Affaire Dreyfus : Polanski débutera en juillet le tournage de son film

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/01/2015 à 20H17, publié le 15/01/2015 à 17H42
Roman Polanski en conférence de presse à Cracovie, le 15 janvier 2015

Roman Polanski en conférence de presse à Cracovie, le 15 janvier 2015

© Stanislaw Rozpedik / Epa / MaxPPP

Le réalisateur franco-polonais Roman Polanski a annoncé jeudi qu'il commencerait en juillet en Pologne le tournage de son prochain film, consacré à l'Affaire Dreyfus, en dépit d'une demande américaine d'extradition pour une affaire de moeurs datant de 1977. Il explique aussi pourquoi il n'a pas voulu tourner ce long métrage en France.

"S'il y a extradition j'aurai des problèmes, mais je ne pense pas que cela puisse arriver. Compte tenu de l'expérience suisse, je sais que cela ne devrait pas être possible. J'espère que tout se déroulera comme nous le prévoyons", a déclaré le cinéaste aux journalistes en Pologne. Le parquet de Cracovie a indiqué de son côté que le célèbre réalisateur avait été interrogé mercredi à la suite de la requête américaine.

"Je me suis soumis à la procédure d'extradition, mais je fais confiance à la justice polonaise", a ajouté Roman Polanski avant de détailler son projet de tournage, préparé en collaboration avec le romancier et scénariste britannique Robert Harris, l'auteur du livre "D." sur l'Affaire Dreyfus.

"Nous voulons commencer en juillet à Varsovie, dans deux studios différents : celui où j'avais tourné Le pianiste (2002) et dans un nouveau studio construit entre-temps. Nous allons créer aussi d'importants décors en plein-air", a indiqué Roman Polanski en polonais, sa langue maternelle.

Tourner en France et à Paris "n'a plus de sens"
"Tourner en France coûte en ce moment presque autant qu'aux États-Unis. Ça n'a plus de sens dans un pays où la semaine de travail est à 35 heures et où les charges sociales s'élèvent à 62%", a-t-il regretté, tout en évoquant aussi des contraintes de la circulation à Paris et l'aspect extérieur de la ville "qui a beaucoup changé".

"Il aurait fallu de toute manière monter des décors pour reconstituer un Paris semblable à celui de la fin du XIXe siècle. Cela n'aurait aucun sens en ce moment à Paris. Avant, il y avait des studios disposant de backlots, c'est-à-dire d'espaces où on pouvait construire des décors externes. Maintenant, tout a été vendu et remplacé par des galeries. Il n'y a plus de place pour tourner."

Roman Polanski a refusé d'indiquer le budget exact de son film, tout en assurant qu'il était déjà bouclé. Le réalisateur, âgé de 81 ans, avait été arrêté en Suisse en 2009 en vertu d'un mandat d'arrêt émis par les autorités américaines et contraint à vivre pendant un an en résidence surveillée. La justice suisse a finalement décidé de ne pas l'extrader aux États-Unis en 2010. Début janvier, les États-Unis avaient adressé à la Pologne une demande formelle d'extradition du cinéaste.

L'affaire Dreyfus a divisé la société
L'Affaire Dreyfus a éclaté en 1894, sous la Troisième République, en France. Elle a profondément divisé la société française autour de l'accusation de trahison portée contre le capitaine Alfred Dreyfus, français d'origine alsacienne et de confession juive, et finalement réhabilité en 1906.

Le film va insister sur le rôle du colonel Georges Picquart, chef des services secrets, qui a cru le premier à l'innocence du capitaine. "Tout sera basé sur la vérité. Il n'y aura aucun personnage fictif, aucun évènement fictif", a assuré jeudi Roman Polanski, auteur d'une quarantaine de films, dont "Cul de sac" (1966), "Le Bal des vampires" (1967),"Rosemary's Baby" (1968), "Chinatown" (1974), "Le locataire" (1976), "Tess"(1979) et "Le pianiste" (2002).