Pourquoi les femmes sont-elles sous-représentées à Hollywood ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 14/02/2017 à 12H15, publié le 14/02/2017 à 12H09
Charlize Theron, Jennifer Lawrence et Meryl Streep.

Charlize Theron, Jennifer Lawrence et Meryl Streep.

© PHOTO12 / JACKY GODARD, MATT WINKELMEYER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP, FRAZER HARRISON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Le cinéma américain est-il sexiste ? Aujourd'hui, moins d'un tiers des personnages de films au sommet du box-office sont féminins. Derrière la caméra, c'est encore pire : les réalisatrices se comptent sur les doigts de la main. Une tendance qui se confirme à quelques jours des Oscars 2017 : tous les films en lice sont réalisés par des hommes. "L'oeil du 20 heures" de France 2 a enquêté.

Reportage : Y. Sanchez / H. Pozzo / E. Denis / X. Lepetit / T. Mandard / H. Horoks

"J'ai l'impression que tous les films parlent d'hommes blancs et qu'il n'y en a qu'une poignée sur les femmes" s'insurge Natalie Portman. "Il est temps d'avoir les mêmes salaires que les hommes !" tempête Patricia Arquette lors de la cérémonie des Oscars. Le manque de parité à Hollywood n'est malheureusement pas nouveau, mais ces dernières années, des voix s'élèvent pour dénoncer cette inégalité. Comme Robin Wright rêvant d'une Che Guevara au féminin ou Meryl Streep demandant au Congrès américain de défendre l'égalité entre les sexes.

Sexisme systémique 

Et les Oscars 2017 ne font pas exception à la règle : les 9 longs-métrages en lice pour le titre de meilleur film sont réalisés par des hommes et les 5 nominés pour l'Oscar du meilleur réalisateur sont également des hommes. D'ailleurs, dans l'histoire des Oscars, seule une femme a remporté la statuette de meilleure réalisatrice : Kathryn Bigelow, en 2010, pour le film "Démineurs".  
Kathryn Bigelow, la seule femme à avoir obtenu l'Oscar du meilleur réalisateur pour "Démineurs" en 2010. 

Kathryn Bigelow, la seule femme à avoir obtenu l'Oscar du meilleur réalisateur pour "Démineurs" en 2010. 

© MATT WINKELMEYER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Hollywood est-il irrémédiablement sexiste ? En tout cas, la situation n'est pas nouvelle. Dans son ouvrage "Hollywood, la cité des femmes" consacré à l'âge d'or des studios américains, Antoine Sire constate : "il y a toujours eu une inégalité de salaires. Quand les femmes arrivaient à s'imposer artistiquement, c'était en revanche au prix d'une exploitation permanente à Hollywood et d'une vraie souffrance." Ginger Rogers a ainsi fait un esclandre à la RKO quand elle a découvert qu'elle était trois fois moins payée que Fred Astaire quand elle tournait avec lui, mais aussi également moins payée que le deuxième rôle masculin ! 
Ginger Rogers et Fred Astaire

Ginger Rogers et Fred Astaire

© JOHN MIEHLE / KOBAL / THE PICTURE DESK

"La norme à Hollywood est d'exclure les femmes"

Selon une étude récente de l'Université de Californie du Sud, l'industrie américaine du film est largement blanche, mâle et hétérosexuelle. L'analyse a porté sur 700 films à succès sortis entre 2007 et 2014. "La norme à Hollywood est manifestement d'exclure les filles et les femmes de l'écran" concluent les auteurs de l'étude. Moins d'un tiers des personnages de ces films sont des femmes. Ces dernières sont d'ailleurs 5 fois plus susceptibles que les hommes d'apparaître dans des tenues sexy ou dénudées (34% contre 7%). En outre, à peine 28 des 700 films examinés sont l'oeuvre de réalisatrices. Et sur les 100 plus gros succès de 2014, seuls 2 ont été réalisés par des femmes. Les chiffres parlent d'eux-mêmes ! 
Juliette Binoche, membre de la société "We do it together".

Juliette Binoche, membre de la société "We do it together".

© HU WENCHENG / IMAGINECHINA
Aussi, face au sexisme systémique dont elles sont victimes, des actrices et réalisatrices d'Hollywood ont décidé de réagir en créant "We do it together", une société de production qui vise à promouvoir le travail des femmes. Cette compagnie à but non lucratif souhaite produire de belles histoires qui parlent des femmes et réinvestir tous les bénéfices réalisés dans les films d'autres réalisatrices. Pour Juliette Binoche, membre du directoire, "ce mouvement était essentiel. L'énergie féminine a besoin de s'exprimer. Nous devons saisir cet espace". Et la comédienne d'ajouter : "Le futur sera féminin. Sinon, nous ne survivrons pas."

La tendance finira-t-elle par s'inverser ? Il faudra sans doute se montrer (très) patient. Toujours est-il qu'en 2015, les films portés par des héroïnes ont rapporté 16% de plus que ceux où les premiers rôles étaient masculins. C'est toujours ça de pris !