"L'homme aux mille visages" : une page d'histoire espagnole en mode thriller

Par @Culturebox
Mis à jour le 11/04/2017 à 16H22, publié le 08/04/2017 à 10H37
Eduard Fernández dans "L'homme aux mille visages"

Eduard Fernández dans "L'homme aux mille visages"

© Julio Vergne

Alberto Rodriguez avait signé l'un des films de l'année 2015 avec "La Isla Minima", troublante plongée dans une Andalousie pas encore tout à fait libérée du franquisme. Le réalisateur revient avec ce thriller consacré à une histoire vraie, un scandale d'État qui a passionné l'Espagne durant des années. Soigné et rythmé, son film ne retrouve malheureusement pas la magie vénéneuse du précédent.

La note Culturebox

3
3/5
Le scandale Roldan éclate fin 1993 et fait vaciller le pouvoir socialiste de Felipe Gonzalez. Le patron de la Garde Civile s'est servi dans la caisse, et pas qu'un peu. Son patrimoine a augmenté de 400 millions de pesetas. Les révélations se succèdent, Luis Roldan est cerné. Il prend la fuite.

Un homme va se charger de l'effacer des écrans radars. C'est Francisco Paesa, un personnage aussi sympathique que trouble, ex-agent secret, expert financier sans le sou, jet-setter sans jet, mais véritable escroc, qui voit là une magnifique occasion de prendre sa revanche sur le gouvernement qui l'a lâché. Paesa organise l'exfiltration, et fait aussi disparaître au passage la fortune de Roldan. Qui finira par se rendre, persuadé qu'un accord a été négocié avec le gouvernement… Il prendra la peine maximale : 28 ans de prison. Paesa, lui, profite toujours d'une liberté confortable, planqué quelque part dans Paris, d'où il accorde de temps à autre des interviews à la presse espagnole.

Cette affaire, toute l'Espagne la connaît par cœur. Parce qu'elle est incroyablement rocambolesque. Parce qu'elle a fait tomber un ministre de l'Intérieur. Parce qu'elle symbolise l'usure et les excès du pouvoir socialiste de l'époque.
"L'homme aux mille visages" © Julio Vergne

Alberto Rodriguez a relevé le challenge de mettre en images cette histoire de l'ombre, en la transformant en un thriller sophistiqué, multipliant les allers et retours entre Madrid, Paris ou Bangkok. Accessoiristes et décorateurs n'ont pas chômé, chaque plan est impeccable… Mais on a du mal à suivre le rythme débridé de cette cavale qui adopte les codes des films d'espionnage. Fausses pistes, arnaques, doubles-jeux, il ne manque rien à cette palette roborative. Le réalisateur avoue signer délibérément ici "le plus artificiel de (ses) films"… et c'est vrai qu'on n'y retrouve pas la griffe subtile de "La Isla Minima", plus profonde, moins bavarde, et dont les personnages étaient autrement travaillés.

Le film d'Alberto Rodriguez n'a évidemment rien à voir avec celui de Joseph Pevney, sorti en 1957 avec James Cagney et Dorothy Malone, biopic de l'acteur du muet Lon Chaney, qui portait le même titre dans sa version française. 

la fiche

Thriller espagnol d'Alberto Rodriguez – avec Eduard Fernández, José Coronado, Marta Etura et Carlos Santos – Durée : 2h02 – Sortie : 12 avril 2017
Synopsis : Francisco Paesa, ex agent secret espagnol, est engagé pour résoudre une affaire de détournement d’argent risquant d’entrainer un scandale d’État. L’homme y voit l’opportunité de s’enrichir tout en se vengeant du gouvernement qui l'a trahi par le passé. Débute alors l’une des plus incroyables intrigues politiques et financières de ces dernières années : l’histoire vraie d’un homme qui a trompé tout un pays et fait tomber un gouvernement.


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