Orelsan et Gringe apôtres de la procrastination dans "Comment c'est loin"

Par @Culturebox
Mis à jour le 08/12/2015 à 14H55, publié le 08/12/2015 à 14H01
Gringe et Orelsan dans "Comment c'est loin"

Gringe et Orelsan dans "Comment c'est loin"

© DR

Pour son premier long métrage, Orelsan nous livre une comédie douce-amère en forme d'adaptation de son précédent album et de sa mini-série "Bloqués" diffusée depuis peu sur Canal +. Attachant, percutant mais un peu inégal.

La note Culturebox

3
3/5
"L'ennui fait le fond de la vie. C'est l'ennui qui a inventé les jeux, les distractions, les romans et l'amour", écrivait Miguel de Unamuno. C'est certainement l'ennui qui a inventé Orelsan, son rap et ce film. Un film sur son son ennui, ses errances, ses galères. Et ceux de son pote Gringe. Mais surtout sur leurs espoirs qui ont bien failli se diluer sous les saucées caennaises.
 
Ces deux losers presque trentenaires, apôtres de la procrastination, font donc du rap. Enfin du rap, c'est beaucoup dire. Ils ont fait un freestyle il y a cinq ans. Depuis, rien. Et leurs "producteurs" qui leur passent un studio dans lequel ils logent en ont un peu marre. On le serait à moins. Ils vont donc leur lancer un ultimatum. Les deux compères auront 24 heures pour sortir un morceau. 24 heures pour se débloquer. Mais quand on a la flemme depuis presque 30 ans, compliqué de se motiver. Et leurs vieux démons, la peur de l'échec, les soirées, les soucis de couple, la quête de nouilles chinoises ou les abribus n'hésiteront pas à se mettre en travers de leur chemin.
Orelsan et Gringe dans "Comment c'est loin"

Orelsan et Gringe dans "Comment c'est loin"

© DR

Buddy musical movie

Ce long métrage, c'est surtout une dérivation de leur pastille diffusée depuis peu sur Canal +. L'étirement sur 1h30 de cette mini-série "Bloqués", où nos deux acolytes noient leur ennui, affalés sur un canapé informe, en se balançant des punchlines tantôt infâmes, tantôt absurdes ou les deux à la fois. On avait vu la dernière adaptation sur grand écran d'une mini-série de la chaîne, "Connasse, princesse des cœurs" avec Camille Cottin. Et pour tout vous dire, on n'était pas vraiment rassuré.
 
Sauf que "Comment c'est loin" n'est pas qu'une adaptation de cette série. Mais aussi celle des "Casseurs flowteurs", leur album concept. Ce qui fait de ce film quelque chose d'assez inclassable. Dans cette sorte de buddy musical movie, c'est le rap qui va donner une véritable rythmique au film. Sans être abrutissant ou répétitif, il donne du liant à la narration, l'accompagne sans jamais l'étouffer.


À l'image de cette scène où un Orelsan complètement bourré se fait raccompagner en voiture par son père sur fond de "Quand ton père t'engueule", l'un des morceaux de l'album. On retrouve aussi l'attente de "Deux connards dans un abribus" ou le débat sur la prostitution avec "Les putes et moi".

L'ennui filmé avec pêche

Ce long métrage redonne tout simplement vie à "Casseurs flowters". Et en ce sens, va beaucoup plus loin que le film du slameur Abd al Malik, "Qu'Allah bénisse la France", qui n'était que le prolongement artistique et assez mièvre de son autobiographie sortie il y a quelques années. Surtout et c'était l'un des plus gros risque pour Orelsan, il ne tombe à aucun instant dans l'egotrip. Pas de d'accumulation d'autoréférence narcissique. Et il semble en effet là bien plus proche des comédies de Judd Appatow ou d'un "Clerks" de Kevin Smith que du "8 mile" avec Eminem.
Son album et son film affichent une complémentarité efficace. Le découpage est calqué sur son flow énergique. Montage habile et punchy mâtiné de dialogues trash, savoureux et mordants. Il parvient à filmer l'ennui avec une pêche folle. Sans être à l'abri de quelques naïvetés et clichés. Comme cette séquence où nos deux compères prennent un bain de nuit purificateur et salvateur comme on a déjà vu beaucoup trop au cinéma. Et quelques maladresses. Des raccords parfois hasardeux, une mise en scène un peu fade et un tantinet télévisuelle.

Fan service

Il n'empêche, Orelsan aidé à la réalisation par Christophe Offenstein parvient à nous livrer une comédie douce-amère férocement attachante. Bien aidé aussi par une distribution totalement amateur et pourtant épatante composée de ses potes, de son père ou de sa grand-mère.
 
La frontière entre la fiction et le réel est volontairement floue. Orelsan et Aurélien Cotentin se confondent avec sincérité et tendresse dans ce film où le drame et l'humour se côtoient sans cesse. Le rappeur dépeint crument son propre quotidien. Les décors de la fatalité sociale, friches urbaines, béton brut, photographie terne d'une ville grisâtre battue par la pluie, se succèdent avec toujours le bon mot pour dédramatiser. Pas sûr malgré tout que le grand public rentre véritablement dans son univers tant, il faut bien le reconnaître, cette adaptation a tout de la proposition "fan service".
Comédie d'Orelsan et Christophe Offenstein - Avec Orelsan, Gringe, Seydou Doucouré - Durée : 1h30. Sortie le 9 décembre.

Synopsis : Après une dizaine d'année de non-productivité, Orel et Gringe, la trentaine, galèrent à écrire leur premier album de rap. Leurs textes, truffés de blagues de mauvais goût et de références alambiquées, évoquent leur quotidien dans une ville moyenne de province. Le problème : impossible de terminer une chanson. À l'issue d'une séance houleuse avec leurs producteurs, ils sont au pied du mur : ils ont 24 heures pour sortir une chanson digne de ce nom.