"Carol" : les amours interdites de Cate Blanchett et Rooney Mara

Par @Culturebox
Publié le 13/01/2016 à 22H21
Rooney Mara et Cate Blanchett dans "Carol"

Rooney Mara et Cate Blanchett dans "Carol"

© Number 9 Films Ltd. / Wilson Webb

Avec "Carol", Todd Haynes nous conte une histoire d'amour transgressive dans le New York des fifties. Sublime et bouleversant.

La note Culturebox

5
5/5
Todd Haynes sait où il va. Dans la transgression souvent. Mais avec une finesse, une intelligence et une esthétique infinies. Au point parfois de sembler sacrifier le propos au profit d'une qualité de mise en scène sans pareille. C'était un peu le cas dans "Velvet Goldmine", qui retraçait le parcours sulfureux d'une star du glam-rock largement inspirée de David Bowie, et de la révolution autant musicale que sexuelle qu'il voulut déclencher dans l'Angleterre des années 70. Une sorte de songe de cinéaste. La réminiscence d'un temps révolu. Encore un peu plus depuis quelques jours.

Pavé dans la mare

En 2002, soit quatre ans plus tard, il jetait encore un énorme pavé dans la mare du puritanisme avec "Loin du paradis". L'histoire d'une bourgeoise (Julianne Moore) découvrant, dans l'Amérique des années 50, l'amour auprès de son jardinier noir, tandis que son mari (Dennis Quaid) découvrait lui son homosexualité. Cette femme luttait déjà contre cette bonne société rigoriste. Carol aussi devra y faire face.
Cate Blanchett dans "Carol"

Cate Blanchett dans "Carol"

© Copyright Wilson Webb / DCM

1952. Un homme marche hâtivement dans les rues de New York, avant de s'engouffrer dans un restaurant. Là, il va saisir une conversation intime. Entre deux femmes. Et dès cette première scène, enrobée de la musique envoûtante de Carter Burwell, on sonde déjà tous les enjeux du film. Une intimité interdite et le regard d'un homme sur une relation.
 
Celle entre Therese (Rooney Mara), mutique et réservée vendeuse dans un grand magasin de Manhattan et Carol, cliente distinguée, bourgeoise et prisonnière d'un mariage bien peu heureux, campée par Cate Blanchett.

Cinéaste à obsessions

L'actrice était déjà du biopic diffracté que Todd Haynes nous livrait en 2007, "I'm not there". Elle y était l'un des nombreux Bob Dylan. De ces artistes si complexes qu'on ne peut les représenter qu'à travers différents personnages. Un film subtil, empli d'illusions, de faux-semblants, de non-dits et de suggestions. À l'image de la relation entre Carol et Therese.
 
Deux femmes qui vont devoir se dissimuler puis s'isoler pour vivre leur passion sans craindre l'opprobre de la société. De leurs conjoints. Todd Haynes, à l'image d'un Tarantino, fait partie de ces cinéastes démiurges qui semblent rendre perpétuellement hommage à leur propre filmographie. Ces cinéastes convaincus, presque maniaques. Ces cinéastes à obsessions. Car en plus des amours interdites, l'isolement est un thème cher au réalisateur américain. Dans "Safe", sorti en 1995, une autre Carol (Julianne Moore encore), femme au foyer victime d'allergies, fuyait la ville pour ne pas sombrer dans la folie.
Rooney Mara dans "Carol"

Rooney Mara dans "Carol"

© Copyright Number 9 Films Ltd. / Wilson Webb

Reconstitution chirurgicale

Dans "Carol", cette volonté de fuite, d'univers clos, sont traduits avec brio par Todd Haynes. Car cette fois, la mise est scène est en permanence pensée pour révéler le propos. Pour traduire par l'image, le destin de ces deux femmes. La fatalité de leur histoire. Mais surtout le mystère de leur passion. On pense alors à ces plans filmés depuis l'encadrement d'une porte ou devant une vitre embuée.
 
Une atmosphère confinée jusqu'à ce que la caméra prenne de la hauteur pour filmer leur fuite. Et nous voilà, au gré de leurs pérégrinations à divaguer avec elles, de leurs nuits bleutées et enflammées, à la douceur diaphane des paysages ruraux en passant par le décor urbain façon Hopper de ce New York des années 50. Tout ça à la faveur d'un travail de reconstitution d'époque chirurgicale et d'une photographie magnifique.
 
De quoi sublimer, s'il en fallait, la prestation des deux actrices. Ses actrices, qu'il magnifie, comme à l'accoutumée. Au point que Rooney Mara, prix d'interprétation féminine à Cannes l'an dernier, éveillerait presque en nous le doux souvenir d'Audrey Hepburn.

Drame de Todd Haynes - Avec Cate Blanchett et Rooney Mara - Durée : 1h58. Sortie le 13 janvier 2016.