Un Gogol trash luttant contre les sorcières à l'écran choque les Russes

Par @Culturebox
Publié le 11/09/2017 à 10H29
"Gogol. Le début", à l'affiche d'un cinéma de Moscou (5 septembre 2017)

"Gogol. Le début", à l'affiche d'un cinéma de Moscou (5 septembre 2017)

© Yuri Kadobnov / AFP

Nicolas Gogol, sorte de monument national en Russie, a été transformé pour le cinéma en un détective gothique luttant contre des forces surnaturelles et confronté à des sorcières plantureuses et dénudées. A sa sortie, le film "Gogol. Le début" a provoqué des froncements de sourcils dans le pays de l'écrivain.

La bande-annonce de "Gogol. Le début", de Iegor Baranov, sorti le 31 août, donne le ton : des sorcières en longues robes rouges sont kidnappées par des démons, comme dans certaines sagas américaines pour adolescents. Le romancier est lui d'une pâleur cadavérique, les cheveux couleur corbeau et sujet à des crises d'évanouissement quand lui viennent des "visions". Le film doit aussi être décliné à la télévision en une série de huit épisodes.
 
Des critiques ont dénoncé cette reconstitution sous forme de série B de la vie d'un écrivain phare du patrimoine russe, regrettant les faux-cils et lèvres sombres bien peu en phase avec le 19e siècle. Mais le producteur Alexandre Tsékalo, connu pour son esthétique moderne, assure avoir voulu donner un nouveau souffle à l'oeuvre de Nicolas Gogol.
 
Il explique s'être inspiré "des circonstances possibles de l'écriture" des "Soirées du hameau près de Didanka", un recueil de nouvelles au ton fantastique sur l'Ukraine -sa terre d'origine, alors partie intégrante de l'empire russe-, paru entre 1830 et 1832.
"Gogol. Le début" : la bande annonce sous-titrée en espagnol


Nicolas Gogol assistant d'un enquêteur dans la campagne ukrainienne

"Nous avons lié tous les événements effrayants" évoqués dans ces nouvelles "et nous leur avons donné un seul coupable, on pourrait dire un tueur en série", raconte le producteur lors d'une conférence de presse.
 
Pour les besoins du scénario, Nicolas Gogol devient l'assistant d'un célèbre enquêteur, envoyé par le tsar dans la campagne ukrainienne pour résoudre une série de meurtres mystérieux de jeunes femmes.
 
"Tout le reste, c'est Gogol, même le fait qu'il ait travaillé comme greffier (pour la police politique) et qu'il soit allé à Didanka dans le cadre de son travail : tout cela est arrivé dans la vraie vie", affirme Alexandre Tsékalo.
 
Nicolas Gogol, et en particulier "Les Âmes mortes", son œuvre la plus connue est une lecture obligatoire pour les écoliers russes.

Délibérément un peu trash

Son portrait "poussiéreux est accroché dans toutes les salles de classe, et tout le monde en a ras-le-bol", assure une des scénaristes du film, Natalia Merkoulova. A ses yeux, le film "Gogol. Le début" est un "grand pas en avant" pour donner à Nicolas Gogol "une nouvelle vie".
 
Pour séduire toutes les tranches d'âge, le film a été diffusé en deux versions : l'une, réservée aux spectateurs âgés de 16 ans et plus, l'autre pour ceux de 18 ans et plus, qui contient des scènes plus violentes ou à caractère sexuel.
 
"Le côté un peu trash est voulu", affirme le réalisateur Iegor Baranov qui, comme le reste de son équipe, portait un tee-shirt "Désolé Gogol" lors de la présentation du film au public à Moscou.
 
Dans un clip de promotion, un acteur imite un professeur navré : "Jamais de ma vie je n'aurais cru voir Nicolas Vassilievitch Gogol sans son pantalon", se lamente-t-il.

Des critiques consternés

Si certains se sont dits amusés par cette nouvelle interprétation de l'oeuvre de Gogol, le film a provoqué la consternation de plusieurs critiques et de spectateurs russes.
 
L'agence de presse russe Interfax a ainsi déploré que les personnages "parlent comme des vendeurs dans un magasin de téléphones".
 
"Je ne pense pas qu'ils connaissaient la silicone à Didanka, à l'époque de Gogol. Je ne pense pas non plus que Gogol portait du maquillage", a grimacé un des premiers spectateurs sur le site Vokroug TV, spécialisé dans les films et émissions de télévision.
 
De son côté, bien que regrettant "la nudité et les (corps) éventrés", le quotidien officiel Rossiskaïa Gazeta s'est voulu positif : "Pour un film d'horreur de série B, ce n'est pas si mal", a-t-il soutenu.