Le maître du cinéma italien Francesco Rosi est mort

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/01/2015 à 18H26, publié le 10/01/2015 à 14H02
Le réalisateur Francesco Rosi (octobre 2013)

Le réalisateur Francesco Rosi (octobre 2013)

© PH AC / EMMEVI PHOTO / MAXPPP

Le réalisateur Francesco Rosi, grand maître du cinéma italien, auteur entre autres de "L'Affaire Mattei" qui lui valut le Grand Prix du festival de Cannes en 1972, est décédé samedi à Rome à l'âge de 92 ans.

Selon le Corriere della Sera, le réalisateur et scénariste, qui gardait le lit depuis plusieurs semaines en raison d'une bronchite, est décédé au cours de son sommeil.

Francesco Rosi est né le 15 novembre 1922 à Naples et, après des études de droit, il entre tout de suite dans le monde du spectacle, d'abord dans le théâtre, où il est acteur et assistant metteur en scène avant de travailler pour le cinéma.
 
"Main basse sur la ville" de Francesco Rosi, extrait
Assistant de Visconti et d'Antonioni
 
Avec Luchino Visconti, dont il est l'assistant sur "La terre tremble"  (1948) et le co-scénariste sur "Bellissima" (1951), il apprend à utiliser des acteurs non professionnels et les ressources d'un décor naturel. Assistant de Michelangelo Antonioni, de Mario Monicelli, il débute dans la mise en scène en terminant  "Les chemises rouges" (1952) de Goffredo Alessandrini.
 
Dès ses deux premiers films "Le défi" (1958) et "I magliari" (1959),  influencés par le film noir américain, il se passionne pour les sujets sociaux.
 
En 1961, Francesco Rosi réalise "Salvatore Giuliano", sur l'assassinat du célèbre bandit sicilien, qui contribue à bouleverser la narration cinématographique en inaugurant le genre du film-enquête.
"Salvatore Giuliano", de Francesco Rosi, la bande-annonce
 
Témoin de la société italienne
 
Témoin privilégié de la société italienne, Rosi évoque ensuite l'affairisme immobilier dans "Main basse sur la ville" (Lion d'or à Venise en 1963), les batailles politico-économiques autour du pétrole dans "L'affaire Mattei" (palme d'or à Cannes en 1972), le banditisme mafieux ("Lucky Luciano", 1973), les  manipulations judiciaires ("Cadavres exquis", 1976) et les drames du sud de l'Italie ("Trois frères", 1980).
 
Après "Carmen" (1983) et une adaptation de Gabriel Garcia Marquez  ("Chronique d'une mort annoncée", 1987), il revient à la mafia sicilienne avec "Oublier Palerme" (1990). En 1996, il réalise "La trêve", une adaptation du  roman de Primo Levi.
 
"Francesco Rosi  est mort, un homme d'une immense culture, un réalisateur extraordinaire, l'orgueil de Naples, une terre qu'il a aimée et défendue", a écrit sur son compte Twitter Luigi de Magistris, le maire de la ville.
 
"Carmen" de Francesco Rosi, la bande-annonce
Une cérémonie lundi à Rome 
 
"Personne n'a su comme Francesco Rosi raconter le pouvoir", a commenté pour sa part Roberto Saviano, le journaliste napolitain célèbre pour "Gomorra", son  livre-enquête sur la mafia locale.
 
Francesco Rosi  a par ailleurs été compagnon de lycée de l'actuel président  de la République, Giorgio Napolitano, lui aussi originaire de Naples.
 
"A travers son cinéma caractérisé par un grand engagement civique il a été l'un des interprètes les plus extraordinaires de l'Italie moderne en saisissant et en racontant ses contradictions et ses tensions profondes", a réagi Paolo Baratta, directeur de la Biennale de Venise.
 
Francesco Rosi  a obtenu en 2009 L'Ours d'Or pour l'ensemble de sa carrière décerné par le Festival de Berlin et sa carrière a également été couronnée par le Lion d'Or au Festival de  Venise en 2012.
 
Une cérémonie en sa mémoire sera organisée lundi à Rome à la Maison du  Cinéma.
"Le Christ s'est arrêté à Eboli", de Francesco Rosi, extrait