"Chala, une enfance cubaine", l'institutrice et le gamin des rues

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 21/03/2016 à 14H05, publié le 20/03/2016 à 18H11
Armando Valdes Freire dans "Chala, une enfance cubaine"

Armando Valdes Freire dans "Chala, une enfance cubaine"

© Bodega Films

Le cinéma cubain a de la ressource et Ernesto Daranas le prouve encore avec "Chala". Sans être un brûlot contre le régime de La Havane, son film porte un regard sans concession sur certains de ses échecs, notamment à l'égard des "oubliés" du système. Le duo formé par le gamin et son institutrice crève l'écran. Le film vient de remporter le Grand Prix du Festival de Valenciennes.

La note Culturebox

3
3/5
En 2008, Ernesto Daranas avait consacré son premier long-métrage aux prostituées de La Havane. Cette fois encore, il aborde Cuba par la face sombre : la misère d'une partie de sa population, et précisément les difficultés de certains enfants à survivre dans des environnements familiaux dégradés.

Chala vit avec une mère alcoolique et toxicomane, qui l'abandonne à son sort. C'est même lui qui fait bouillir la marmite, grâce à des combats de chiens. Privé de père et d'amour maternel, Chala traîne dans les rues, ne refuse jamais une bonne bagarre et s'attire tous les ennuis possibles.

Une femme pourtant s'intéresse à lui, mieux même, le tient à bout de bras et lui évite de sombrer : c'est son institutrice Carmela. Une femme de caractère, proche de la retraite, qui n'hésite pas à prendre des libertés avec les dogmes officiels lorsqu'il s'agit d'aider des enfants en danger.
Alina Rodriguez dans "Chala, une enfance cubaine" © Bodega Films

On est agréablement surpris par la liberté de ton du réalisateur, qui a sans doute beaucoup pesé dans le grand succès populaire du film dans l'île. Il n'élude pas les échecs de la politique cubaine : les laissés pour compte, la fracture de l'émigration interne, les petits trafics, la violence, la religion… Et s'il dépeint un système scolaire solide et plutôt protecteur, il égratigne au passage la rigidité parfois inhumaine des apparatchiks zélés de l'éducation nationale, prêts à faire mal au nom du bien.

La qualité du duo formé par Chala et son institutrice est la grande force de ce film. Usée par la vie et la maladie, Carmela mène son dernier combat pour Chala. Alina Rodriguez, la grande actrice cubaine donne une dimension lumineuse et intense à son personnage. Elle est décédée l'été dernier d'un cancer. 

La fiche

Comédie dramatique cubaine d'Ernesto Daranas – Avec Armando Valdes Freire, Alina Rodriguez, Silvia Aguila, Yuliet Cruz et Armando Miguel Gómez – Durée : 1h48 – Sortie : 23 mars 2016
Synopsis : Chala, jeune cubain, malin et débrouillard, est livré à lui-même. Elevé par une mère défaillante qui lui témoigne peu d’amour, il prend soin d’elle et assume le foyer. Il rapporte de l’argent en élevant des chiens de combat. Ce serait un voyou des rues sans la protection de Carmela, son institutrice, et ses sentiments naissants pour sa camarade Yeni...