Jeanne Moreau, les combats d'une femme engagée

Par @Culturebox
Mis à jour le 01/08/2017 à 12H07, publié le 01/08/2017 à 12H06
Jeanne Moreau en 2008 à Avignon. 

Jeanne Moreau en 2008 à Avignon. 

© GERARD JULIEN / AFP

Décédée hier à l'âge de 89 ans, la star de cinéma et de théâtre était aussi connue pour sa grande liberté de parole et son engagement, notamment en faveur des droits des femmes. En 1971, elle fit partie des 343 personnalités qui avouèrent publiquement avoir déjà avorté illégalement, s'exposant ainsi à des poursuites judiciaires. Leur combat contribua à accélérer la légalisation de l'avortement.

Reportage : M. Tissier / N. Tabouri / S. Guillemot / O. Sauvayre 
Au cinéma comme dans sa vie, Jeanne Moreau a toujours revendiqué sa liberté qu'elle n'a pas hésité à mettre au service des causes qu'elle défendait. Liberté sexuelle, tout d'abord, avec des films qui firent scandale à leur époque, comme "Les amants" de Louis Malle (1958) où elle incarne une femme adultère partagée entre trois hommes, et bien sûr "Jules et Jim" de François Truffaut (1962) où elle est à nouveau tiraillée entre deux hommes.
Jeanne Moreau dans "Jules et Jim" de François Truffaut. 

Jeanne Moreau dans "Jules et Jim" de François Truffaut. 

© FILMS DU CARROSSE / COLLECTION CHRISTOPHEL
Une liberté qu'elle assume aussi dans sa vie personnelle : "J'ai séduit beaucoup d'hommes. J'ai toujours été vers des hommes qui avaient du talent. Je n'ai pas eu des amants pour avoir des amants." confiait-elle en 2012. 
nouvel obs 1

Signataire du manifeste des "343 salopes" 

Même si elle a toujours refusé l'étiquette de "féministe", la comédienne s'est engagée à plusieurs reprises en faveur des droits des femmes. En 1971, aux côtés de 342 autres personnalités comme Simone de Beauvoir et Catherine Deneuve, elle affirme avoir déjà avorté illégalement, s'exposant à une peine de prison. C'est le fameux manifeste des "343 salopes" paru dans le Nouvel Observateur et qui contribua à la légalisation de l'IVG quelques années plus tard. "Les gens qui signaient cette pétition s'exposaient à des poursuites judiciaires et à l'emprisonnement" reconnaît-elle en 1975. "Il est plus facile de mettre en prison une femme pas connue qui vit dans un HLM que des femmes célèbres". 

Elle voulait absolument témoigner encore et encore sur cette liberté qu'ont les femmes à disposer de leur corps à un moment donné où elle sentait un raidissement de la société sur cette question.

Marc-Olivier Fogiel, RTL
nouvel obs 2 © Archives Nouvel Observateur

Quelques décennies plus tard, en 2013, Jeanne Moreau prend fait et cause pour les Pussy Riot, ce groupe de punk-rock féministe russe qui dénonce les dérives autoritaires de la Russie. Sur France Culture et Mediapart, l'actrice lit "La lettre du camp 14 de Mordovie" écrite par l'une des Pussy Riot emprisonnée par le régime russe. 

Engagée mais pas militante 

Si la comédienne n'a jamais été militante, elle n'a jamais caché sa sensibilité de gauche, soutenant la candidature de Ségolène Royal en 2007 et signant diverses pétitions contre le racisme ou en faveur du droit de vote des étrangers. En 2013, elle soutient la loi de Christiane Taubira sur le mariage pour tous et deux ans plus tard, l'appel de Calais en faveur de l'accueil des immigrés. 
Tout récemment, au printemps 2017, elle participe aussi à l'appel du monde de la culture contre le Front National et Marine Le Pen. 

Après la disparition de Simone Veil, les femmes se sentent à nouveau orphelines. Avec son franc-parler et la liberté qu'elle a toujours porté en étendard, Jeanne Moreau a elle aussi permis de faire avancer la cause des femmes. On ne peut que lui dire merci. 

Jeanne Moreau en 1987. 

Jeanne Moreau en 1987. 

© GEORGES BENDRIHEM / AFP