Polanski président des César 2017 : la ministre des Droits des femmes choquée

Par @Culturebox
Mis à jour le 20/01/2017 à 19H27, publié le 20/01/2017 à 16H42
Roman Polanski (2016)

Roman Polanski (2016)

© GUILLAUME SOUVANT / AFP

La ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol, a jugé vendredi "surprenant et choquant" le choix de Roman Polanski pour présider la cérémonie des César le 24 février. "Je trouve surprenant et choquant que l'histoire d'un viol dans la vie d'un homme ne pèse pas", a déclaré Mme Rossignol sur France Culture.

Une banalisation du viol

"C'est un choix qui témoigne, de la part de ceux qui ont décidé de le nommer président des César, d'une indifférence à l'égard des faits qui lui sont reprochés", a-t-elle estimé. "En fait, c'est pas grave, pour les organisateurs, que Roman Polanski soit poursuivi aux Etats-Unis et ait à son actif le viol d'une (...) enfant de 13 ans".

Cette décision s'inscrit selon elle "dans une espèce de banalité à l'égard du viol, c'est ce que les féministes désignent comme étant la culture du viol dans laquelle nous évoluons, c'est-à-dire qu'une agression sexuelle, le viol, tout cela n'est pas si grave".

L'association Osez le féminisme avait appelé jeudi à un rassemblement de protestation le jour de la cérémonie, le 24 février à 18H30 devant la salle Pleyel à Paris, où se tiendra la remise des 42e César. Une pétition sur change.org appelant à la "destitution de Roman Polanski comme président des César" avait par ailleurs recueilli vendredi à la mi-journée plus de 42.000 soutiens.
La désignation polémique de Roman Polanski président des César 2017

Audrey Azoulay s’abstient

La ministre de la Culture Audrey Azoulay, contrairement à sa collègue Laurence Rossignol, s'est abstenue vendredi de critiquer le choix de Roman Polanski.

"L'académie des César est parfaitement indépendante du ministère et son choix lui appartient. Les faits en cause sont particulièrement graves. Mais ils sont aussi très anciens", a déclaré la ministre de la Culture à l'AFP.

"La victime elle-même a demandé à ce que l'affaire ne soit plus l'objet de débat public et que la procédure, dont la justice avait été saisie, soit close. Cette affaire poursuivra Roman Polanski toute sa vie. Il demeure néanmoins un cinéaste de très grand talent qui a depuis été honoré de multiples César: c'est cela qui est en jeu dans le choix fait par l'académie", a-t-elle dit.

Aurélie Filippetti pour Polanski

Jeudi, l'ex-ministre de la Culture Aurélie Filippetti avait en revanche souhaité "qu'on laisse (Roman Polanski) présider cette cérémonie". "C'est un très grand réalisateur", avait-t-elle souligné. "C'est quelque chose qui s'est passé il y a 40 ans. On ne peut pas à chaque fois relancer cette affaire".

Roman Polanski, à l'époque âgé de 43 ans, avait été poursuivi en 1977 en Californie pour le viol d'une adolescente de 13 ans. Après 42 jours de prison, puis sa libération sous caution, le cinéaste qui avait plaidé coupable de "rapports sexuels illégaux" avec une mineure, s'était enfui des Etats-Unis avant le verdict, craignant d'être lourdement condamné.

Agé de 83 ans, il vit en France avec son épouse, l'actrice Emmanuelle Seigner.