"La vie d'Adèle" : Kechiche vide son sac

Par @Culturebox
Publié le 23/10/2013 à 19H58
Abdellatif Kechiche à Rome le 16 octobre 2013

Abdellatif Kechiche à Rome le 16 octobre 2013

© Tiziana Fabi / AFP

Le réalisateur de "La Vie d'Adèle" Abdellatif Kechiche a réglé ses comptes mercredi dans une tribune-fleuve, furieuse et assassine, sur internet, qui vise notamment l'actrice Léa Seydoux, mais aussi le journal "Le Monde".

Dans cette (très) longue tribune publiée sur le site d'informations Rue89, intitulée "A ceux qui voulaient détruire 'La vie d'Adèle'", Kechiche démonte point par point les critiques entendues ou écrites contre lui et ses méthodes de travail. Il vise nommément plusieurs personnes parmi lesquelles Léa Seydoux, l'une des deux actrices principales de la Palme d'or 2013, ou encore le quotidien "Le Monde", ciblant plus particulièrement l'un de ses journalistes ainsi qu'un producteur cité dans l'article de ce dernier.

Léa Seydoux devra "s'expliquer devant la justice"
De l'actrice Léa Seydoux, à laquelle le cinéaste consacre plusieurs paragraphes chargés de colère, Abdellatif Kechiche assure qu'elle devra s'"expliquer devant la justice" après ses déclarations sur les conditions de tournage du film. La jeune femme avait multiplié les déclarations fracassantes dans plusieurs médias, faisant état d'un un tournage "horrible".

Le réalisateur, qui ne donne pas plus de précisions sur la procédure à venir, accuse la jeune femme, "pleine d'opportunisme", d'avoir "orchestré une nouvelle polémique" à son encontre à la rentrée, après celles survenues pendant le festival de Cannes : "Comment expliquer ces formules et ces mimiques pleines de sous-entendus que Léa Seydoux a utilisées depuis la rentrée, des propos qu’elle a réitérés deux ou trois jours avant la sortie du film (9 octobre 2013, ndlr), en parlant du tournage comme d’une horreur et qui laissent à penser que je serais une espèce de sadique et de pervers manipulateur, qui aurait fait tourner complètement nues deux jeunes comédiennes des scènes de sexe dix jours non-stop, que je les aurais obligées à se battre jusqu’au sang et à travailler 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 et pendant six mois, que je les aurais humiliées, violées et violentées psychologiquement, voire autrement, pour obtenir d’elles ce que tout spectateur voit aujourd’hui à l’écran ?"

Une "imposture perverse"
Kechiche poursuit : "Comment expliquer des accusations aussi graves et ce revirement à 180 degrés, un an après le tournage, et après tant de démonstrations d’admiration, « d’amour » et de reconnaissance ? Je n’y vois pour ma part qu’une incohérence flagrante (à quel moment dit-­elle vrai : quand elle m’honore publiquement ou quand elle me conspue bruyamment ?) et au-­delà, surtout, une imposture perverse et une manipulation de la pire espèce, dans un contexte où elle savait que ses propos calomnieux auraient l’écho désastreux et rabaissant qu’en effet ils ont eus."

L'avocat de Léa Seydoux, Me Hervé Temime, a déclaré mercredi à l'AFP qu'à sa connaissance qu'il n'y a "pas eu de procédure engagée", ajoutant : "mais elle semble annoncée". Interrogé sur le point de savoir si sa cliente pouvait éventuellement déposer plainte contre le réalisateur, l'avocat a répondu que la question allait être étudiée "calmement" tout en affirmant ne pas "être un obsessionnel de la procédure".

Si Cannes ne l'avais pas primé, Kechiche serait "un homme mort"
"Si mon film n'avait pas été récompensé à Cannes, je serais aujourd'hui un réalisateur détruit, comme on dit, un homme mort", écrit encore Abdellatif Kechiche qui s'indigne des accusations portées "un an après le tournage".

Il réfute en outre celles de "techniciens anonymes" sur sa présumée "tyrannie" parues dans "Le Monde" pendant le Festival, alors "qu'on sait que la plupart de mes techniciens me suivent de longue date" : "Que l’on me permette de m’interroger. Pourquoi ces « techniciens anonymes » que j’aurais maltraités ne m’ont-­ils jamais rien dit et pourquoi sont-ils restés jusqu’au bout, si les conditions proposées leur étaient à ce point insupportables ? Pourquoi ont-­ils, au contraire, renouvelé leur mission ? Je n’ai jamais retenu personne. Il y a là quelque chose d’illogique qui devrait étonner."

"Ceux qui me connaissent et qui connaissent mes films et mes valeurs humanistes, savent que m'attaquer sur ces valeurs, c'est m'attaquer au plus profond (...) Indirectement c'est aussi le contenu et la portée de 'La vie d'Adèle' qui sont visés, un film qui se voulait un hymne à la jeunesse d'aujourd'hui et à la liberté."