"Les Cowboys" de Thomas Bidegain, une quête haletante et bouleversante

Par @Culturebox
Mis à jour le 22/11/2015 à 10H33, publié le 22/11/2015 à 10H30
Finnegan Oldfield et François Damiens dans "Les Cowboys"

Finnegan Oldfield et François Damiens dans "Les Cowboys"

© Antoine Doyen

Le premier film de Thomas Bidegain raconte la quête d'un père de famille cherchant sa fille partie dans les réseaux islamistes. Une recherche poursuivie par le frère de la jeune fille. L'action débute en 1994. A la différence de "Made in France", les producteurs ont choisi de maintenir la date de sortie prévue - le 25 novembre - malgré sa résonance avec l'actualité des attentats.

La note Culturebox

4
4/5
L'une des originalités du scénario de "Les Cowboys" se cache dans une date : 1994. C'est en effet celle du début de l'action, lorsque Kelly, la fille d'Alain (François Damiens) alors âgée de 16 ans, disparait lors d'une rencontre country dont toute la famille est passionnée. 1994, six ans avant les attentats du World Trade Center, à une époque où l'on ne parlait pas encore d'islamisation d'une partie de la jeunesse française. Face à une police qui conseille de temporiser Alain refuse de voir dans la disparition de Kelly une simple fugue de trois jours. Il part tout de suite à sa recherche, d'abord dans les environs, puis en Belgique après avoir enquêté et découvert les raisons de sa disparition et, au fil des renseignements collectés, jusqu'au Yemen. Son fils cadet, Georges dit Kid (Finnegan Oldfield), l'accompagne dés que son âge le lui permet.

Coscénariste de Jacques Audiard dans notamment "Un Prophète" et "De rouille et d'os", Bidegain déroule le drame de la famille d'Alain sur plus de dix ans. En transparence se joue le drame du monde, parallèle au sien, les attentats de New York, de Madrid et de Londres et toujours cette obsession de connaître le sort de Kelly dont quelques lettres et photos affirment qu'elle est bien vivante.
François Damiens
Le père de famille de "La famille Bélier" est bien loin. Dans le rôle d'Alain, l'inquiétude et la colère dévorent François Damiens. Elles éclatent de loin en loin, comme pour conjurer cette espèce de malédiction qui fait disparaître le but aussitôt qu'entrevu. Le comédien est magistral. Il fait ressentir au plus profond de soi que sa quête a tout dévoré : son métier, sa famille, ses passions. Face à la disparition, même volontaire, d'un enfant, il n'y a plus rien sur quoi la vie d'un père peut s'appuyer. Reste la quête. En ce sens, François Damiens évoque George C. Scott, le principal interprète de "Hardcore" (Paul Schrader 1979), un père dont la fille a disparu pour réapparaître, elle, dans le milieu de la pornographie. Comme lui, Alain qui danse avec tendresse avec sa fille au début du film devient un limier obsessionnel prêt à prendre tous les risques.
François Damiens est Alain dans "Les Cowboys"

François Damiens est Alain dans "Les Cowboys"

© Antoine Doyen
Finnegan Oldfield
Il est Georges, le fils d'Alain, mais tout le monde l'appelle Kid dans ce milieu country fasciné par une Amérique fantasmée. Dés qu'il a l'âge d'accompagner son père, il se joint à sa quête. Lui aussi, héritier de la colère et du chagrin paternels, ira loin, plus loin même que son père jusque dans les zones tribales du Pakistan. Le jeune comédien a commencé enfant dans une série télévisée et n'a plus cessé de tourner depuis. Il possède une incontestable personnalité. Il le fallait pour exister dans ce film face à un François Damiens à la lourde présence.  Le scénario lui offre la possibilité de jouer avec nuance le passage du temps et la montée en puissance de la responsabilité qui devient la sienne.

Premier film réussi
Même si Thomas Bidegain signe là son premier long métrage, il est loin d'être un petit nouveau dans le monde du cinéma et sa longue complicité avec Jacques Audiard porte ses fruits. Chapitré en fonction des personnages et de l'action, son film manque cependant parfois de repères temporels et il faut alors un peu de temps pour comprendre que l'histoire a progressé de quelques années. Le cinéaste s'est lancé dans la réalisation avec un film ambitieux. C'est une réussite.

Thomas Bidegain et à sa gauche François Damiens remercient le public pour son ovation debout

Thomas Bidegain et à sa gauche François Damiens remercient le public pour son ovation debout

© Jean-François Lixon
Sortie en salles maintenue
A la différence de "Made in France", que ses producteurs ont préféré déprogrammer en raison de sa résonance trop forte avec l'actualité des attentats parisiens, "Les Cowboys" sortiront en salles à la date prévue, mercredi 25 novembre. "Il n'y a pas eu de débat sur le fait que notre propos pourrait ne pas être adapté à la période", a précisé à l'AFP le producteur, Alain Attal. "Il ne faut pas bouger les choses en fonction de mecs qui sont dans des bagnoles avec des kalachnikovs. Je me demande plutôt si les gens vont avoir envie d'aller au cinéma tout court. La question s'est posée de savoir si tout notre travail n'allait pas être anéanti par l'absence de gens au cinéma". 
Dans des zones tribales du Pakistan

Dans des zones tribales du Pakistan

© Antoine Doyen

Les Cowboys de Thomas Bidegain - avec : Francois Damiens, Finnegan Oldfield, Agathe Dronne, Ellora Torchia et John C. Reilly - durée :1h54 - sortie : 25 novembre 2015

Synopsis : Une grande prairie, un rassemblement country western quelque part dans l'est de la France. Alain est l'un des piliers de cette communauté. Il danse avec Kelly, sa fille de 16 ans, sous l'œil attendri de sa femme et de leur jeune fils Kid. Mais ce jour-là Kelly disparaît. La vie de la famille s'effondre. Alain n’aura alors de cesse de chercher sa fille, au prix de l'amour des siens et de tout ce qu'il possédait. Le voilà projeté dans le fracas du monde. Un monde en plein bouleversement où son seul soutien sera désormais Kid, son fils, qui lui a sacrifié sa jeunesse, et qu'il traîne avec lui dans cette quête sans fin.