"Fou d'amour" de Philippe Ramos : une émouvante avant-première dans l'Ain

Par @Culturebox
Mis à jour le 08/09/2015 à 11H40, publié le 08/09/2015 à 11H30
Melvil Poupaud et Diane Rouxel dans "Fou d'amour" de Philippe Ramos

Melvil Poupaud et Diane Rouxel dans "Fou d'amour" de Philippe Ramos

© Alfama Films

"Fou d'amour" est le quatrième long-métrage du réalisateur drômois Philippe Ramos. Tiré d’un faits divers sordide survenu dans les années 50, le film retrace l’histoire d’un prêtre séducteur de femmes et condamné pour un double crime. Tourné il y un an dans l’Ain, le film a été projeté en avant-première dans le village de Champagne-en-Valromey. Sa sortie en salles est prévue le 16 septembre.

Reportage : Julie Jacquard et Pierre Lachaux   

"Fou d'amour" est inspiré d'une sombre histoire criminelle qui défraya la chronique à la fin des années 50, l’affaire dite du curé d’Uruffe. Tout commence en juillet 1950, avec l’arrivée d'un nouveau prêtre dans la paroisse d’Uruffe, petit village de 392 âmes en Meurthe-et-Moselle. Il a 30 ans et se nomme Guy Desnoyers. Les paroissiens l’ignorent alors, mais leur jeune curé a un passé sulfureux : depuis plusieurs années, il collectionne les maîtresses dans la région. Si les anciens le trouvent assez singulier, les jeunes s’enthousiasment vite pour ce prêtre « moderne », qui organise des excursions, monte une équipe de football et anime des ateliers théâtre.  

Un curé pas très catholique

Fin 1953, Desnoyers conçoit un enfant avec une adolescente de 15 ans qu’il persuade d’accoucher clandestinement et d’abandonner le bébé. Suite aux rumeurs qui courent dans le village, la hiérarchie du prêtre est alertée mais elle ne donne pas suite, sans doute convaincue par les dénégations du curé. Trois ans plus tard, le prélat entretient une nouvelle relation avec une jeune fille de 19 ans, ouvrière dans une verrerie. Elle aussi se retrouve enceinte du prêtre, mais refuse d’avorter ou d’abandonner son enfant. 

La nuit de l'horreur 

Le 3 décembre 1956, peu avant la date de l’accouchement, Guy Desnoyers entraîne la jeune femme sur une route déserte. Il la tue de 3 balles de revolver, puis l’éventre, sort le fœtus, une petite fille qu’il baptise avant de la tuer à coups de couteau et de lui taillader le visage afin d’effacer toute trace de ressemblance avec lui. 

Dénoncé par une amie de la victime, le "curé diabolique" est placé en garde à vue en décembre 1956. Après avoir nié le double crime, il finit par avouer. L'affaire fait couler beaucoup d'encre et le procès de Guy Desnoyers, qui s'ouvre à Nancy en janvier 1958, suscite une grande émotion... La foule réclame la peine de mort. 

C'est ce que demandera aussi le procureur dans son réquisitoire, mais contre toute attente, le prêtre échappe à la guillotine. Les jurés lui accordent les circonstances atténuantes et il écope d'une peine de bagne à perpétuité. Libéré en août 1978, il se retire ensuite dans un monastère en Bretagne et meurt en avril 2010, à l'âge de 90 ans.

Dans son film "Fou d'amour", Philppe Ramos a pris le parti de changer la fin de l'histoire. Son héros, interprété par Melvil Poupaud, est guillotiné dès le début du film et c'est la tête coupée du curé qui retrace les faits, tel un conteur macabre. 
Bande-annonce "Fou d'amour'


"Fou d'amour" de Philippe Ramos
Sortie : le 16 septembre 2015
Avec Melvil Poupaud, Dominique Blanc, Diane Rouxel, Jean-François Stévenin et Jacques Bonnaffé. 

"Le double crime de l'abbé Desnoyers, Curé d'Uruffe" 
de Jean-Pierre Bigeault. L'Harmattan, 208 p., 20,50 €.