"Les Chevaliers blancs" : l'affaire de l'Arche de Zoé dans un docudrama bouleversant

Par @Culturebox
Mis à jour le 20/01/2016 à 12H24, publié le 19/01/2016 à 18H37
Vincent Lindon dans "Les Chevaliers blancs"

Vincent Lindon dans "Les Chevaliers blancs"

© Fabrizio Maltese - Versus Productions - Les films du Worso

Avec "Les Chevaliers blancs", Joachim Lafosse fait son récit, très subjectif de l'affaire de L'Arche de Zoé. Juste et fascinant.

La note Culturebox

4
4/5
Il y a 4 ans, Joachim Lafosse nous livrait avec "À perdre la raison", un film bouleversant inspiré d'un véritable infanticide s'étant déroulé en Belgique, dans lequel Niels Arestrup, Emilie Dequenne et Tahar Rahim se partageaient l'affiche. Un huis clos, un drame terrifiant où l'on voyait une mère, supportant de plus en plus mal l'ambiance étouffante qui régnait chez elle, dériver lentement vers la folie.

Subjectivité

Pour son nouveau long métrage, le réalisateur a encore une fois décidé de s'inspirer d'un autre faits-divers retentissant. Celui de l'affaire de l'Arche de Zoé. L'histoire d'une association qui, en octobre 2007, tentait d'exfiltrer du Tchad vers la France, 103 enfants présentés comme orphelins du Darfour. L'opération, illégale, avait échouée.
Louise Bourgoin dans "Les Chevaliers blancs"

Louise Bourgoin dans "Les Chevaliers blancs"

© Fabrizio Maltese - Versus Productions - Les films du Worso

Mais comme à l'accoutumée chez le cinéaste, il le fait avec subjectivité. "En Belgique, on m'a souvent demandé ce qui était vrai ou faux dans le film. Mais on s'en fout. À partir du moment où la réalité est toujours périmée, un film est toujours une fiction, une subjectivité, une élaboration", avait-il déclaré aux Inrocks, lors de la sortie d' "À perdre la raison", en 2012.
 
Car l'ambition pour Joachim Lafosse est encore ici de proposer un autre angle de vue et des pistes de réflexions différentes de celles offertes par la justice et les médias. La fidélité au réel paraît en effet bien loin de ses priorités.
 
Jacques Arnault (Vincent Lindon) président de l'ONG "Move for kids" prépare une action humanitaire coup de poing dans un pays d'Afrique. Il a l'intention d'évacuer 300 orphelins en bas âge, victime de la guerre civile. L'homme est parvenu à convaincre des familles françaises en mal d'adoption de financer cette opération d'exfiltration.

Ambivalences

Entouré d'une équipe de volontaires dévoués à sa cause, parmi lesquels des médecins dont Laura, sa compagne (Louise Bourgoin), des pompiers, des infirmières, et Françoise (Valérie Donzelli), une journaliste couvrant l'expédition, il a un mois pour trouver ces enfants. Et pour réussir, il devra persuader ses interlocuteurs africains qu'il installera un orphelinat sur place et ainsi dissimuler le but ultime de son expédition. Mais la petite équipe ira de déconvenue en déconvenue. Des chefs de village qui ne joueront pas le jeu ou autres bisbilles internes. 
Valérie Donzelli dans "Les Chevaliers blancs"

Valérie Donzelli dans "Les Chevaliers blancs"

© Fabrizio Maltese - Versus Productions - Les films du Worso

Car voilà ce qu'aime surtout à scruter le réalisateur belge. Les ambivalences des relations dans une cellule humaine. C'était déjà le cas dans "À perdre la raison", mais aussi dans "Élève libre". Jonas, 16 ans, en échec scolaire y rencontrait Pierre, un trentenaire touché par sa situation, qui le prendra en charge. Mais incapable de fixer les limites de leur relation, l'éducation qu'il lui donnera dépassera vite le cadre purement scolaire. Un film dérangeant avec pourtant un Pierre qui avait au départ, les meilleures intentions du monde.

Justesse

Et même si, cette fois, Joachim Lafosse quitte le huis clos pour du cinéma d'aventure, c'est bien de cette bonne moralité et surtout de ses limites dont il est question ici. Car ce film ne semble en réalité que rappeler des thématiques bien chabroliennes. Le bien, le mal et la culpabilité à travers un Vincent Lindon, donnant encore à son personnage un charisme fascinant. C'est à la faveur de sa générosité et de son désintéressement, que l'on constate véritablement que c'est dans le bien, que le mal prend racine.
 
Pas de manichéisme chez Lafosse. Simplement une façon de filmer presque journalistique donnant à son films des airs de docudrama. Aucune forme de sensationnalisme. Simplement de l'émotion et de la justesse.
Drame de Joachim Lafosse - Avec Vincent Lindon, Louise Bourgoin, Valérie Donzelli et Reda Kateb. Durée : 1h52. Sortie le 20 janvier 2016.