Roger Hanin, comédien éclectique et populaire, est mort

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 12/02/2015 à 19H52, publié le 11/02/2015 à 11H50
Roger Hanin dans "Dernier été à Tanger"

Roger Hanin dans "Dernier été à Tanger"

© Etienne George / AFP

L'acteur Roger Hanin s'est éteint à Paris à l'âge de 89 ans, a annoncé son entourage. Roger Hanin sera inhumé vendredi 13 février à Alger.

Roger Hanin "est mort ce matin vers 10 heures à l'hôpital Georges Pompidou à Paris d'une détresse respiratoire", a expliqué à l'AFP son ami le réalisateur Alexandre Arcady. L'acteur "était hospitalisé depuis plusieurs jours".

Sujet France 3 : E.Cornet, A.Creuzenet
Né le 20 octobre 1925 à Alger, fils de Joseph Lévy et de Victorine Hanin, Roger Hanin a pris le nom de sa mère pour sa carrière. "Fils de communiste et petit-fils de rabbin", se disant "100% casher sur le plan génétique" et se sentant "très juif", il s'est converti au catholicisme à son mariage.

Roger Hanin commence sa carrière cinématographique dans les années 50. Il se fait remarquer dans la série de films du "Gorille", puis celle du "Tigre" de Claude Chabrol (des films dont son épouse Christine Gouze-Rénal est la productrice), et multiplie les seconds rôles sous la direction de cinéastes comme Jules Dassin ("Celui qui doit mourir" en 1957), Pierre Schoendoerffer, Édouard Molinaro ("Les ennemis", 1962), Luchino Visconti ("Rocco et ses frères", 1960), Henri Verneuil...

Entre-temps, comédien très éclectique, il joue aussi au théâtre, de Shakespeare ("Othello", "Macbeth" dans les années 50) à Molière ("Tartuffe" en 1997) et Beckett ("En attendant Godot" en 1996), défendant également les auteurs de son temps, d'André Malraux ("La condition humaine" en 1954) à Richard Bohringer ("Zorglub" en 1970).

Sa carrière cinématographique connaît un nouvel élan à l'aube des années 80 grâce à des films tels que "Le coup de sirocco" (1979), "Le Grand Pardon" (1981) et "Le Grand Carnaval" (1983), célèbre trilogie d'Alexandre Arcady. Roger Hanin enchaîne avec "Train d'enfer" (1984), qu'il a lui-même réalisé, puis "Dernier Été à Tanger" (1987), encore sous la direction d'Arcady.
Extrait du "Grand Pardon" d'Alexandre Arcady
Roger Hanin deviendra encore plus populaire grâce à son rôle du commissaire Navarro à la télévision, sur TF1, qu'il incarne pour la première fois en 1989. Ce personnage strict et intègre lui vaut le 7 d'or du meilleur comédien en 1990. Quelques années plus tôt, il s'est également illustré dans la série "Au bon beurre", mais aussi dans "Les grandes familles".

Dans les années 80, Roger Hanin a commencé à écrire des romans : "L'ours en lambeaux" (1983), "Les sanglots dans la tête" (1996), "L'horizon" (2005), "Loin de Kharkov" (2007)...
Roger Hanin et Liane Foly dans "Navarro"

Roger Hanin et Liane Foly dans "Navarro"

© François Pugnet / Sipa
Roger Hanin met un terme à sa carrière d'acteur en novembre 2008, "sans amerture, ni nostalgie", après près de vingt années passées dans la peau de Navarro. Environ un an plus tard, en 2009, il sera victime d'un accident vasculaire cérébral en pleine rue.

Beau-frère d'un Président
Roger Hanin était le beau-frère par alliance de l'ancien président François Mittterrand (1916-1996). Son épouse Christine Gouze-Rénal (1914-2002), avec laquelle il s'était marié en 1959, était la soeur de Danielle Mitterrand (1924-2011).

"Sans Christine, je n'aurais pas mené la vie qui m'a permis de me trouver", disait-il. Homme de gauche dans l'âme, aux prises de position parfois bien tranchées, ce sympathisant communiste était un intime de l'ancien chef de l'État. En 2007, se disant déçu par les socialistes, il avait voté pour Nicolas Sarkozy.
Roger Hanin à l'émission "Tout le monde en parle" de Thierry Ardisson, le 18 mars 2000
Réactions

-Alexandre Arcady
- François Hollande "salue la mémoire de Roger Hanin dont il vient d'apprendre le décès", a écrit l'Élysée dans un communiqué. "Avant d'incarner avec un succès exceptionnel pendant 20 ans à la télévision le commissaire Navarro, Roger Hanin aura tourné" avec de nombreux cinéastes "comme Jules Dassin, Pierre Schoendorffer et Claude Chabrol". "Le président rend hommage à cet acteur populaire, à la faconde familière à des générations de Français qu'il a su toucher tout au long de sa carrière."

- Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication, a exprimé mercredi "beaucoup de tristesse" à l'annonce de la mort du comédien Roger Hanin, "un acteur populaire" et "exigeant". "Il montrait bien ce que la culture populaire peut avoir d'exigeant : permettre de toucher un très grand nombre" tout en ayant "une véritable ambition de qualité".

- Manuel Valls, Premier ministre, sur Twitter : "Avec la mort de Roger Hanin , un acteur populaire, une figure du cinéma français, un homme de gauche et de convictions nous quitte."

- Gilbert Mitterrand, fils cadet de l'ancien président de la République : "C'est une nouvelle triste parce que Roger Hanin a beaucoup compté dans notre vie de famille. On a beaucoup de souvenirs, il était très présent", a dit Gilbert Mitterrand dans une interview téléphonique à l'AFP peu après la mort de l'acteur. "Il était dans la vie quotidienne, en famille, à l'image de ce qu'il était dans son image publique (...). C'est une page qui se tourne et nous renvoie aussi à ma tante Christine Gouze-Renal, qui comptait beaucoup pour nous et était indissociable de ma mère, Danielle Mitterrand : c'était fusionnel entre elles."

Autres réactions à la mort de Roger Hanin recueillies ce matin :