"Early Winter", un amour à bout de souffle

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 03/01/2016 à 09H13, publié le 03/01/2016 à 09H12
Suzanne Clément et Paul Doucet dans "Early Winter"

Suzanne Clément et Paul Doucet dans "Early Winter"

© Pyramide Distribution

Un couple qui vacille, usé par le train-train quotidien, un thème abordé tant de fois… et pourtant : l'Australien Michael Rowe a tourné au Québec un film magnifique, sobre et intense. Ses deux comédiens principaux sont exceptionnels.

La note Culturebox

5
5/5
Au premier regard, un couple banal avec enfants, pavillon de banlieue et crédit auto. Avec son histoire, bien sûr. Maya est Russe, ne travaille pas et se sent isolée au Canada. David, lui, enchaîne les doubles journées au boulot pour boucler les fins de mois. Sur un plan sentimental, l'encéphalogramme est plat, la passion s'est éloignée. Les seuls cris joyeux qui réveillent le foyer sont ceux des enfants, Alexandre et Serguei.

David a sa fêlure, une sacrée. Un premier mariage raté. Et un accident de la route dont il se sent l'unique responsable. Le couple qu'il forme désormais avec Maya a failli exploser six ans plus tôt, sur une infidélité. Depuis, on fait comme si. Mais quelque chose s'est cassé. Et voilà que le poison revient…

Agent d'entretien dans une maison de retraite, David (Paul Doucet) est un homme à tout faire, y compris le meilleur. C'est lui qui est là pour tenir la main du vieil homme qui agonise, qui lui ment en lui disant que tous ses proches sont autour de lui. "Vous pouvez partir quand vous voulez" lui chuchote-t-il. Il nous rappelle alors l'exceptionnel Tim Roth de "Chronic", infirmier compagnon des derniers instants. Posé, concentré, humain, David est pourtant habité par une tempête de doutes.
Early Winter. © Pyramide Distribution

Michael Rowe est un adepte de la retenue, de la lenteur. Sa narration se nourrit de touches subtiles, sans éclats, de non-dits. Son choix du plan séquence, sans coupes ni contre-champs, imprime un rythme délibérément lent. Dans cette hiver précoce, les images sont souvent grises mais d'une saisissante intensité. Totalement pudique, ce film est pourtant imprégné d'un parfum de mort. La vraie, d'abord. Celle qui s'annonce au détour d'une phrase au petit matin. "Tiens, David, il faudra vider cette chambre". Et puis celle des sentiments, contre laquelle ni Maya ni David ne peuvent rien. Leur amour file en pente douce.

Bardé de ces sombres arguments, le film pourrait être d'une monotonie infernale. C'est tout le contraire qui se produit, impossible de décrocher une seconde, grâce aux talents conjugués du réalisateur et de ses comédiens. Un bijou de justesse.
Early Winter - © Pyramide Distribution

Drame québéco-australien de Michael Rowe – avec Suzanne Clément, Paul Doucet et Micheline Lanctôt – Durée : 1h36 – Sortie : 6 janvier 2016

Synopsis : David, 40 ans, sa femme Maya, d'origine russe, et leurs deux enfants semblent mener une vie tranquille dans une petite ville au Canada. Afin de combler matériellement son épouse, David travaille jour et nuit comme homme à tout faire dans une maison de retraite. Quand David soupçonne Maya de le tromper, c’est toute son existence qui vacille. Le passé refait surface et menace de tout emporter sur son passage...