"Seul sur Mars" : ce qu'en pensent les scientifiques

Par @Culturebox
Publié le 10/10/2015 à 16H08
"Seul sur Mars" Ridley Scott, sortie le 21 octobre 2015 en France

"Seul sur Mars" Ridley Scott, sortie le 21 octobre 2015 en France

© 2015 Twentieth Century Fox

L'Homme sur Mars ? Scientifiques et astronautes invités à l'avant-première du film "Seul sur Mars" de Ridley Scott à la Cité de l'Espace de Toulouse ont jugé prématurée une mission humaine sur la planète rouge, faute de finances et de progrès scientifiques suffisants.

Cinquante-quatre ans après le premier Homme dans l'espace, le Russe Youri Gagarine, et 46 ans après les premiers pas sur la Lune de Neil Amstrong, le pas de géant de l'humanité sur Mars reste limité à des robots. Actuellement, cinq orbiteurs tournent autour de la planète rouge et deux se trouvent dessus, dont l'américain Curiosity.

"Les difficultés restent innombrables pour entreprendre une telle mission"

"Ce film est vraiment bien. Mais, dans la réalité, envoyer un homme, c'est une autre affaire", juge l'ingénieur-support des astronautes européens Romain Charles, confiné pendant 520 jours en 2011 pour l'expérience ESA Mars 500, un voyage simulé sur mars.
Le film, présenté jeudi soir à la Cité de l'Espace de Toulouse, sort le 21 octobre en salles en France. Aux États-Unis depuis le 3 octobre, il fait un tabac tant le scénario, mettant en scène Matt Damon, fait croire à une histoire vraie.

Mais, à ce jour, commentent les scientifiques invités à l'avant-première, les difficultés restent innombrables pour entreprendre une telle mission. "Il reste trop d'inconnues à résoudre (environnement pendant le trajet et, à l'arrivée, psychologie pour la durée de 2 à 3 ans de la mission...). Et nous ne possédons pas toutes les technologies", analyse Sylvestre Maurice, planétologue à l'Université toulousaine Paul-Sabatier et coresponsable de ChemCam (Chemical Camera), la caméra de Curiosity à l'origine d'images qui émerveillent les chercheurs.

"Il faudra des hommes plus autonomes, plus bricoleurs"

Autre problème : les astronautes d'aujourd'hui n'ont pas les compétences pour un tel voyage. Actuellement, tout le travail est réalisé en lien direct avec la Terre, qui "fait partie de l'équipage" car "tout est discuté" avec les équipes terrestres, souligne l'astronaute Léopold Eyharts (Mir 1998 et ISS-Colombus 2008). Lors d'une mission sur Mars, ces entretiens directs seront impossibles. Les communications seront trop longues avec un temps d'écart de 24 minutes!

"Ce ne sont pas les mêmes compétences qu'on ira chercher chez les astronautes. Il faudra des hommes plus autonomes, plus bricoleurs. Nous, ce que nous faisons, c'est très bien. Mais peut-être faudra-t-il autre chose", admet Thomas Pesquet, en direct du centre spatial de la Nasa à Houston (Texas), où il prépare une mission axée sur Mars pour novembre 2016.

L'autre muraille est financière, un chiffre faramineux. "Autour de mille milliards d'euros", indique M. Maurice. Une mise en orbite serait un peu moins chère, mais toujours hors de prix: 200 milliards, près de 100 fois le coût de Curiosity. Mais les scientifiques y croient. "On espère être les porteurs d'un projet de toute la planète", clame M. Pesquet. "C'est populaire et l'humain veut explorer. Il faut voir aussi le retour que cela peut apporter à la science en général", renchérit M. Maurice, rappelant "le bénéfice scientifique des missions Apollo".

Sans retour

"Il faut, comme le dit Mark Watney (Matt Damon) dans le film, 'résoudre les problèmes les uns après les autres'", souligne M. Maurice. "Cinq départs, dont trois en 2016", sont prévus pour Mars avec chacun "pour objectif de préparer la venue de l'Homme".

La plus importante sera peut-être celle de juillet 2020, où l'on fabriquera de l'oxygène sur place, un élément essentiel pour, plus tard, pouvoir vivre sur Mars. Pour le planétologue, comme pour les astronomes, tout voyage vers la planète rouge se fera avec "l'amélioration des connaissance et par étapes". "Peut-être avec un retour sur la Lune avec une présence permanente ou régulière", note-t-il.

En revanche, aucun d'entre eux ne croit à une mission sur Mars, sans retour sur Terre. "Si on pensait cela, nous n'aurions pas été sélectionnés", assure M. Eyharts. En plus, "ça coûterait trop cher" et "personne ne voudrait investir". Mais un homme songe à cette hypothèse, Buzz Aldrin, le deuxième homme sur la Lune, raconte M. Charles. "Quand il m'en a parlé, je lui ai dit: +C'est impossible.+ Il m'a répondu qu'il croyait +impossible de rester enfermé 500 jours et que je l'avais fait+" pourtant."