Paria depuis dix ans, Mel Gibson attend le pardon de Hollywood

Par @Culturebox
Publié le 01/11/2016 à 19H58
Mel Gibson à une projection de son film "Hacksaw Ridge" à Washington (28 octobre 2016)

Mel Gibson à une projection de son film "Hacksaw Ridge" à Washington (28 octobre 2016)

© Paul Morigi / Getty Images / AFP

Depuis une dizaine d'années, Mel Gibson, 60 ans, qui fut l'un des acteurs les plus adulés et courtisés à Hollywood au temps de sa splendeur, est traité par ses pairs du monde du cinéma comme un paria pour des propos antisémites. Pour l'acteur américano-australien, le temps du pardon est arrivé.

Son statut de star internationale avait été renforcé en 1996 par son Oscar pour "Braveheart", qu'il a produit et réalisé.

Pour Mel Gibson, les ennuis ont commencé en 2006 avec son arrestation en excès de vitesse et en état d'ébriété, et sa tirade antisémite. Depuis cette époque, il n'a obtenu qu'une poignée de rôles dans des films improbables ou mal reçus. Aux antipodes de l'adulation dont il a bénéficié grâce à "Mad Max" et à "L'arme fatale".

Dans quelques jours, sort la nouvelle création de ce fervent catholique, "Tu ne tueras point". Pour ce film qui se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale avec la religion en fil rouge, l'acteur sexagénaire espère que les cinéphiles auront la mémoire plus courte que les patrons d'Hollywood. Le film sort en France le 9 novembre.

"Tu ne tueras point" ("Hacksaw Ridge") de Mel Gibson : bande-annonce (VOST)


L'histoire vraie d'un soldat qui refusait de porter une arme

Le film raconte l'histoire vraie de Desmond Doss - interprété par Andrew Garfield - qui s'engage dans l'armée, déterminé à sauver des vies sur la ligne de front en tant que médecin, mais qui refuse de porter une arme à feu, par conviction. "Cela met en lumière ce que cela signifie pour un homme de conviction et de foi de se retrouver dans une situation infernale... et, au milieu de ce cauchemar, cet homme est en mesure d'approfondir sa spiritualité et d'accomplir quelque chose de plus grand", a expliqué Mel Gibson, lors d'une conférence de presse à Beverly Hills.

Interrogé sur sa propre foi, il a semblé mal à l'aise et a simplement répondu qu'il était "imparfait" et un "mauvais pratiquant" qui pourrait retenir quelques leçons de la vie de Doss.

Au vu des critiques, le retour de l'acteur derrière la caméra devrait être un succès. C'est sa première réalisation depuis "Apocalypto", sorti en 2006.

Des scandales en série depuis 2006

Cette même année, il avait déversé un torrent d'insultes antisémites sur un policier à Malibu, affirmant que les Juifs étaient responsables de toutes les guerres de l'histoire et proférant des propos sexistes et menaçants envers la police. L'acteur avait présenté des excuses, puis avait été condamné à trois ans de mise à l'épreuve.

Mel Gibson avait déjà été taxé d'antisémitisme après la sortie du controversé film "La Passion du Christ" (2004), qu'il a réalisé.

Peu après l'incident de Malibu, Mel Gibson et sa femme Robyn s'étaient séparés après 26 ans de mariage. L'acteur a ensuite connu une traversée du désert, n'obtenant plus de tête d'affiche sur grand écran jusqu'au thriller policier "Hors de contrôle" (2010), tièdement accueilli.

Mais les scandales ne se sont pas arrêtés. En 2011, il a échappé à la prison en admettant avoir frappé son ex-compagne, la Russe Oksana Grigorieva. L'acteur - qui va bientôt être père pour la neuvième fois - avait notamment été condamné à trois ans de mise à l'épreuve.

Depuis, le public l'a boudé

Son rôle dans "Le complexe du castor", un film très singulier mais émouvant, réalisé par sa proche amie Jodie Foster, a été salué par les critiques mais n'a pas attiré le public. Selon le magazine Entertainment Weekly, les spectateurs ont boudé l'acteur aux yeux bleu. Et son parcours reste toujours émaillé d'accusations d'antisémitisme et de comportement violent, ce qu'il dément vigoureusement.

Le complexe du castor (2011), film réalisé par Jodie Foster : bande-annonce VOST

Dans un récent podcast avec le magazine Variety, il a confié essayer de mettre l'incident de 2006 derrière lui, mais qu'il était "agaçant" que ce soit en permanence rappelé. "Dix ans ont passé. Je me sens bien. Je suis sobre, tout ça c'est pour moi quelque chose de vague dans le passé."

Les recettes du premier week-end d'exploitation en Amérique du Nord de "Tu ne tueras point" devraient indiquer si le public l'a enfin pardonné. "Hollywood et le public en général ont la volonté de donner une nouvelle chance aux réalisateurs ayant atteint des sommets", a relevé Jeff Bock, analyste de la société spécialisée Exhibitor Relations. "Gibson a prouvé qu'il avait la fibre du réalisateur qui transcende les programmations des multiplexes, souvent médiocres. Avec +Tu ne tueras point+, il semble aussi avoir le soutien des critiques, ce qui est prometteur", a-t-il estimé.