Dernier hommage à Manoel de Oliveira, inhumé à Porto

Par @Culturebox
Mis à jour le 03/04/2015 à 19H34, publié le 03/04/2015 à 19H26
A Porto, John Malkovich applaudit au passage du cercueil de Manoel de Oliveira, décédé le 2 avril 2015 à l'âge de 106 ans

A Porto, John Malkovich applaudit au passage du cercueil de Manoel de Oliveira, décédé le 2 avril 2015 à l'âge de 106 ans

© Miguel Riopa / AFP

Le Portugal a rendu vendredi un ultime hommage au doyen mondial des cinéastes, Manoel de Oliveira, décédé jeudi à l'âge de 106 ans après une longue carrière qui l'a mené du film muet à l'ère numérique.

Le réalisateur mythique a été inhumé dans le caveau familial au cimetière d'Agramonte à Porto, sa ville natale au nord du Portugal, en présence de plusieurs personnalités de la culture, dont un de ses acteurs fétiche, John Malkovich.
              
"Le cinéma n'est pas mort avec Manoel de Oliveira, mais Manoel de Oliveira était unique et le cinéma ne sera plus le même sans lui", a déclaré l'artiste américain, 61 ans, qui a figuré dans trois de ses films, dont "Je rentre à la maison" (2001).
              
Le président Anibal Cavaco Silva et le Premier ministre Pedro Passos Coelho ont assisté à la brève cérémonie funèbre qui s'est déroulée auparavant à l'église du Christ-Roi en présence de la famille du réalisateur, dont sa veuve Maria Isabel, 96 ans, épousée en 1940.
              
"Les Portugais ont le cœur serré"
 
"Tous les Portugais ont aujourd'hui le coeur serré à l'idée de le voir partir. Il faisait pratiquement partie de notre famille", a assuré Pedro Passos Coelho.  
              
Le corbillard gris, recouvert de couronnes de fleurs blanches et jaunes, a été accueilli au cimetière par les applaudissements de plusieurs centaines d'admirateurs du réalisateur.
              
"Manoel de Oliveira est des nôtres. Ne va pas à Lisbonne, nous allons construire un Panthéon ici !" pouvait-on lire sur une banderole agitée par des habitants de Porto.
              
Dernier clin d'oeil posthume, le cinéaste à légué un long métrage autobiographique inédit tourné en 1982, "La Visite ou Mémoires et confessions", qui sera dévoilé au grand public dans le courant du mois d'avril.
 
Emotion dans les milieux du cinéma
 
Le gouvernement a décrété deux jours de deuil national en hommage à celui qui a contribué à faire rayonner la culture du Portugal à l'étranger.
              
Le décès du réalisateur prolifique a suscité une vague d'émotion dans les milieux du cinéma. "Manoel de Oliveira était très spécial, à la fois séducteur et autoritaire, souvent charmant. Surtout, il avait quelque chose d'un artisan, travaillant sans cesse ses films", a déclaré au journal français Libération l'actrice Catherine Deneuve, en se remémorant le tournage du film "Le Couvent" (1995).
              
"Nous allons regretter un grand homme et un grand cinéaste qui a fait beaucoup pour le Portugal", a commenté un de ses petits-fils, l'acteur Ricardo Trepa, un habitué de ses films.
              
"Il a tourné quasiment tous les films qu'il voulait et il a réussi à travailler jusqu'à ses 106 ans. Il y a quinze jours, il était encore à pied d'oeuvre pour réaliser une dernière oeuvre", a-t-il confié à la presse.
              
Faute d'avoir pu mener ce projet à terme, son film testament restera "Le Vieux du Restelo" tourné au printemps 2014, qui s'inspirait du poème épique "Les Lusiades" de Luis de Camoes mettant en scène les grandes découvertes des navigateurs portugais. 
              
Le grand maître du cinéma portugais à la longévité record a réalisé près d'une cinquantaine de films et documentaires. Il a tourné son premier film en 1931, mais a produit l'essentiel de son  oeuvre après ses 60 ans. Créateur effréné, il tournait quasiment un film par an à partir de 1985, année de la sortie du "Soulier de Satin", fresque de près de sept heures, adaptation de la pièce de théâtre de Paul Claudel.
              
Parmi les films les plus connus figurent "La Divine comédie" (1991), "La Cassette" (1994), "Party" (1997), "Je rentre à la maison" (2001), "Belle  toujours" (2006), "Christophe Colomb, l'énigme" (2007) ou encore "Gebo et l'ombre" (2012).
              
Son oeuvre parfois ésotérique, marquée par de longs plans fixes semblables à des peintures, était perçue comme hermétique par le grand public, mais lui a valu de nombreuses récompenses, dont une Palme d'Or à Cannes en 2008, en hommage à sa carrière.
              
"Filmer, c'est mon travail et ma passion. Ma vie a passé trop vite et je n'ai pas de temps à perdre", disait-il, débordant d'énergie, il y a quelques années.