Eagles of Death Metal à l'Olympia, un concert sous le sceau de l'émotion

Par @Culturebox
Mis à jour le 17/02/2016 à 18H20, publié le 17/02/2016 à 09H23
Jesse Hughes, des Eagles of Death Metal, sur la scène de l'Olympia, à Paris, le 16 février 2016

Jesse Hughes, des Eagles of Death Metal, sur la scène de l'Olympia, à Paris, le 16 février 2016

© Joël Saget / AFP

Trois mois après la tragédie du Bataclan, les Eagles of Death Metal ont fait leur retour mardi soir à Paris, sur la scène de L'Olympia, pour un concert placé sous haute sécurité mais aussi chargé d'émotion pour le groupe et ses fans. Un tour de chant très rock, mâtiné d'émotion et de recueillement.

Récit : C. Ledezert et S. Raymond

Pendant près de deux heures, les "EODM" ont affiché une pure "rock'n'roll attitude" à base de longs solos, de batteries lourdes avec en prime une guitare brisée sur la scène et une émouvante échappée dans le public pour le chanteur en fin de concert.

De leur apparition, sur la musique de "Il est cinq heures, Paris s'éveille" de Jacques Dutronc, et à la longue ovation finale, le public, qui comptait de nombreux rescapés de l'attentat, dont certains étaient venus avec des béquilles, a chaleureusement acclamé les musiciens. Même si certains spectateurs ne pouvaient retenir leurs larmes une fois les lumières rallumées.

"Prenons un instant pour nous souvenir"

"On va passer un bon moment ce soir, personne ne pourra nous arrêter", a lancé le leader du groupe, Jesse Hughes, qui portait ses habituelles lunettes aux verres roses, le T-shirt noir du groupe et des bretelles rouges. Mais avant de célébrer le rock, le groupe a eu une pensée pour les victimes le temps d'une pause silencieuse au beau milieu du premier titre : "Prenons un instant pour nous souvenir, puis on recommencera à jouer", a dit Josh Homme derrière sa batterie.

Le premier morceau des Eagles of Feath Metal mardi 16 février à l'Olympia

Dédicace et "Brown Sugar"

Plus tard, ils dédient un titre au responsable commercial du groupe, tué au Bataclan. "Je vous aime enfoirés, vous n'avez pas idée à quel point", a lancé plusieurs fois Jesse Hughes à la foule. "Vous et moi sommes coincés à présent : je suis devenu parisien. J'avais besoin de vous et vous ne m'avez pas laissé tomber."

Celui qu'on a vu pleurer à plusieurs reprises en évoquant la tragédie du Bataclan et a parfois suscité quelques réactions plus mitigées avec ses déclarations pro-armes à feu a choisi de s'en tenir à son rôle de rockeur pur et dur, micro ou guitare à la main, levant son verre à la santé de la salle puis enroulant une écharpe bleu-blanc-rouge autour de son cou. Le groupe a joué notamment une reprise de "Brown Sugar" des Rolling Stones (ci-dessous).

Revenu sur scène avec une guitare électrique là aussi aux couleurs de la France, Jesse Hughes a fini torse nu, et par une longue étreinte avec son ami Josh Homme, absent du concert du Bataclan mais arrivé la veille dans la capitale française pour participer à ce concert particulier.

Les rescapés du Bataclan : du plaisir, parfois de l'angoisse

"J'ai vraiment réussi à prendre du plaisir", a dit à l'AFP en quittant le concert sourire aux lèvres, avec ses béquilles, Emmanuel Wechta, 42 ans. "Je n'étais pas venu pour une thérapie mais pour m'amuser et c'est ce que j'ai fait."

Pour un autre survivant, Alexis, 26 ans, qui avait pris un siège au balcon à "trois mètres d'une issue de secours", "le concert a été difficile les trois quarts du temps". Il évoque notamment les sons de batterie lui rappelant trop fortement les "bruits des détonations" au Bataclan. "Il a fallu attendre les rappels pour que je m'amuse." Mais il est néanmoins satisfait d'être resté et espère pouvoir retourner à un concert dans les mois qui viennent.

À Julien Baratian, 27 ans, le concert a aussi "fait du bien". "C'est une manière de boucler la boucle." Une équipe d'une trentaine de personnes avec des psychologues était présente pendant tout le concert à L'Olympia pour venir en aide aux survivants et à leurs proches.

Un périmètre de sécurité d'une ampleur exceptionnelle avait aussi été mis en place aux abords de la salle. Le groupe a repris le week-end à Stockholm la tournée internationale qu'il avait suspendue au lendemain de l'attentat dans lequel ont été tuées 90 personnes pendant son concert au Bataclan. Ils vont jouer en Europe, Amérique du sud, Amérique du nord et Australie.

"Kiss the Devil" ne sera plus joué sur scène pour le moment

Deux concerts sont encore prévus en France, à Nîmes le 2 mars et à Lille le 7 mars. Pour ce retour, EODM ne propose plus "Kiss the Devil", le titre que le groupe jouait au moment de l'attaque. Eagles of Death Metal souhaite être le premier groupe à rejouer au Bataclan quand la salle pourra rouvrir. Une réouverture espérée fin 2016 après rénovation.

Le groupe Eagles of Death Metal était déjà revenu jouer sur une scène parisienne, Bercy en l'occurrence, en tant qu'invité de U2, en décembre dernier.

Une chanson sur les attentats en cours d'écriture

Dans le quotidien Le Parisien daté du 17 février, Jesse Hughes annonce avoir "commencé à écrire une chanson sur les attentats, pour mettre toute cette merde dedans. Créer cette chanson, c'est fabriquer une prison pour enfermer les méchants".