Le "Un + une" de Claude Lelouch ne fait pas deux

Par @Culturebox
Mis à jour le 09/12/2015 à 15H20, publié le 09/12/2015 à 15H13
Elsa Zylberstein et Jean Dujardin dans "Un + une"

Elsa Zylberstein et Jean Dujardin dans "Un + une"

© Valérie Perrin

Dans "Un + une", Claude Lelouch revient à ses amours et à leurs complications dans un film délicat, léger et fantaisiste mais à la distribution très inégale.

La note Culturebox

3
3/5
Un homme et une femme. Palme d'or au festival de Cannes en 1966. 50 ans après, Claude Lelouch nous en propose le remake, comme il le dit lui-même. Pour voir comment sa vision du couple et son cinéma ont évolué. Et dès le titre, on constate que l'idée est la même. Faire du couple une addition. Celle de deux entités distinctes. Pas une union, mais un accompagnement passager de deux êtres que tout oppose. Un homme et une femme sont devenus Un + Une.

Tout a changé

Mais en réalité tout a changé. La minéralité d'un Trintignant. La retenue d'Anouk Aimée. Les silences. Les non-dits. Disparus. Pourquoi ? Pour faire place à la logorrhée mièvre d'Anna (Elsa Zylberstein) et à la faconde narcissique d'Antoine (Jean Dujardin).
 
L'histoire du film est donc celle d'Antoine Abeilard, compositeur de musique de film qui se rend en Inde pour une nouvelle version de Roméo et Juliette. Antoine ressemble aux héros de ces films. Il a du charme, du succès et traverse la vie avec autant d'humour que de légèreté. Du moins, c'est ce dont il se persuade lui-même. Il est sur le point de se marier avec une jeune musicienne (Alice Pol) qu'il a rencontrée dans un hall de gare et qui doit le rejoindre dans quelques jours.
Jean Dujardin dans "Un + une"

Jean Dujardin dans "Un + une"

© Metropolitan FilmExport
Invité à un dîner organisé par l'ambassadeur (Christophe Lambert), il se retrouve assis aux côtés de son épouse, Anna, ancienne professeure de philo un peu mystique. Elle va vite lui confier qu'elle ne parvient pas à tomber enceinte et qu'elle compte se rendre sur les berges du Gange. Là, elle espère voir réaliser son rêve de maternité grâce à l'étreinte d'Amma, guérisseuse. En bon gaillard sarcastique, Antoine se moque volontiers d'elle. Mais, alors qu'il souffre de continuels maux de tête et certainement un peu sous son charme, il décide de l'accompagner dans son voyage.
Jean Dujardin et Elsa Zylberstein dans "Un + une"

Jean Dujardin et Elsa Zylberstein dans "Un + une"

© Metropolitan FilmExport

Dujardin + Zylberstein = Dujardin

L'amour et ses complications. Lelouch convoque enfin ses madeleines. Et si elles semblent un peu passées, elles font du bien. Surtout lorsqu'on se rappelle sa dernière réalisation, le pour le moins mégalo "Salaud, on t'aime". Alors oui, pour ce nouveau long métrage, il reprend pour incarner le rôle principal la figure d'un égocentrique invétéré. Mais il faut bien le reconnaître, le charme canaille de Jean Dujardin opère, comme à l'accoutumée. C'est lui qui apporte cette légèreté, peut-être parfois un peu trop prégnante. Il y a décidément bien un peu de Jean-Paul Belmondo chez ce Dujardin là. Surtout celui d' "Un homme qui me plaît " avec Annie Girardot, dont ce film semble plus être l'héritier.
Les dialogues fonctionnent bien, touchent juste le plus souvent. Et l'improvisation, autre marque de fabrique du cinéaste est une nouvelle fois exploitée, mais de façon assez inégale. Car oui, si Dujardin, rompu à l'exercice, est convaincant, sa complice l'est beaucoup moins. Ses répliques tombent souvent à plat. Il faut dire que son personnage d'hypersensible, mystico-toquée un peu niaise, ne lui permet pas de développer d'autres caractéristiques.
 
Quant à Christophe Lambert, il est tout bonnement la caricature de lui-même. "Pourquoi l'amour est-il le seul remède au chagrin dont il est la cause ?", s'interrogera notre ambassadeur aux lunettes fumées vers la fin du film. "Les meilleurs souvenirs sont ceux que l'on peut oublier", surenchérit-il. Merci Christophe.
Elsa Zylberstein et Jean Dujardin,  "Un + une"

Elsa Zylberstein et Jean Dujardin,  "Un + une"

© Metropolitan FilmExport

Humour régressif

Des phrases quelque peu déconnectées du réel comme certaines scènes du film. La mine écarquillée d'une Zylberstein voyant un sage se martyriser rituellement devant elle. Ou ces guili-guili aux pieds nus et abîmés d'un indien par le toujours très fin et sarcastique Antoine. "Ah, ces gentils autochtones", devait-il se dire à cet instant. C'est peut-être le plus gros défaut du film. Cette sorte d'humour régressif et suffisant.
 
Il n'empêche, il reste de Lelouch ces petits moments de grâce. De naturel. Ces premières images magnifiques de l'Inde. Des images pleines. Pleines de matière. La lumière, tout bonnement magistrale. Cette succession de plans fixes en ouverture où le cinéaste laisse les habitants et les couleurs se mouvoir dans leur décor, sans déranger personne. En témoin. Des ellipses magnifiques où le rêve et le réel se confondent sans cesse. Et puis un film dans le film, en noir et blanc. Celui dont Antoine vient composer, ici, la musique. Un autre film sur l'amour, "cette métaphore de tout". 
Comédie dramatique de Claude Lelouch - Avec Jean Dujardin, Elsa Zylberstein, Christophe Lambert et Alice Pol. Durée : 1h53. Sortie le 9 décembre 2015.

Synopsis : Antoine ressemble aux héros des films dont il compose la musique. Lorsqu'il part en Inde travailler sur une verson très originale de Roméo et Juliette, il rencontre Anna, une femme qui ne lui ressemble en rien, mais qui l'attire plus que tout. Ensemble, ils vont vivre une incroyable aventure.