"Je vous souhaite d'être follement aimée" : Céline Sallette en quête de mère et de repères

Par @Culturebox
Publié le 05/01/2016 à 18H04
Céline Sallette dans "Je vous souhaite d'être follement aimée"

Céline Sallette dans "Je vous souhaite d'être follement aimée"

© Diaphana Distribution

Avec "Je vous souhaite d'être follement aimée", Ounie Lecomte nous livre un drame intimiste contant l'histoire d'une trentenaire née sous X partant à la recherche de sa mère biologique à Dunkerque. Bouleversant mais inégal.

La note Culturebox

3
3/5
"Je vous souhaite d’être follement aimée". La dernière phrase d’une lettre d’André Breton adressée à sa fille. Le titre de ce deuxième long métrage dans lequel Ounie Lecomte creuse encore un peu son sillon. Celui de l’adoption. Pour son premier film, "Une vie toute neuve", elle nous contait l’histoire, un tantinet autobiographique, de Jinhee, une petite Coréenne de 9 ans qui attendait son adoption dans un orphelinat tenu par des sœurs catholiques.
 
Avec "Je vous souhaite d’être follement aimée", c’est dans la même veine que s’inscrit la réalisatrice. Un peu comme si cette fillette avait grandi et qu’elle cherchait désormais ses parents biologiques.
Céline Sallette "Je vous souhaite d'être follement aimée"

Céline Sallette "Je vous souhaite d'être follement aimée"

© Diaphana Distribution

Une réflexion sur l'identité

Elisa (Céline Sallette) est kinésithérapeute en région parisienne. Il y a 30 ans, elle naissait à Dunkerque, sous X. C’est à peu près tout ce qu’elle sait. Elle a bien entrepris des recherches pour retrouver sa mère. Mais protégée par la loi, celle-ci refuse de la voir. Et Elisa, à la recherche de son passé, de son histoire, refuse de baisser les bras. Elle veut comprendre.
 
Avec son fils Noé, qui vit assez mal la situation, elle décide de s’installer quelques temps dans la ville de sa naissance, bien décidée à retrouver cette mère inconnue. Une histoire parmi d’autres dans un film qui ne parle pas, en réalité, que d’adoption. C’est une véritable réflexion sur l’identité que nous propose la cinéaste.

Anne Benoît formidable en veille fille candide

Car autour d’Elisa, il y a son fils. Le cheveu frisé et la peau un peu mate. En tout cas beaucoup trop pour qu’on pense qu’il est bien le sien. Un petit garçon en révolte qui refuse désormais de manger du porc à la cantine à cause des moqueries de ses camarades.

Elyes Aguis et Céline Sallette dans "Je vous souhaite d'être follement aimée"

Elyes Aguis et Céline Sallette dans "Je vous souhaite d'être follement aimée"

© Diaphana Distribution
Il y a aussi Annette (Anne Benoît formidable en veille fille candide), un peu paumée, sous la totale domination d’une mère pour le moins sévère et martyrisée par les enfants de l’école où elle travaille. Une femme qui semble être restée la même jeune fille qui, 30 ans plus tôt, accouchait sous X.
 
Et la séparation d’Elisa et d’Alex (Louis-Do de Lencquesaing), le père de Noé, convaincu d’aimer encore sa compagne mais ne souhaitant en aucun cas l’emprisonner. Un personnage calme, élégant, qui aurait peut-être mérité d’être un peu plus développé.
 
Car si aucune de ces histoires n’est dénuée d’intérêts, la réalisatrice ne les traite pas avec la même intensité. Ounie Lecompte n’a pas su choisir. Si c’est la force du film, c’est aussi sa limite. Il en ressort un traitement très inégal des différents thèmes abordés. Car il y a bien aussi une réflexion sociale, économique sur Dunkerque. Mais on regrette qu’elle s’arrête sur ces quelques plans séquences, néanmoins magnifiques, des docks, des raffineries et de ses longues plages ternes.
Anne Benoît et Céline Sallette dans "Je vous souhaite d'être follement aimée"

Anne Benoît et Céline Sallette dans "Je vous souhaite d'être follement aimée"

© Diaphana Distribution

Céline Sallette sur un fil

La réalisatrice prend le temps de filmer ces ambivalences. La mer, l'industrie. Et ses personnages. La mère et la fille si différentes. L'image est alors pleine. Pleine de matière. Dans le cabinet d'Elisa, les corps se dévoilent. Pures, sans fard. Les gros plans s'accumulent. La caméra louvoie, caresse, sans jamais heurter. Comme si la cinéaste voulait recréer les scènes de corps à corps originelles entre une mère et son enfant, de façon inversée.
 
C'est l'une des plus jolies réussites de ce film sur la sensation, la perception, porté par la musique d'Ibrahim Maalouf. Légère, discrète, elle semble avoir été pensée comme un souffle, une respiration. Accompagné aussi par la prestation bluffante d'une Céline Sallette, comme sur un fil, entre assurance et vulnérabilité. 
Drame de Ounie Lecompte – Avec Céline Sallette, Anne Benoît et Louis-Do de Lencquesaing – Durée : 1h40. Sortie le 5 janvier 2016
 
Synopsis : Elisa, kinésithérapeute, part s’installer avec son jeune fils, Noé, à Dunkerque, ville où elle est née sous X. Quelques mois plus tôt, elle y a entrepris des recherches sur sa mère biologique, mais cette femme a refusé de dévoiler son identité. Mais Elisa veut comprendre. Le hasard va bouleverser ses attentes…