Sandrine Kiberlain: "Claude Miller était amoureux fou des actrices"

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 05/04/2012 à 11H53
Sandrine Kiberlain dans le film de Claude Miller "Betty Fisher"

Sandrine Kiberlain dans le film de Claude Miller "Betty Fisher"

© KOBAL / THE PICTURE DESK

Sandrine Kiberlain évoque Claude Miller pour Culturebox, avec beaucoup de tristesse et d'émotion. Le réalisateur qui savait si bien parler de l'ambivalence de l'adolescence, s'est aussi passionné pour les personnages féminins, "les mères". Pour Sandrine Kiberlain, il avait décidé d'adapter « Betty Fisher et autres histoires » en 2001.

On est nombreux à être très tristes… J’ai un souvenir très précis de Claude parce que c’est le premier metteur en scène qui a écrit pour moi. J'étais une jeune actrice et j'avais vu L’Effrontée, la Petite Voleuse puis tous ses autres films qui sont extrêmement marquants, alors quand j'ai appris que Claude Miller voulait écrire pour moi, j'ai été la plus heureuse des actrices.
C’était un cadeau exceptionnel, il me proposait l’adaptation de Betty Fisher. La rencontre a été très forte. J’avais l’impression de travailler avec la famille de Truffaut, de tous ces metteurs en scène qui nous manquent, qui changent nos vies. Il avait une façon de travailler avec les actrices dans le respect, dans l’admiration, dans la complicité, quelque chose de très délicat.

Avec Truffaut c’est celui qui savait filmer les enfants et les adolescents. Il était tellement fasciné par ça, que même dans la Classe de neige, il n’aurait jamais osé faire les choses à moitié. Il faisait les choses à fond, quasiment en s’identifiant, c’était quelqu’un d’assez enfantin, Claude, d’assez poétique, de très vrai, comme sont les enfants.

Pour "Betty Fisher" les mères étaient au cœur du film, vous étiez aux côtés de Nicole Garcia ?

Nicole est devenue mon amie grâce à Claude. J’ai fait ce film quand je suis devenue mère. C’était très étrange, car il avait commencé à écrire avant que je sois enceinte, comme si les films avaient toujours une espèce de parallèle avec nos vies, comme s'il avait flairé avant tout le monde que j’allais être maman. Il était amoureux fou des actrices. Je suis sûre de ça.

S’il aimait les enfants, il aimait aussi les mères. On est tous des anciens enfants, les enfants de nos mères et lui voulait aussi parler de la complexité de tout ça. En tout cas dans le film, ce sont  des mères très aimantes mais de manière extrêmement spéciale, elles font tout de travers, mais ce qu’il en reste c’est qu’elles aiment leurs enfants. Il défend l’amour maternel.

C’est une énorme perte, c’est terrible car c’est souvent au moment où les réalisateurs ne sont plus là qu’on réalise à quel point ils comptent pour le cinéma français. Claude Miller a fait des films qui sont la beauté de notre cinéma. Il ne sont pas si nombreux les metteurs en scènes dont les films transforment nos vies.

Vous aviez  évoqué d’autres projets ?

Je pense  qu’on aurait aimé retravailler ensemble mais Claude avait aussi  le goût des actrices. On se parlait de celles qu’on aimait, je pense qu’il avait toujours envie d'en découvrir. Là il venait de finir le film avec Audrey Tautou  (Thérèse D) et je lui disais à quel point j’aimais cette comédienne. J’espère qu’on aurait retravaillé ensemble, en tout cas j’aurais adoré. C’est vraiment un passionné des actrices.