience le regard aiguisé sur le monde.

Le Grand Point Virgule © DR
Elie Semoun "A Partager" au Grand Point Virgule
Mise en scène de Roger Louret
Auteurs : Elie Semoun, Nans Delgado et Frédéric Hazan
8 bis rue de l'Arrivée, Paris XVe
Réservation : 01 42 78 67 0
Spectacle à 19h45. Durée 1h20.