"Les Innocentes" : Anne Fontaine et Lou de Laâge racontent l'indicible

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/02/2016 à 16H07, publié le 09/02/2016 à 19H13
lou de Laâge dans "Les innocentes" © Copyright MANDARIN CINEMA - AEROPLAN FILM - MARS FILMS / ANNA WLOCH

Pour son nouveau long métrage, Anne Fontaine a choisi de nous raconter l'histoire vraie de ces sœurs polonaises violées par des soldats russes pendant la seconde guerre mondiale. Poignant.

La note Culturebox

4
4/5
Une histoire tragique. Une histoire vraie. Celle de ses sœurs violées dans leur convent par des soldats soviétiques. Vingt ont été tuées. Cinq ont dû affronter des grossesses. C'est cette histoire qu'Anne Fontaine a choisi de nous raconter dans "Les Innocentes". Mais comment raconter l'indicible ?
 
Pologne, 1945. C'est la fin de la guerre. Mathilde Beaulieu (Lou de Laâge) travaille comme interne au sein de la Croix-Rouge, dans un hôpital de fortune. Elle est chargée, avec d'autres, de soigner les rescapés français avant leur rapatriement. Un jour, Maria, (Agata Buzek) une nonne polonaise qui vient de s'enfuir de son couvent voisin lui demande de l'aide. D'abord réticente, Mathilde accepte de l'y suivre. Là, elle découvre trente Bénédictines coupées du monde. Trente Bénédictines avec leur secret. L'une d'elles est sur le point d'accoucher. Plusieurs autres sont enceintes.

Une rencontre fascinante

Mais la mère supérieure refuse d'alerter les autorités pour que la réputation du couvent reste intacte. Elle refuse aussi que Mathilde leur porte secours. Une relation touchante et complexe va se nouer entre ces religieuses et la jeune médecin. Les unes, spirituelles et attachées aux règles de leur vocation. L'autre, athée et rationaliste. Peu à peu, ces mondes vont s'interpénétrer. Peu à peu, Mathilde parviendra à percer le mur derrière lequel ces sœurs se sont retranchées. Et le chemin qu'elles vont chacune accomplir sera celui qui les unira.
Lou de Laâge, dans "les Innocentes" © MANDARIN CINEMA - AEROPLAN FILM - MARS FILMS / ANNA WLOCH

Cette toute jeune fille, qui n'est encore qu'une assistante à la Croix-Rouge, accouchera ces femmes et acceptera de garder le secret face à sa hiérarchie qui ne comprend pas bien ce qu'elle peut bien faire de ses nuits. Elle le fera malgré les risques qu'elle encourt. Celui de traverser la forêt, de se confronter aux soldats soviétiques (confrontation qu'elle manque d'ailleurs de payer physiquement). Et c'est peut-être ce qui la conduira à se rapprocher encore un peu plus de ces nonnes.

Transgression

Avec ce film, Anne Fontaine semble encore un peu plus creuser son sillon. Celui de la transgression. Elle l'avait déjà fait avec "Nettoyage à sec" (1997) qui racontait la dérive d'un couple à travers une Miou-Miou qui s'éprenait d'un jeune garçon, rencontré dans un cabaret où il présentait avec sa sœur un numéro de travestis. La cinéaste avait réitéré en 2005 avec "Entre ses mains", l'idylle interdite entre une bourgeoise interprétée par Isabelle Carré et un prédateur sexuel que campait Benoît Poelvoorde. Et comment ne pas parler de "Gemma Bovery" ? Cette jolie britannique débarquant avec son mari dans un village de Normandie, qui n'allait pas tarder à tomber dans les bras d'un autre.
"Les innocentes", photo affiche © MANDARIN CINEMA - AEROPLAN FILM - MARS FILMS / ANNA WLOCH

Si dans ce film il n'est pas question de plaisirs des sens ou de sensualité au contraire de ses précédentes réalisations, subsiste chez Fontaine son attachement aux relations humaines. Aux femmes, à la féminité, au rapport au corps, aux doutes et aux personnalités singulières. Celle de chacune est révélée, avec délicatesse, à la faveur d'une mise en scène subtile, épurée et poignante. Sans trop en faire. Sans trop en dire. Sans jamais tomber dans le lyrisme.
 
Dès le prologue, où l'on suit à travers la forêt battue par la neige cette nonne et son visage poupon. Sans son. Sans paroles. Jusqu'à son arrivée à la Croix-Rouge française. Il y a aussi cette mère supérieure, (Agata Kulesza), sévère, implacable, s'enfonçant inéluctablement dans sa foi jusqu'à commettre le pire. Mais chez qui, malgré tout, subsiste une humanité. Ses émotions sont là révélées avec finesse grâce à un récit se déployant toujours avec sobriété. Lou de Laâge, qui quitte enfin les seconds rôles de midinette auxquels elle nous avait habitué, est tout bonnement sublime. Sublime de mesure. De retenue. Comme ce film. Saisissant.

LA FICHE

Drame d'Anne Fontaine - Avec Lou de Laâge, Vincent Macaigne, Agata Buzek et Agata Kulesza - Durée : 1h55. Sortie le 10 février 2016. 

Synopsis : Pologne, décembre 1945.Mathilde Beaulieu, une jeune interne de la Croix-Rouge chargée de soigner les rescapés français avant leur rapatriement, est appelée au secours par une religieuse polonaise.D’abord réticente, Mathilde accepte de la suivre dans son couvent où trente Bénédictines vivent coupées du monde. Elle découvre que plusieurs d’entre elles, tombées enceintes dans des circonstances dramatiques, sont sur le point d’accoucher.Peu à peu, se nouent entre Mathilde, athée et rationaliste, et les religieuses, attachées aux règles de leur vocation, des relations complexes que le danger va aiguiser... C’est pourtant ensemble qu’elles retrouveront le chemin de la vie.