"Que Dios nos perdone" : l'Espagne, nouveau royaume du Thriller

Par @Culturebox
Publié le 06/08/2017 à 10H23
Antonio de la Torre et Roberto Álamo dans "Que Dios nos perdone" 

Antonio de la Torre et Roberto Álamo dans "Que Dios nos perdone" 

© Tornasol Films

Dans un Madrid en surchauffe, déchiré par les flux contradictoires de la mobilisation des indignés et la visite du Pape, un tueur en série s'attaque à des vieilles dames. Lâchés par leur hiérarchie, deux flics mal assortis et cabossés tentent de le neutraliser. Ce remarquable thriller de Rodrigo Sorogoyen confirme les ressources de la nouvelle vague espagnole.

La note Culturebox

4
4/5
Un serial killer. Deux flics. Trois hommes en colère. Sous des oripeaux différents, les trois personnages de "Que Dios nos perdone" sont des concentrés de frustration, des éclopés, des bombes à retardement.
Alfaro, le premier inspecteur, est plutôt soupe au lait. Physique de lutteur, grande gueule incapable de résister à une provocation. Une inaptitude au self-contrôle qui plombe sa carrière et son couple. Son partenaire, Velarde, est un taiseux. Bègue. Chaque phrase est un col à franchir, alors il en dit le moins possible. Mais ses intuitions font de lui un super-flic.

Velarde et Alfaro sont les seuls à prendre au sérieux les meurtres de vieilles dames qui se multiplient à Madrid en cet été 2011. La capitale espagnole a la tête ailleurs. Politique et religion ne sont pas disposées à se laisser voler la vedette par un fait divers. Alors ils rament, s'échouent, tandis que le psychopathe multiplie les crimes…
"Que Dios nos perdone" © Warner Bros Pictures España
Inscrit dans la nouvelle vague, talentueuse et prolifique, du cinéma espagnol, Rodrigo Sorogoyen situe son film dans la lignée de "La Isla Minima". Un cinéma ultra-réaliste, intime, quasi-documentaire, capable de ruptures et de soubresauts violents. Durant plus d'une heure, le film prend tout son temps, suivant le quotidien plutôt banal de l'improbable duo d'inspecteurs dans une capitale espagnole filmée sans artifice. Et puis tout bascule, dans une accélération brutale : le tueur a désormais un visage. Il s'acharne sur ses victimes. Sauvagement. La caméra colle de près à l'action, la violence est de tous les plans.

Le réalisateur espagnol revendique sa volonté de "pervertir le cinéma de genre". Un objectif atteint. Son thriller réussit à fois à en respecter les règles, tout en prenant de de la distance et des libertés. Les acteurs Antonio de la Torre et Roberto Álamo sont remarquables, contribuant à faire de ce film original et marquant une belle réussite.

LA FICHE

Thriller de Rodrigo Sorogoyen (Espagne), Avec : Antonio de la Torre, Roberto Álamo, Javier Pereira et Raúl Prieto - Durée : 2h06 – Sortie : 9 août 2017
Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

Synopsis : Madrid, été 2011. La ville, plongée en pleine crise économique, est confrontée à l’émergence du mouvement des « indignés » et à la visite imminente du Pape Benoît XVI. C’est dans ce contexte hyper-tendu que l'improbable binôme que forment Alfaro et Velarde se retrouve en charge de l'enquête sur un serial-killer d’un genre bien particulier. Les deux inspecteurs, sous pression, sont de surcroît contraints d’agir dans la plus grande discrétion… Une course contre la montre s’engage alors, qui progressivement les révèle à eux-mêmes ; sont-ils si différents du criminel qu'ils poursuivent ?