"Clash" : un fourgon de police pour raconter les émeutes égyptiennes de 2013

Par @Culturebox
Mis à jour le 14/09/2016 à 18H06, publié le 14/09/2016 à 17H57
"Clash" le nouveau film de réalisateur égyptien plonge le spectateur dans un huis clos ou se trame les drames de la différence

"Clash" le nouveau film de réalisateur égyptien plonge le spectateur dans un huis clos ou se trame les drames de la différence

© Pyramide Distribution

"Clash", le film du réalisateur égyptien Mohamed Diab sort ce mercredi 14 septembre sur les écrans en France. Le cinéaste raconte comment son pays s'est trouvé confronté à de violentes émeutes au lendemain de la destitution du président Mohamed Morsi, à l'été 2013. Plongé au coeur d'un huis clos oppressant, le spectateur retient son souffle.

Clash", le dernier film "du réalisateur égyptien Mohamed Diab ("Les femmes du bus 678") est une immersion en huis-clos dans les violences qui ont suivi la destitution du président Mohamed Morsi (chef de file des Frères Musulmans) au Caire, à l'été 2013.

Analyse du film et de la société égyptienne actuelle  avec l'écrivain journaliste Ahmed Youssef. 

Reportage : D. Wolfromm / G. Le Goff / S. Lacombe 


Entre drame et humour

A la suite d'une manifestation, partisans des Frères musulmans et militaires se retrouvent coincés dans un fourgon de police. Embarquée au milieu des deux camps, la caméra de Mohamed Diab capte les moindres tensions mais aussi les gestes de tendresse, les petites attentions et quelques moments d'humour.  "Il fait rire dans la tragédie, c'est très égyptien ça.", analyse le journaliste-écrivain Ahmed Youssef 

Dans le film, que Mohamed Diab a écrit avec son frère, même les policiers du régime, seuls à faire l'unanimité (contre eux) parmi les occupants du fourgon, se révèlent peu à peu dans leurs contradictions et leur humanité.

Je n'aime pas l'idéologie des Frères Musulmans, mais si quelqu'un condamne la violence et est pacifique, je n'ai pas de problème avec lui


Un tournage serré

Le tournage de "Clash", alors même que les rues du Caire étaient la proie à de violentes manifestations, n'a pas été de tout repos: certains figurants se sont mis à se battre pour de vrai, des passants ont cru à de vraies scènes de violence et ont rebroussé chemin... Le film a été tourné en 26 jours, avec tous les acteurs présents dans un espace de huit mètres carrés. 

clash 2 © Pyramide Distribution

Egypte : terre de contraste et de culture

Projeté en juillet dans la capitale égyptienne, le deuxième long-métrage du cinéaste n'a pas remporté tous les suffrages. L’Autorité nationale de la censure a même conditionné l’autorisation de projection en salles à l’apposition d’une mention pour le moins partiale au début du film : "Après la révolution du 30 juin, les Frères musulmans ont provoqué des affrontements sanglants..."
clash3 © Pyramide Distribution

"Ces trois dernières années", depuis le début du tournage, "il y a eu des changements mineurs, mais globalement ce qu'il se passe en Egypte reste la même chose. Le film décrit exactement ce qui arrive en Egypte aujourd'hui", affirmait le réalisateur de 38 ans lors de la présentation du film au dernier festival de Cannes.

Aujourd'hui, le pays est dirigé par un nouveau président Abdel Fattah al-Sissi. "Une dictature molle" comme le qualifie habilement Ahmed Youssef. "Il sait très bien qu'il y a une société civile égyptienne très importante. Il y a du cinéma, de la littérature, de la presse, de la mode". souligne l'observateur égyptien. Toutes ces petites choses essentielles qui font qu'un pays ne plonge pas totalement dans l'obscurantisme idéologique. 
clash affiche © Pyramide Distribution