"Diamond Island" le film de la jeunesse cambodgienne d'aujourd'hui

Par @Culturebox
Mis à jour le 30/12/2016 à 17H15, publié le 30/12/2016 à 17H10
"Diamond Island" de Davy Chou

"Diamond Island" de Davy Chou

© Rapid Eye Movies

"Diamond Island", du réalisateur franco-cambodgien Davy Chou raconte l'histoire de quelques garçons et filles de Phnom Penh en fin d'adolescence. Interprétés par des comédiens amateurs, ces personnages d'un réalisme presque documentaire donnent sa force à ce film. Chou ouvre une nouvelle voie dans le cinéma d'un pays plus habitué à des comédies romantiques ou à des films d'horreur.

Avec "Diamond Island" Davy Chou, 33 ans, se tourne résolument vers le Cambodge d'aujourd'hui. Et même vers son futur. Les héros en sont quatre jeunes d'une vingtaine d'années. Pour eux le génocide, c'est de l'histoire. Et pour que son propos soit bien ancré dans le réel, le réalisateur a choisi ses interprètes dans la rue. Sobon Nuon, qui incarne Bora, a été repéré aux abords d'un marché où il rabattait des clients pour les taxis locaux. Madeza Chhem, quant à elle, a eu la chance de croiser le cinéaste alors qu'elle achetait une glace dans un centre commercial. 

Reportage : Reportage : K. Singh / H. Hadas-Lebel / J. Chanteraud / O. Dumont / Y. Saidani

Succès public au Cambodge

Ce choix de ne pas faire appel à des comédiens cambodgiens professionnels a permis au film de trouver son public. Les jeunes interprètes, sans réflexes de jeu stéréotypés, ressemblent à leurs spectateurs, ils parlent comme eux, s'habillent comme eux. Ils sont une part d'eux-mêmes. Le décor aussi est le leur, celui d'une capitale, Phnom Penh, en plein chambardement. Eux aussi, enfants de familles pauvres pour l'essentiel, regardent se bâtir des quartiers neufs, comme ce "Diamond Island", tout entiers destinés à la petite frange fortunée de la population. En deux semaines d'exploitation, le film de Davy Chou a attiré 3000 spectateurs, essentiellement dans les multiplexes de la capitale. Ces immenses temples de la consommation cinématographique sont pourtant plus habitués aux rugissements des films d'horreur et aux effets spéciaux des blockbusters américains qu'au rythme lent de ce film d'auteur. 3000 billets vendus, un chiffre qu'il faut rapporter aux 15 millions d'habitants du pays, résidant pour leur immense majorité dans les campagnes. Un succès.

Quel cinéma Cambodgien ?

Evoquer le cinéma cambodgien débouche souvent sur l'ambiguité. De quel cinéma parle-t-on ? De celui que regardent les Cambodgiens ou des films distribués à l'étranger, et singulièrement dans les salles françaises ?
De la production cinématographique domestique, nous ne savons en France presque rien. Des comédies à l'eau de rose ou des films d'horreur composent la quasi totalité de l'offre dont dispose le public local. Des oeuvres qui ne sortent pas des frontières de ce pays autrefois composante de l'Indochine française avec le Vietnam et le Laos.
 
L'idée que l'on se fait en France du cinéma cambodgien tient davantage de l'oeuvre de mémoire. Et pour l'essentiel, elle se résume à un nom, celui de Rithy Panh. Ce cinéaste de 52 ans, lui aussi franco-cambodgien, tente film après film de traduire l'horreur du génocide commis de 1975 à 1979 par le régime des Khmers rouges. Un totalitarisme qui avait au passage réduit à néant le cinéma cambodgien et son patrimoine. Aujourd'hui le sinistre S21, le principal centre de torture, se visite ente 10h et 17h alors que les dramatiquement célèbres "Killing Fields", agrémentés de leurs pyramides de crânes de suppliciés, figurent sur les dépliants des agences de tourisme.

Sobon Nuon dans "Diamond Island"

Sobon Nuon dans "Diamond Island"


De Phnom Penh à Cannes et retour

Le film de Davy Chou a été choisi à Cannes au printemps dernier dans la sélection parallèle de "La Semaine de la Critique". Dans le même temps le dernier film de Rithy Panh, "Exil" était projeté dans la sélection officielle. Cette reconnaissance d'un cinéma cambodgien artistiquement ambitieux qui s'adresse, avant tout, à son propre public est un pas important vers la renaissance d'une production de qualité. Avant la prise de pouvoir des Khmers rouges, le cinéma cambodgien était très actif. A son époque, le roi Norodom Sihanouk avait lui-même réalisé quelques films. "Diamond Island" pourrait être le premier indice d'une reconstruction d'un cinéma national libéré du poids de l'Histoire.
L'affiche de "Diamond Island"

L'affiche de "Diamond Island"

© DR

Diamond Island

DIAMOND ISLAND Film français, cambodgien, allemand qatarien et thailandais de Davy Chou avec Sobon Nuon, Cheanick Nov et Madeza Chhem 1h39 sortie en France le 28 décembre 2016