"L'étreinte du serpent", magnifique odyssée amazonienne

Par @Culturebox
Publié le 19/12/2015 à 10H43
Une image tirée du film "El abrazo de la serpiente"

Une image tirée du film "El abrazo de la serpiente"

© DR

Ce film en noir et blanc du Colombien Ciro Guerra mêle deux récits de voyages initiatiques en Amazonie. Plusieurs acteurs non professionnels indios illuminent ce film magnifique dont la réflexion porte sur la place de l'homme sur la planète et sa responsabilité quant à son avenir.

La note Culturebox

5
5/5

"El abrazo de la serpiente", qu'on pourrait traduire par "L'étreinte du serpent", est l'un de ces films dont l'empreinte vous poursuit pendant les heures qui en suivent la projection. Au début du XXe siècle, un ethnologue européen part en Amazonie à la découverte des peuples alors inconnus. Il tombe malade et un chaman indio qui l'accompagne lui apprend qu'une plante quasi mythique est la seule à pouvoir le sauver. Son ingestion provoque des rêves psychédéliques et une connexion avec les forces de la nature.

Commence alors un long voyage vers le lieu où se trouve la plante en compagnie de Karamakate, ce chaman qui refuse d'abandonner ses traditions, et d'un autre indio déjà vêtu à l'occidentale. Le film raconte en parallèle une autre quête sur les mêmes lieux. Celle d'un botaniste américain, quarante années plus tard. Accompagné lui aussi de Karamakate, il suit les indications des carnets de voyage de l'ethnologue et recherche lui aussi la fameuse plante yakruna. Que trouveront-ils ?

La forêt amazonienne en noir et blanc

Voir l'Amazonie en noir et blanc. Passer deux heures et cinq minutes dans la forêt et sur la rivière sans jamais apercevoir la couleur verte ! Un vrai défi que le magnifique noir et blanc fluide et nuancé enrichit encore. Les deux voyages relatés, au début du XXe siècle puis pendant la Deuxième Guerre mondiale, épousent ces paysages à couper le souffle, même et peut-être surtout en noir et blanc. Interrogé à ce sujet, le réalisateur explique qu'il a volontairement créé le manque de couleur pour une raison que nous ne dévoilerons pas ici et qui est une des clés du film.

Ciro Guerra et ses quatre principaux interprètes à Cannes : Nilbio Torres, Antonio Bolivar, Jan Bijvoet et Brionne Davis

Ciro Guerra et ses quatre principaux interprètes à Cannes : Nilbio Torres, Antonio Bolivar, Jan Bijvoet et Brionne Davis

© Jean-François Lixon

Réminiscences

Irrésistiblement, ce film évoque un roman, "Au cœur des ténébres" de Joseph Conrad, et un film "Apocalypse Now", de Francis Ford Coppola qui en est une libre adaptation. Dans le premier, l'action se déroule sur un fleuve africain, dans le second sur une rivière vietnamienne et nous voici en Amazonie. Mais l'esprit de la quête, quel que soit son but avoué, reste le même : trouver, en remontant le courant, une vérité. Et dans les trois, il y aura aussi la rencontre avec la folie des hommes qui ont bâti, dans le secret de la forêt, des sociétés démentes et dictatoriales. La dérive d'un catholicisme imposé aux Indios nous donne en effet ici une scène hallucinante de violence.

L'affiche du film "El abrazo de la serpiente"

L'affiche du film "El abrazo de la serpiente"

© DR

Rencontre émouvante

Le film a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du dernier Festival de Cannes. L'équipe du film est venue à la rencontre du public après la projection. Ce fut l'occasion pour les deux interprètes amazoniens de livrer cette confidence : il n'avaient jamais quitté leur région et se trouvaient très heureux et impressionnés de découvrir la France et une si belle ville. Mais ils ne s'en tinrent pas à ces propos et réaffirmèrent le message du film, à la fois humaniste et écologiste.

Nilbio Torres et Antonio Bolivar

Nilbio Torres et Antonio Bolivar

© Jean-François Lixon


"L'étreinte du serpent" ("El abrazo de la serpiente")
Film colombien de Ciro Guerra - Avec Jan Bijvoet et Brionne Davis - durée : 2h05 - Sortie : 23 décembre 2015

Synopsis : Karamakate, chaman amazonien, le dernier survivant de son peuple, vit isolé dans les profondeurs de la jungle. Il est devenu un chullachaqui, la coquille vide d’un homme, privée d’émotions et de souvenirs. Sa vie bascule lorsqu’Evan, un ethnobotaniste américain, débarque dans sa tanière à la recherche de la yakruna, une mystérieuse plante hallucinogène capable d’apprendre à rêver. Karamakate se joint à sa quête et ils entreprennent un voyage au cœur de la jungle.