Accusé de harcèlement sexuel, le célèbre producteur Harvey Weinstein devient le paria d'Hollywood

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/10/2017 à 17H01, publié le 09/10/2017 à 18H21
Harvey Weinstein, licencié le 8 octobre 2017 par The Weinstein Company, société qu'il a co-fondée avec son frère Bob.

Harvey Weinstein, licencié le 8 octobre 2017 par The Weinstein Company, société qu'il a co-fondée avec son frère Bob.

© Richard Shotwell/AP/SIPA

Harvy Weinstein, 65 ans, était jusqu'à présent l'un des producteurs les plus puissants d'Hollywood. Mais sa "mauvaise conduite" l'a rattrappé : il a été licencié dimanche par The Weinstein Company, sa propre société de production co-fondée en 2005 avec son frère Bob Weinstein.

Une enquête du New York Times a mis le feu aux poudres

La semaine passée, une enquête publiée dans le New York Times avait révélé une série d'accusations de harcèlement sexuel à l'encontre de Harvey Weinstein. Le producteur est accusé par huit femmes, dont les actrices vedettes Ashley Judd et Rose McGowan d'avoir tenté de les masser, de les avoir forcées à le regarder nu ou d'avoir promis de favoriser leur carrière contre des faveurs sexuelles.
 
Autre témoignage, celui de l'actrice britannique Romola Garai, qui a raconté mardi 10 octobre comment elle s'était "sentie violée" lors d'une audition "humiliante" avec le producteur américain. L'actrice, connue notamment pour ses rôles dans la série The Hour et le film  Angel de François Ozon, explique au quotidien The Guardian : "j'ai dû aller dans sa chambre d'hôtel au Savoy et il a ouvert la porte en peignoir. J'avais seulement 18 ans. Je me suis sentie violée par ça, c'est resté très clairement gravé dans ma mémoire", a-t-elle décrit.

"Il y a tellement d'histoires à propos de lui harcelant des actrices"

Pour elle, cet incident est représentatif de la manière de Weinstein d'approcher les femmes de l'industrie du film, en mettant des jeunes actrices, désireuses de percer dans le milieu, dans des "situations humiliantes" afin de prouver "qu'il avait le pouvoir de le faire". Garai a confié au Guardian qu'elle ne pouvait "pas être moins surprise" par les révélations sur le comportement du producteur. "Il y a tellement d'histoires à propos de lui envoyant des textos bizarres et harcelant des actrices, leur disant qu'il leur donnerait un rôle si elles venaient dîner avec lui - c'est vraiment, vraiment répandu". Elle a expliqué ne pas en avoir parlé plus tôt parce que dans l'industrie du film, les gens "auraient été choqués que je considère que ce soit un problème".
 
Dans un communiqué, Harvey Weinstein avait présenté jeudi ses excuses et déclaré se mettre en "congé" de sa société de production. Il avait déclaré en outre respecter toutes les femmes, plaidant pour une seconde chance, tout en admettant qu'il "avait beaucoup à faire pour le mériter". Dimanche, The Weinstein Company a annoncé son licenciement, précisant que les quatre membres du conseil d'administration s'étaient déterminés "à la lumière de nouvelles informations qui ont éclaté ses derniers jours sur la mauvaise conduite de Harvey Weinstein".

Certains savaient mais d'autres pas

"Tout le monde ne savait pas", a tempéré l'actrice Meryl Streep dans un message publié sur le site du Huffingont Post. "Je ne savais pas." "Je ne pense pas que tous les journalistes d'investigation dans le monde du spectacle et des médias d'information auraient négligé d'en parler", a estimé l'actrice aux trois Oscars. 

Dans un éditorial, la créatrice du site spécialisé dans l'actualité du show-business The Wrap Sharon Waxman a assuré avoir recueilli, dès 2004 et alors qu'elle était journaliste au New York Times, le témoignage d'une femme qui avait conclu avec Harvey Weinstein un accord confidentiel après avoir été agressée sexuellement. Elle affirme avoir été l'objet de pressions de la part d'acteurs et laisse entendre que la direction éditoriale du New York Times aurait cédé à Harvey Weinstein lui-même, qui était au courant de ces investigations, et n'aurait pas publié ces informations.

Le New York Times a rappelé qu'il avait été le premier à publier une enquête de fond sur Harvey Weinstein et le harcèlement sexuel. "Personne qui soit aujourd'hui au Times n'a souvenir de décisions éditoriales prises concernant cette histoire", a ajouté le quotidien dans une déclaration écrite. "Mais en général, la seule raison pour laquelle un article ou une information ne serait pas diffusée tiendrait au fait qu'elle ne respecte pas les standards de publication."

Qui veut la peau d'Harvey Weinstein?

Prendre la défense du producteur est un jeu dangereux. Dimanche, lors d'une interview sur le tapis rouge des CineFashion Film Awards, une cérémonie de remises de récompenses organisée à Los Angeles, la fondatrice du label DKNY, Donna Karan, a déclaré : "Je pense que les gens le voient aujourd'hui comme un symbole, pas nécessairement pour ce qu'il est". "Je connais sa femme. Je pense que ce sont des gens formidables", a-t-elle poursuivi. "Harvey a fait des choses fantastiques."

Mais la designer ne s'est pas arrêté là. "Ce n'est pas Harvey Weinstein", a-t-elle fait valoir. "Quand vous regardez tout ce qui se passe dans le monde aujourd'hui et comment les femmes s'habillent, ce qu'elles cherchent en se présentant de la sorte. Qu'est-ce qu'elles cherchent? Les problèmes". Et les réactions ne se sont pas fait attendre. "Donna Karan, vous êtes déplorable", a tweeté le 9 octobre l'actrice Rose McGowan. "Aider et encourager est un crime moral. Vous êtes une râclure dans une robe chic."

Donna Karan s'est donc immédiatement retractée. "Mes déclarations ont été sorties de leur contexte et ne représentent pas mon sentiment au sujet de la situation concernant Harvey Weinstein", a-t-elle écrit dans une déclaration transmise par une porte-parole. Malgré ces déclarations, de nombreux internautes continuaient à exprimer mardi 10 octobre leur colère vis-à-vis de la couturière new-yorkaise de 69 ans, certains appelant au boycottage de ses produits, de la marque Urban Zen. "Plus de Donna Karan pour moi", a notamment tweeté l'actrice américaine Mia Farrow.