Gérard Depardieu s'estime "injurié" et rend son passeport français

Par @Culturebox
Mis à jour le 16/12/2012 à 17H14, publié le 16/12/2012 à 10H33
Gérard Depardieu.

Gérard Depardieu.

© John MacDougall / AFP

Après la polémique sur son exil fiscal en Belgique, durant laquelle il s'est senti "injurié", Gérard Depardieu annonce dimanche qu'il "rend (son) passeport" français. Le chef du gouvernement Jean-Marc Ayrault avait jugé "assez minable" son départ la semaine passée. Un qualificatif que l'acteur semble avoir du mal à digérer.

"Minable, vous avez dit minable ?"
"Je ne demande pas à être approuvé, je pourrais au moins être respecté ! Tous ceux qui ont quitté la France n'ont pas été injuriés comme je le suis", écrit Gérard Depardieu dans une lettre ouverte de trois pages au "Premier ministre de M. François Hollande" publiée dans le Journal du Dimanche, qui en publie quelques extraits sur son site.

Sa missive, qui résonne comme une charge contre le Premier ministre et sa  politique fiscale, commence ainsi : "Minable, vous avez dit +minable+ ? Comme c'est minable !", référence à une réplique culte de Louis Jouvet dans "Drôle de drame" ("Bizarre... Vous avez dit bizarre ?...").

"Qui êtes vous pour me juger ainsi, je vous le demande M. Ayrault, 1er Ministre de M. Hollande, je vous le demande, qui êtes vous ?", lance M. Depardieu, l'un des acteurs les mieux payés du cinéma hexagonal, qui a cumulé  les récompenses mais aussi les frasques.

Depardieu dit avoir payé 85% d'impôts sur ses revenus cette année
Rappelant avoir commencé à travailler "à 14 ans comme imprimeur, comme manutentionnaire puis comme artiste dramatique", il affirme avoir "toujours payé (ses) taxes et impôts". Et précise avoir "payé 145  millions d'euros d'impôts en 45 ans" et "85% d'impôts sur (ses) revenus" en 2012.

"Je pars parce que vous considérez que le succès, la création, le talent en fait la différence doit être sanctionnée", poursuit celui qui a acquis récemment une propriété dans le village belge de Néchin, frontalier de la France, comme avant lui d'autres riches Français

"Je vous rends mon passeport et ma Sécurité sociale dont je ne me suis jamais servi. Nous n'avons plus la même patrie, je suis un vrai européen, un citoyen du monde, comme mon père me l'a toujours inculqué", assène encore Gérard Depardieu, avant d'assurer qu'il continuera néanmoins "à aimer les français et ce public avec lequel j'ai  partagé tant d'émotions !"

Dimanche, le maire de Néchin, la commune belge où l'acteur a récemment acheté une maison, a confirmé que Gérard Depardieu lui avait demandé "comment faire pour obtenir un passeport belge et comment bénéficier de la mutuelle (sécurité sociale)" et qu'il lui avait expliqué les démarches à accomplir.

Rappel de la polémique
Le départ annoncé de l'acteur, qui aura 64 ans le 27 décembre, concomitant avec la confirmation de la mise en vente de son hôtel particulier parisien, avait suscité en début de semaine une avalanche de réactions dans le monde politique. Très critique, la gauche avait dénoncé une attitude antipatriotique, tandis  que la droite y voyait le résultat de la politique du gouvernement.

"Je trouve cela assez minable (...). Tout cela pour ne pas payer d'impôt, pour ne pas en payer assez", avait déclaré mercredi Jean-Marc Ayrault.

Le président François Hollande en avait appelé vendredi à Bruxelles à un  "comportement éthique", prônant une renégociation des conventions fiscales avec la Belgique.
Réprobation générale dimanche au gouvernement
Dimanche, le ministre du Travail Michel Sapin a été le premier à réagir, estimant que l'attitude de Gérard Depardieu était "une forme de déchéance personnelle que je trouve dommageable." "C'est une attitude pas à la hauteur de l'acteur", a-t-il déclaré lors du Grand rendez-vous Europe 1/iTélé/Le Parisien. "Que ceux qui gagnent énormément d'argent paient beaucoup d'impôts quoi de  plus normal?", s'est encore interrogé le ministre qui a conseillé à l'acteur, connu pour ses "extravagances" et ses "exagérations",  de "garder son passeport".

La ministre de la Culture Aurélie Filippetti s'est affirmée "tout à fait  scandalisée" sur BFM-TV. "La citoyenneté française c'est un honneur, ce sont des droits et des devoirs aussi, parmi lesquels le fait de pouvoir payer l'impôt", a-t-elle insisté.

Le ministre des relations avec le parlement, Alain Vidalies, a lui jugé  "très choquants" les propos de l'acteur. "Ce qui est à craindre avec cette  déclaration-là, c'est que ce qu'il aimait dans la France, c'était le bouclier  fiscal", a-t-il ajouté sur Radio J.

Quand au ministre de l'Education nationale Vincent Peillon, il a estimé sur Canal+ que l'exil fiscal de Depardieu en Belgique était une "attitude anti-citoyenne" et un "mauvais exemple" pour les jeunes. "Il y a un délitement de l'esprit public", a-t-il déploré. "Il faut que les élites donnent l'exemple (...) nous traversons une phase très difficile. (...) Nous avons besoin de solidarité."