"Visite ou Mémoires et Confessions" : quand Manoel de Oliveira se livrait enfin

Par @Culturebox
Publié le 01/04/2016 à 11H33
Manoel De Oliveira face à la caméra en 1982 dans "Visite ou Mémoires et Confessions", en salles à partir du 6 avril 2016.

Manoel De Oliveira face à la caméra en 1982 dans "Visite ou Mémoires et Confessions", en salles à partir du 6 avril 2016.

© Epicentre Films

Dans "Visite ou Mémoires et Confessions", en salles mercredi 6 avril, le cinéaste portugais Manoel de Oliveira, mort il y a un an à l'âge de 106 ans, s'est livré à un exercice autobiographique à la diffusion volontairement posthume. Le film a été tenu secret pendant 33 ans !

Tenu quasiment secret, le film avait été remisé aussitôt après son tournage en 1982 avec pour instruction formelle du cinéaste de ne le montrer qu'après sa mort.

Un film tenu secret

Présenté en avant-première mondiale en mai dernier à Porto, puis au dernier Festival de Cannes dans la section "Cannes Classics", le film sort en salles en France un an après la disparition du cinéaste, le 2 avril 2015. Seuls quelques privilégiés l'avaient vu avant sa mort, lors de deux  projections privées à la Cinémathèque de Lisbonne, à laquelle Manoel de Oliveira avait confié ce long-métrage de 68 minutes, tourné dans la discrétion  par une petite équipe.

Malgré le mystère qui l'entourait depuis lors, le film ne contient aucune révélation fracassante sur le metteur en scène né à Porto en 1908, qui fut longtemps le doyen des cinéastes en activité. "C'est un film de Manoel de Oliveira sur Manoel de Oliveira, à propos d'une maison", explique d'emblée le réalisateur de sa propre voix. Cette maison, c'est la superbe villa d'architecte qu'il s'était fait construire à Porto en 1942 et où il a vécu avec sa famille pendant une quarantaine d'années, avant d'être obligé de la vendre "pour rembourser des dettes".

De Oliveira face à la caméra 

La caméra déambule à travers la maison vide, hantée par les meubles et les objets de ceux qui l'habitaient. On entend en off un dialogue entre un homme et une femme, écrit par l'écrivain portugaise Agustina Bessa-Luis à la demande d'Oliveira. "Une maison est un objet qui me permet de m'entendre avec quelqu'un d'autre, rien de plus", dit l'homme. 

Puis le cinéaste apparaît lui-même face à la caméra pour raconter l'histoire de cette maison et, à travers elle, sa propre histoire et celle de  sa famille. Il commente alors les photos de ses parents et de ses enfants, ceux qu'il  appelle son "clan". Sur le même ton posé, avec parfois un brin de son éternelle ironie, il en vient à expliquer son goût pour l'agriculture et "les choses liées à l'architecture", ou à résumer sa pensée sur des sujets qui ont marqué son oeuvre comme la mort, la foi et, bien sûr, le cinéma.

Il raconte aussi le jour où il a été arrêté par la police politique sous la dictature qui a gouverné le Portugal de 1928 à 1974, "pour avoir dit des choses moins agréables au régime", ou comment l'usine que lui avait laissé son père avait été ruinée à la suite d'une occupation ouvrière dans la foulée de la Révolution des Oeillets.

Un "portrait authentique de l'homme et de sa pensée"   

Si le caractère testamentaire du film est indéniable, "il n'a pas été fait face à l'imminence de la mort ou d'une fin de carrière" d'un homme alors âgé alors de 73 ans, avait expliqué à l'AFP le directeur de la Cinémathèque portugaise, José Manuel Costa, au moment de la présentation du film à Porto en mai. Fidèle à la simplicité déconcertante qui caractérisait le metteur en scène, l'originalité de ce projet découle, d'après José Manuel Costa, d'un compromis entre deux sentiments contradictoire s: "la nécessité de faire perdurer la mémoire de cette maison dans un film et la pudeur de le montrer à l'époque".

"Les films autobiographiques, devenus aujourd'hui une chose banale, n'étaient pas un acte naturel pour quelqu'un de la génération de Manoel de Oliveira", a-t-il ajouté à propos d'un projet "unique" dans l'oeuvre du cinéaste, qui offre "un portrait authentique, sincère et direct de l'homme et de sa pensée".

L'oeuvre de Manoel de Oliveira, entamée au temps du muet, est composée d'une cinquantaine de films parmi lesquels "Aniki-Bobo" (1942), "Le Soulier de Satin" (1985) ou "Je rentre à la maison" (2001).