"Le Grand Jeu" : manipulations au sommet

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 13/12/2015 à 17H46, publié le 13/12/2015 à 17H43
André Dussolier et Melvil Poupaud dans "Le Grand Jeu"

André Dussolier et Melvil Poupaud dans "Le Grand Jeu"

© Bac Films

Inspiré par l'affaire de Tarnac, Nicolas Pariser signe un polar politico-romanesque dans les coulisses du pouvoir. Malgré les efforts d'André Dussolier, excellent en grand manipulateur de l'ombre, le film ne décolle pas, faute de crédibilité.

La note Culturebox

2
2/5
Il a le truc, Dussolier. Il suffit qu'il entre dans le champ, séducteur et bavard, pour que le film prenne de l'épaisseur. En l'occurrence, il est ici Joseph Paskin, l'un de ces hommes de l'ombre, mi-lobbyistes, mi-conspirateurs, qui entendent organiser l'espace public et guider les choix de l'Etat. Paskin a décidé de faire trébucher le ministre de l'intérieur, on ne sait pas exactement pourquoi, mais avec Dussolier on a tout de suite envie d'y croire, même si la proposition qu'il fait à Pierre Blum (Melvin Poupaud) est assez surprenante : produire, sans le signer, un manifeste politique susceptible de ranimer la flamme de l'extrême-gauche la plus activiste et radicale… et de justifier une réaction virile des forces de sécurité.

Blum, ex-écrivain prometteur qui traîne son absence d'inspiration depuis dix ans, accepte bien facilement de se mettre au travail en échange de quelques gros billets.
"Le grand jeu" © Bac Films
Pour son premier long-métrage, Nicolas Pariser s'est inspiré de l'affaire de Tarnac, cette saga aux multiples rebondissements, impliquant l'anarcho-autonome Julien Coupat et ses camarades, à qui on prêtait des projets terroristes, en particulier des sabotages de lignes SNCF. Une affaire "dégonflée" par la justice en mai dernier, avec le renvoi des mis en examen devant un simple tribunal correctionnel.

Son propos ici : le pouvoir fait artificiellement mousser une menace d'extrême-gauche pour passer à l'action et se donner le beau rôle… Malheureusement, lorsque Dussolier s'efface, et que Melvin Poupaud se retrouve seul face au complot, avant d'être accueilli dans une ferme alternative et de tomber amoureux d'une chercheuse idéaliste, la crédibilité du film en prend un coup. D'autant que cet épisode gauchisto-rural se traîne en longueur…

Le final ne sauvera pas le projet. Exilé outre-Manche, Poupaud cavale dans les rues d'une station balnéaire déserte poursuivi par des gros bras décidés à lui faire payer sa trahison politique. De notre côté, il y a longtemps qu'on a pris le large. La grande manipulation requiert un peu plus de doigté.
Le Grand Jeu © Bac Films

Thriller français de Nicolas Pariser – Avec Melvil Poupaud, André Dussolier, Clémence Poésy et Sophie Cattani – Durée : 1h39 – Sortie : 16 décembre 2015

Synopsis : Pierre Blum, un écrivain de quarante ans qui a connu son heure de gloire au début des années 2000, rencontre, un soir, sur la terrasse d'un casino, un homme mystérieux, Joseph Paskin. Influent dans le monde politique, charismatique, manipulateur, il passe bientôt à Pierre une commande étrange qui le replongera dans un passé qu'il aurait préféré oublier et mettra sa vie en danger. Au milieu de ce tumulte, Pierre tombe amoureux de Laura, une jeune militante d'extrême gauche; mais dans un monde où tout semble à double fond, à qui peut-on se fier ?