Devant le Bataclan, l'état de choc au lendemain des attaques terroristes

Par @Culturebox
Mis à jour le 14/11/2015 à 19H23, publié le 14/11/2015 à 11H04
Au abords du Bataclan, un quartier bouclé et sous haute sécurité, au matin du 14 novembre 2015

Au abords du Bataclan, un quartier bouclé et sous haute sécurité, au matin du 14 novembre 2015

© Patrick Kovarik / AFP

Ce samedi matin, les Parisiens qui passaient près du Bataclan avaient du mal à prendre la mesure de l'horreur de l'attentat qui a visé la salle de concert en parallèle à d'autres attaques, a rapporté l'AFP. Cette seule attaque a fait au moins 82 morts et de nombreux blessés. Les quatre assaillants sont morts, trois en se faisant exploser. Bilan global provisoire d'une nuit d'enfer : 129 morts.

"C'était sale dedans, une boucherie, des gens avec des balles dans la tête, des gens qui se sont fait tirer dessus alors qu'ils étaient à terre", relate, aux abords de la salle, un policier qui explique avoir participé à l'intervention dans la nuit.

Ce policier, âgé de la trentaine, n'est plus en uniforme mais en tenue de sport. "Je suis juste rentré chez moi prendre une douche et rassurer mes enfants (...) Là je reviens en tant qu'homme, je suis triste et très marqué." Pour comprendre ce qui s'est passé : "Je viens pour faire mon débriefing personnel: on ne peut pas être indifférent."

Un concert du groupe américain Eagles of Death Metal se déroulait vendredi soir au Bataclan. Plusieurs hommes armés, à visage découvert, ont ouvert le feu dans la salle aux cris de "Allah Akbar", selon un témoin, lors d'une prise d'otages de près de trois heures. "Je les ai clairement entendus dire aux otages +C'est la faute de Hollande, c'est la faute de votre président, il n'a pas à intervenir en Syrie+. Ils ont aussi parlé de l'Irak", a raconté par ailleurs à l'AFP Pierre Janaszak, 35 ans, animateur radio et TV qui se trouvait dans la salle.

L'assaut a été lancé par la police peu avant 0H30, "très vite parce qu'ils tuaient tout le monde", selon une source proche de l'enquête, et s'est terminé vers 1H00. Outre 82 victimes innocentes, les quatre assaillants sont morts, dont trois en actionnant leur ceinture d'explosifs.

Le quartier toujours bouclé

Samedi matin, le quartier demeurait bouclé, ont constaté des journalistes de l'AFP. Seuls admis dans le périmètre, les riverains, accompagnés par un policier. Devant l'entrée du Bataclan , trois camions de police bloquent totalement la vue aux caméras du monde entier.

Peggy a les yeux rougis. "Je ne comprends pas", dit cette riveraine, "très choquée", en route pour son travail. "C'est un endroit où les jeunes viennent faire la fête." "C'est mon quartier depuis 30 ans", confie Mathilde, 56 ans, elle aussi sous le choc. "Ici, tout le monde se connaît, prend le café ensemble, d'une rue à l'autre."

Avant de prendre un train pour le sud, c'est en vélo qu'elle est venue se recueillir près de la salle de spectacle. "On est tous profondément touchés", explique cette mère de trois enfants, dont deux filles habitent rue Saint-Maur et rue Bichat, où une fusillade a également éclaté, tuant au moins douze personnes.

Au total, les six attaques de vendredi soir à Paris et au stade de France ont fait au moins 128 morts et des centaines de blessés, selon un bilan toujours provisoire.

Mamadou, lui, a passé la nuit dehors à écouter la radio dans ses écouteurs, depuis qu'il a appris la nouvelle dans un bar où il regardait le match de football France-Allemagne. "Ça me dégoûte, c'est apocalyptique", dit le jeune homme de 26 ans sous son sweat-shirt à capuche, rencontré sur le boulevard Richard-Lenoir, non loin de la salle de concert.

Des équipes de psys mobilisées

Abasourdi, il poursuit: "Je n'ai pas de mots, c'est du grand n'importe quoi". Il en est sûr, "l'Etat islamique" est derrière les attaques. "Ils ont sûrement voulu se venger de la mort de +Jihadi John+", le bourreau britannique de l'EI ciblé jeudi par un bombardement américain, conjecture-t-il.

Des équipes de psychiatres venus notamment des Samu de Lille, Nancy et du Val-de-Marne, ont été mobilisés pour faire des maraudes dans le quartier. Objectif: repérer les personnes en état de choc. "On va essayer de les ramener à la réalité", explique Christophe Debien, psychiatre au Samu de Lille, "et repérer ceux qui sont susceptibles de développer un symptôme post-traumatique". Ceux-ci seront pris en charge dans un centre médical installé à la hâte dans la mairie du XIe arrondissement.

"Il ne faut pas s'arrêter de vivre"

À 800 mètres de là, en bas de la rue de la Fontaine au roi (XIe arrondissement), théâtre de l'une des attaques, Maximilien, 26 ans, s'est arrêté au milieu de son footing "par curiosité". "Il ne faut pas s'arrêter de vivre", dit-il. "Ne pas changer ses habitudes, même les plus petites. Je ne veux pas accepter que cela ait des conséquences sur mon quotidien."

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