États-Unis : le monde du cinéma et des arts sidéré par la victoire de Trump

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 11/11/2016 à 13H37, publié le 09/11/2016 à 11H42
Le désarroi règne à Hollywood

Le désarroi règne à Hollywood

© Varley Charlie / Sipa

À l'exception notable d'un Clint Eastwood qui avait affiché son soutien pour Donald Trump, les artistes américains réagissent avec effroi à la victoire surprise dans la présidentielle US du milliardaire investi par le Parti républicain. De Mia Farrow côté cinéma, à Douglas Kennedy côté lettres, petit panel de réactions. Et l'on se souvient que les Simpsons l'avaient prédit, comme Michael Moore...

Bien sûr, Clint Eastwood est content. Au mois d'août, il avait annoncé la couleur, affirmant qu'il "ne pourrait que choisir Trump". Aussi, son tweet clamant en capitales d'imprimerie "Président Trump ON VOUS AIME !" n'étonnera personne. Mais ce tweet est pour l'instant inaccessible car le compte de l'acteur a été suspendu pour des raisons inexpliquées.

Hollywood sous le choc

Hormis cette prestigieuse exception, Hollywood est sous le choc. Depuis plusieurs mois, de nombreux acteurs, de Robert de Niro à Tom Hanks, et musiciens, de Bruce Springsteen à Eminem, appellaient à barrer la route à Donald Trump. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils n'ont pas été entendus.

Désormais, l'actrice Mia Farrow semble se poser des questions sur un éventuel exil : "J'ai un passeport irlandais", lâche-t-elle sur Twitter sans plus de commentaires.

L'actrice Michelle Rodriguez ("Fast and Furious") se désole pour l'avenir de la cause des femmes, quelque peu assombri par l'échec d'Hillary Clinton, et alors que le souvenir des propos ultra sexistes proférés à tout va par Donald Trump ne présage rien de réjouissant : "Je me demande quand, dans l'Histoire américaine, les femmes ont-elles été célébrées non pas comme des épouses, mères et sœurs, mais comme des êtres humains capables de diriger et de guider."

Le réalisateur Judd Apatow s'épanche de son côté sur deux tweets. "Il y a une chose que je n'ai pas envie de voir maintenant, c'est des sketches humoristiques sur tout ça. C'est dire combien la situation est terrifiante et décevante." Il ajoute ensuite : "Trump n'en a rien à foutre de vous. C'est un patron de casino qui sucera jusqu'au dernier sou d'une vieille dame avec bonheur. Il n'est pas un sauveur."


La réalisatrice et scénariste américaine Shonda Rhimes, créatrice de "Grey's Anatomy", lance à ses followers : "Vraiment, les gens ? N'IMPORTE QUI peut être Président ? N'IMPORTE QUI ?"

L'actrice Kristen Bell (de la série "Veronica Mars") a demandé sur Twitter "Quelqu'un d'autre à envie de vomir ?" avant de retirer ce tweet tout en continuant à s'exprimer sur le résultat de la présidentielle américaine.

Le réalisateur et acteur Adam McKay s'inquiète pour l'avenir de l'humanité - à juste titre quand on se rappelle que Donald Trump ne se soucie guère de l'accord de Paris sur le climat. "Le plus grand perdant aujourd'hui, c'est la race humaine. Parce qu'avec l'Amérique de Trump, le changement climatique n'est plus considéré comme un problème majeur. C'EST ÉNORME"

Côté musique, le jazzman et producteur Quincy Jones exprime son amertume sur Twitter : "On a fait 'We are the world' en 1985... 'Un changement ne peut que survenir, quand nous nous unissons et ne faisons qu'un.' Notre travail pour parvenir à ce changement est loin d'être terminé."

En concert en région parisienne, le chanteur de jazz Gregory Porter a avoué avoir pleuré. S'il se dit toujours "troublé", il espère qu'il sortira du positif de cette "provocation"...

Le trio de jazz The Bad Plus, en concert mercredi soir à Paris, s'est dit "dévasté" dans un entretien avec Culturebox.

La chanteuse américaine Katy Perry dit avoir pleuré au point d'en "perdre ses faux cils".

Douglas Kennedy : "Un traumatisme impossible à imaginer"

Du côté des écrivains, l'Américain Douglas Kennedy n'a pas caché son amertume mercredi matin sur l'antenne d'Europe 1 : "Je suis absolument choqué. C'est un traumatisme impossible à imaginer (...) Comparé à Trump, George W. Bush, c'est comme Chateaubriand ou Talleyrand ! On va se réveiller demain dans un monde différent, c'est sûr."

Enfin, le street-artiste Banksy (dont l'identité et donc la nationalité demeurent un mystère) énumère sur Twitter l'ensemble des pouvoirs désormais dans les mains du camp républicain et de Donald Trump : "Sénat, Chambre des représentants, Majorité des Gouverneurs, les choix sur la Cour Suprême, Présidence. Ça n'est pas arrivé depuis 1928."

Les Simpsons l'avaient prédit...

Par ailleurs, sur les réseaux sociaux, nombreux sont les internautes qui se souviennent d'un épisode troublant de la série "Les Simpsons". Un épisode où l'on évoquait un Donald Trump ayant échoué dans ses fonctions de président des États-Unis... Un épisode qui date de mars 2000. Lisa Simpson y succédait au milliardaire à la fonction suprême en tant que "première présidente femme et hétérosexuelle". Mais elle y découvrait notamment un pays "fauché" car criblé de dettes ("We are broke !")... Cet épisode avait été écrit parce qu'à l'époque, Donald Trump avait évoqué l'idée, jugée alors complètement farfelue par l'équipe des Simpsons, de se déclarer candidat à la présidentielle 2000.

En mars dernier, Dan Greaney, l'un des auteurs des Simpsons, avait confié au "Hollywood Reporter" que cet épisode avait été écrit en guise d'"avertissement à l'Amérique". Mercredi matin, James L. Brooks, producteur exécutif de la série culte, a tweeté : "P... de désillusion !"

... et Michael Moore aussi

Dans une tribune publiée par le Huffington Post, le documentariste et réalisateur Michael Moore avait prédit la victoire de Donald Trump : "Ce clown à temps partiel et sociopathe va devenir notre prochain président." Moore avait alors énuméré les cinq raisons qui allaient mener à cette issue fatidique : le poids électoral du Midwest, la réaction des mâles blancs face à la menace de voir une femme au pouvoir, l'impopularité de Hillary Clinton, le découragement des partisans de Bernie Sanders qui ne revendiqueraient pas bruyamment leur vote pour Clinton (et ne feraient pas effet boule de neige autour d'eux), et l'effet Jesse Ventura (du nom d'un lutteur élu gouverneur en 1998) ou le vote comme arme de contestation et de "moquerie face à un système malade"...

Mercredi, Michael Moore a tweeté une citation de Bertram Gross (1912-1997), spécialiste américain des sciences sociales : "La prochaine vague de fascisme ne viendra pas avec des convois et des camps. Elle viendra avec un visage amical."

Hors des États-Unis

L'Anglais Thom Yorke, chanteur de Radiohead, a tweeté des paroles de la chanson "Burn the witch" ("Brûlez la sorcière") en y joignant le clip vidéo, après l'annonce de la victoire de Donald Trump.

L'Anglais Mick Jagger, chanteur des Rolling Stones, a ironisé sur Twitter sur le fait que le vainqueur de la présidentielle avait - de nouveau - utilisé une chanson de son groupe en public, cette fois à la fin de son premier discours de président élu, en l'occurrence "You can't always get what you want" : "Je viens de regarder les infos... Peut-être qu'on va me demander de chanter "You can't always get what you want" le jour de l'investiture, ah !"

Les Stones avaient exigé, ces derniers mois, que l'équipe de campagne de Donald Trump cesse d'utiliser leurs chansons pendant les meetings du milliardaire. Les titres "Start me up" et, déjà, "You can't always get...", avaient été utilisés sans l'accord du légendaire groupe britannique.