Quand "Star Wars" s'appelait "La Guerre des Etoiles", la saga vue de France

Par @Culturebox
Mis à jour le 17/12/2015 à 11H57, publié le 09/12/2015 à 09H14
L'une des oeuvres inspirées au dessinateur français Benjamin Carré par "Star Wars" (No Country For Old Men) et publiée dans "La saga vue de France"

L'une des oeuvres inspirées au dessinateur français Benjamin Carré par "Star Wars" (No Country For Old Men) et publiée dans "La saga vue de France"

© Benjamin Carré

A quelques jours de la sortie du 7e opus de la série, les éditions Huginn & Muninn publient "La Guerre des Etoiles, la saga Starwars vue de France". Ce luxueux album retrace près de 40 ans de passion française pour la série intergalactique de George Lucas. Nostalgie et étonnement ponctuent la lecture de cet ouvrage dont l'abondante iconographie s'accompagne de textes d'une incroyable érudition.

Petit calcul rapide: à quelques jours de la sortie de "Star Wars VII, Le Réveil de la Force", quarante années se sont écoulées depuis qu'un entrefilet dans un journal professionnel annonçait la sortie prochaine d'un film de science-fiction signé George Lucas et intitulé "Guerres galactiques". Il deviendra "La Guerre des Etoiles Episode IV, Un Nouvel Espoir"... Quatre décennies au fil desquelles le langage et les codes entreront dans l'imaginaire et le vocabulaire collectif.

C'est cette histoire qu'a décidé de nous conter le collectif d'auteurs de cet album. "La guerre des Etoiles, la saga Star Wars vue de France" fera le bonheur de ceux qui, par nostalgie ou passion, acccordent une place importante à la saga de George Lucas, aiment en citer tous les détails et décoder les messages. On croit tout connaître, on est sûr de maîtriser l'incroyable galerie de personnages, d'avoir tout vu et revu, et pourtant !

Le livre qui s'ouvre sur une chronologie des principaux événements de l'ère Star Wars décline de manière thématique le moindre évènement lié à la saga, montre le plus petit objet dérivé offert dans une boîte de céréales et livre à l'étonnement général les reproductions des pochettes de 45 tours chantés par Dorothée ou René Joly (Dorothée dont on apprend qu'elle a joué un rôle dans la série dérivée de Star Wars et consacrée aux "Ewoks"). Page après page, la modestie, l'une des vertus de la Force, s'empare du lecteur qui s'aperçoit qu'il a encore beaucoup à apprendre.
La couverture de "La guerre des Etoiles, La saga Starwars vue de France"

La couverture de "La guerre des Etoiles, La saga Starwars vue de France"

© Huginn & Muninn

Une profusion de détails et d'informations
Pour le passionné des aventures de Luke Skywalker, Han Solo et la Princesse Leia, puis de tous les autres personnages des deux trilogies, recevoir ce livre rappelle le moment de perplexité face à la boîte de chocolats offerte par le tonton. On a envie de tout goûter tout de suite, de mordre dans tous pour connaître le goût de chacun. Au fil des pages, avant même la lecture, on s'émerveille de la richesse de ce monde inventé dans les années 70. Et on s'en amuse aussi, car les premières images, les premiers objets dérivés ont beaucoup vieilli. On s'étonne qu'ils aient pu illustrer le summum d'une modernité inventée, d'une technologie du futur. Chacun se revoit à l'âge qu'il avait quand il a découvert la saga.

Collections personnelles
Les jouets, les masques, les bandes dessinées, les figurines, les vaisseaux spatiaux en Meccano puis en Lego, les novellisations, les peluches, les tee-shirts, les jeux de société, les images à collectionner, tout est répertorié. Même les jaquettes des différentes éditions video, en VHS, laser disc, DVD ou Blueray... Tout, tout ce qui vous est un jour passé entre les mains si vous êtiez en âge de les obtenir, tout est là, sur l'une des presque 220 pages du livre. Un travail de titan. On sent bien que nombre des objets présentés proviennent des collections des auteurs du livre. Tous ont été vendus ou offerts en France. Ils sont tous issus du côté français de la Force.

Dark Vador ou Darth Vader ?
La lecture des textes qui illustrent cette impressionnante iconographie est encore plus passionnante. Elle permet de suivre l'évolution de la saga vue de chez nous. Vue de France où "Darth Vader"  devient on se demande encore pourquoi "Dark Vador", ou "Han Solo" devient "Yan Solo" parce que les traducteurs ont trouvé que "Han" faisait trop féminin ! Bien d'autres noms ont été "traduits" ou adaptés pour le public français. C'est ainsi aussi que "Star Wars" est devenu "La Guerre des Etoiles" alors qu'une traduction littérale aurait donné "Les Guerres de l'Etoile", qui s'accordait bien avec le scénario d' "Un Nouvel Espoir".

Couverture pastiche publiée par Fluide Glacial en 1980

Couverture pastiche publiée par Fluide Glacial en 1980

© DR


Le fandom
L'un des chapitres retrace à coup de photos l'histoire des conventions "Guerre des Etoiles" qui ont très vite mobilisé les fans en France comme dans les autres pays. Elles existent toujours, chacun se travestissant en l'un ou l'autre des personnages grâce aux produits dérivés ou sa propre habileté à fabriquer les costumes et les masques.

Festival de Deauville
Le livre reproduit également des articles parus dans la presse de l'époque, y compris les commentaires accompagnant la sortie du premier film, l'épisode IV. Le film a été projeté en exclusivité au festival du film américain de Deauville. FR3, l'ancêtre de France 3, avait alors bien perçu l'importance de l'oeuvre et en avait diffusé plusieurs extraits dans son journal télévisé du jour-même. 

Des affiches qui évoluent avec le temps
L'affiche originale, qui sert de couverture au livre, est quelque peu trompeuse. Alors que personne n'avait prévu que le troisième comparse, Harrison Ford, remporterait la timbale de la célébrité, les deux personnages principaux Luke Skywalker et la princesse Leia (Mark Hamill et Carrie Fisher) y apparaissent seuls et bien plus beaux que nature. Ils arborent des corps de rêve et, chacun dans son style, des pectoraux à faire rêver tous les sexes. Comme pour tous les autres films de la saga, cette affiche connaîtra de nombreux avatars et évoluera au fur et à mesure de la ressortie des films, dans les cinémas et sur le marché de la vidéo. C'est ainsi que parallèlement à son ascension dans le gotha des acteurs américains, Harrison Ford-Han Solo, y sera de plus en plus présent.

Version personnelle de l'affiche de l'épisode VI, Le Retour du Jedi par l'artiste Drew Struzan. Poster commercialisé en France

Version personnelle de l'affiche de l'épisode VI, Le Retour du Jedi par l'artiste Drew Struzan. Poster commercialisé en France

© Editions du Week-end

Inspiration
La saga de la Guerre des Etoiles a inspiré de nombreux dessinateurs et illustrateurs. Chacun dans son style a réalisé des BD, des images ou des affiches souvent de grande qualité artistique. Plusieurs pages leur sont consacrées et de très belles illustrations quasiment iconiques accompagnent la mythologie crée par George Lucas. C'est le cas de celle signée Benjamin Carré et qui figure à l'en-tête de cet article.

Les dialogues
Le livre ne donne évidemment pas l'intégralité des dialogues. Il livre pourtant une foule de détails sur la version française et explicite des échanges qui peuvent paraître obscurs. L'article consacré au doublage est passionnant pour qui n'en connaît pas les techniques. Le responsable de la première version française a été remplacé pour les films suivants. Lucas Films voulait que la bande son fournie au public francophone colle davantage à la version originale. En plus de se rendre compte que plusieurs personnages sont doublés par un même acteur, on apprend qu'il traîne quelque part dans les studios de doublage, une "boîte à Vador" dont les fans raffoleraient pour imiter la voix d'Annakin Skywalker après son passage du côté obscur de la Force.

Dérivés
Il existe depuis l'apparition de la saga de nombreux livres consacrés à la saga Star Wars. En plus de son intérêt artistique et sentimental, celui-ci permet d'envisager pour la première fois une tactique commerciale américaine complète dans son application au marché hexagonal ainsi que le sens des affaires des entrepreneurs français qui ont su ne pas laisser passer cette fantastique machine à rêver et à faire de l'argent. C'est aussi l'illustration de la première exploitation systématique des objets dérivés. A côté de l'avalanche Star Wars, les gadgets et voitures miniatures inspirées de Batman ou de James Bond paraissent bien anecdotiques. Cette première tentative réussie de gagner autant d'argent, voire davantage avec les produits dérivés qu'avec le film lui-même a changé pour toujours l'industrie mondiale du cinéma. Ce qu'on a appelé "Le nouvel Hollywood" et qui donnait l'avantage aux créateurs sur les marchands venait de poser un genou au sol. Il n'en est jamais relevé.
 

La quatrième de couverture de "Star Wars, la saga vue de France"

La quatrième de couverture de "Star Wars, la saga vue de France"

© Hugin & Munnin

"La Guerre des Etoiles, La saga Star Wars vue de France"
Editions Huginn & Munnin
216 pages
29,95 €