Jean-Pierre Mocky le libertaire vedette d'"Un réalisateur dans la ville" à Nîmes

Par @Culturebox
Mis à jour le 29/07/2013 à 13H51, publié le 29/07/2013 à 12H35
Jean-Pierre Mocky au festival de Cannes 2010

Jean-Pierre Mocky au festival de Cannes 2010

© ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Il est de ces hommes de cinéma qui ont fait vibrer toute une génération. Jean-Pierre Mocky, figure de proue du cinéma militant des années 70, est jusqu'à mercredi l'invité d'honneur du festival "Un réalisateur dans la ville" de Nîmes. Après avoir rendu un bel hommage à Bernadette Lafont, l'une de ses égéries, décédée jeudi dernier, Mocky présentera 5 longs métrages devant plus de 2000 personnes.

Connu pour sa vitupérance, Jean-Pierre Mocky, qui n'a rien perdu de sa verve d'antan, est fier de faire revivre certains de ces films fétiches le temps d'une soirée. Parmi plus de 60 longs-métrages, le réalisateur en a choisi 5 qu'il juge emblématique de son oeuvre. Samedi soir, en plein air aux Jardins de la Fontaine, quelques 2300 spectateurs se sont donné rendez-vous pour revoir "A mort l'arbitre" (1983), film sur la bêtise humaine qui dénonce les dérives de certains supporters de football. 

Reportage de G. Spica, S. Bonnet, A. Vaillant, L. Dodet  
Après l'inénarrable Bertrand Blier en 2004, le regretté Claude Miller, Chabrol, Rappeneau et Lelouch l'an dernier, la 9e édition du festival "Un réalisateur Un réalisateur dans la ville", sous l'égide de Jean-Claude Carrière, rend hommage à Jean-Pierre Mocky, qui "remplace" Patrice Leconte, initialement prévu. Retour sur la carrière de cet insurgé magnifique, poète libertaire et détracteur de l'injustice sous toutes ses formes, qui puisait dans les faits divers la matière première de ses films.

Désarmer par le rire

Cela fait plus d'un demi-siècle que Jean-Pierre Mocky pratique le cinéma. D'abord acteur dans "Les Vaincus" d'Antonioni (1952), il rencontre bientôt les réalisateurs de la Nouvelle Vague mais ne partage pas leur indignation contre l'académisme français d'après-guerre. A côté de Godard ou Truffaut, il oeuvre pour un cinéma à part, contre l'abêtissement général, en utilisant l'ironie pour conquérir son public. Résultat : Mocky réalise une série de comédies grinçantes qui connaissent un certain succès, de son premier film "Les Dragueurs" avec un certain Charles Aznavour en 1959 (sorti la même année que "Le Beau Serge" de Chabrol) à "L'Etalon" en 1970.
"Les dragueurs" : extrait
Parmi les films les plus notables de cette période qu'on définira comme "rose" (en opposition avec la période postérieure), on peut citer "Un drôle de paroissien", l'histoire d'un fervent catholique qui pour ne pas travailler pille le tronc des églises, une attaque contre l'Eglise catholique qu'on retrouvera bien des années plus tard dans Le Miraculé (1987). Quant à "La grande lessive (!)" avec Bourvil (1968), il met en scène un professeur de lycée saccageant les antennes de télévision pour lutter contre l'abrutissement des ses élèves. 

La période noire

Après 68, le cinéma se scinde en plusieurs voies bien distinctes. D'un côté le comique populaire français symbolisé par la suprématie des films avec Louis De Funès, de l'autre le cinéma militant emmené par Godard et Chris Marker. Une troisième voie voit cependant le jour, que l'on appellera par commodité de langage les films "engagés". C'est l'avènement de cinéastes comme Costa Gavras, Yves Boisset ou André Cayatte, qui inventent une forme hybride avec un cinéma politique de grande consommation.
"Solo" : Trailer
Situé dans cette mouvance, Jean-Pierre Mocky se fait le porte-parole de tous les êtres en marge qui ne se reconnaissent pas dans le système en se mettant lui-même en scène. Dans "Solo" (1970), puis "L'Albatros"(1971), sans doute son film le plus brillant à ce jour, il campe un héros romantique en proie à la fatalité se heurtant à un système répressif qui ne laisse aucune chance à l'individu d'exister hors des normes. On se rappelle avec une émotion toute particulière la scène finale de "L'Albatros" où l'homme et la femme font l'amour devant les policiers hébétés avant de se faire tuer, véritable hymne à la liberté qualifié par le critique Jean-Louis Bory comme "un Hernani de la contestation moderne". Sur une musique de Léo Ferré.

Devenu peu à peu un cinéma "underground", Mocky continue de tourner des films mais peine à rencontrer son public, sans doute moins en phase avec la société actuelle. Il prévoit néanmoins un nouveau film au casting décapant : Jane Fonda, Delon et ... Bébel. 

Les films présentés durant le festival

Samedi 27 juillet : A mort l’arbitre (1983)
Dimanche 28 juillet : L’Albatros (1971)
Lundi 29 juillet : Les dragueurs (1959)
Mardi 30 juillet : Le Miraculé (1986)
Mercredi 31 juillet : L’Ibis rouge (1975)