Nabil Ayouch : "Much Loved, c'est un portrait de femmes qui rêvent"

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/09/2015 à 12H17, publié le 15/09/2015 à 12H04
Nabil Ayouch invité du Soir3 à propos de son film "Much Loved"

Nabil Ayouch invité du Soir3 à propos de son film "Much Loved"

© France 3 / Culturebox

Film polémique interdit au Maroc, "Much Loved" de Nabil Ayouch sort dans les salles françaises ce mercredi 16 septembre. Présenté en avant-première, le film a attiré de nombreux marocains de Paris qui saluent le courage du réalisateur et de ses comédiennes. Invité sur le plateau du Grand Soir 3, le cinéaste revient sur l'histoire et les histoires du film.

"Much Loved", le film de Nabil Ayouch qui raconte la vie de quatre prostituées au Maroc, censuré dans son pays, sort cette semaine sur les écrans français. Au Maroc, l'équipe du film de Nabil Ayouch a vécu sous protection, car elle avait été menacée de mort sur Internet.

Le reportage de Frédérique Maillard-Laudisa suit les déambulations du réalisateur et de ses comédiennes lors de l'avant-première à Paris. Rencontres, soutien et reconnaissance du public. Loubna Abidar qui tient le rôle principal revient sur les menaces de mort qu'elle a subies. Mourir ne lui fait pas peur, le principal pour elle est que le film existe aujourd'hui. 

Quand on fait un film on ne s'attend pas à recevoir des menaces

Nabil Ayouch et sa comédienne Loubna Abidar ont reçu des menaces de mort via les réseaux sociaux. Le réalisateur relativise un peu le propos : "J'ai été très surpris", avoue-t-il", ça reste du cinéma, je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait un tel déferlement sur les réseaux sociaux et encore aujourd'hui je ne le comprends pas". Présenté à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, le long-métrage qui a reçu le Valois d'or et celui de la meilleure actrice pour Loubna Abidar poursuit son chemin d'éclaireur d'esprits.


Quid de la place de la femme face à la censure ?

"Much Loved" a été interdit par Mustapha El Khalfi, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement marocain, avant même de l'avoir visionné. Le cinéaste marocain s'étonne de cette décision car son film est aussi un portrait du Maroc d'aujourd'hui. Nabil Ayouch rappelle les grandes avancées politiques et sociales des dernières années soulignant la liberté d'expression et le droit des femmes instaurés par la nouvelle Moudawana (droit de la famille) mis en place par Mohamed VI. "Elle donne plus de place aux femmes comme elles le méritent, donc je ne m'attendais pas en 2015 que le film soit interdit par une commission".
Les filles de "Much Loved"

Les filles de "Much Loved"

© Virginie Surd

La prostitution, une réalité que le Maroc ne veut pas voir

C'est que son sujet dévoile un face cachée et taboue du royaume du Maroc : Much Loved brosse le portrait de quatre prostituées à Marrakech, rejetées par leurs familles qui acceptent pourtant l'argent de leurs passes, et leurs nuits avec de riches Saoudiens, des touristes français ou des policiers corrompus. L'actrice Loubna Abidar porte avec courage l'histoire de Noha, prostituée mère de deux enfants. Les autres actrices choisies par Nabil Ayouch, nées dans des quartiers populaires, s'inspirent de la réalité. Le réalisateur les a parfois laissé improviser à partir de son scénario. C'est aussi cette réalité que le Maroc ne veut pas voir et que montre ce film féministe, écrit par un homme qui s'interroge sur la place des femmes dans le monde arabe.