"Belle du Seigneur" : l'inadaptable roman culte d'Albert Cohen au cinéma

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 19/06/2013 à 18H43, publié le 18/06/2013 à 16H22
Belle du Seigneur, de Glenio Bonder. Affiche

Belle du Seigneur, de Glenio Bonder. Affiche

© Océan Films

"Belle du Seigneur", le film adapté du best-seller d'Albert Cohen sort en salles mercredi. Le roman obsédait Glenio Bonder, le réalisateur, depuis 1980. Il a mis 25 ans avant de pouvoir l'adapter et il est mort en 2011, sans avoir pu voir le film achevé.

Reportage de P. Deschamps L. Krikorian P. Pinzelli
"Belle du Seigneur" est un roman culte. Albert Cohen a commencé à l'écrire dans les années 30, abandonné pendant la guerre, repris, corrigé, enrichi, et finalement publié en 1968 par les Editions Gallimard, il reste aujourd'hui encore le roman le plus vendu dans la Collection Blanche de l'éditeur. Ce roman fleuve -106 chapitres et 900 pages- raconte dans une langue merveilleuse la passion destructrice de Solal, un beau diplomate juif, avec Ariane, une femme mariée. L'action se déroule dans le monde de la diplomatie, à la Société des Nations de Genève (ancêtre de l'ONU). Est-ce la raison de l'engouement pour ce roman de Glenio Bonder, ancien ambassadeur du Brésil aux Etats-Unis?
Chef d'œuvre de la littérature du XXè siècle, considéré comme "inadaptable", le roman d'Albert Cohen ne fait pas peur à Glenio Bonder. Il écrit un scénario de 120 pages avant de découvrir que les droits sont déjà vendus. Il s'adresse alors directement à Bella Cohen, la femme de l'écrivain et réussit à la convaincre avec un portrait d'Albert Cohen pour la collection "Un siècle d'écrivains" de Bernard Rapp en 1994. Elle l'aide à récupérer les droits. Gallimard inscrit une clause qui oblige à démarrer le tournage avant 2006. Lequel ne commence en réalité qu'à la fin 2010. Glenio Bonder meurt prématurément en 2011, privé finalement de voir la version achevée de son rêve, fruit de de 25 ans de bataille.

Belle du Seigneur, de Glenio Bonder, avec Jonathan Rhys Meyers, Natalia Vodianova, Marianne Faithfull (1h44 min – sortie le 19 juin 2013).
Belle du Seigneur, Albert Cohen (Folio - 1120 pages - 11,50 euros).

Extrait 
"Solennels parmi les couples sans amour, ils dansaient, d'eux seuls préoccupés, goûtaient l'un à l'autre, soigneux, profonds, perdus. Béate d'être tenue et guidée, elle ignorait le monde, écoutait le bonheur dans ses veines, parfois s'admirant dans les hautes glaces des murs, élégante, émouvante, exceptionnelle, femme aimée, parfois reculant la tête pour mieux le voir qui lui murmurait des merveilles point toujours comprises, car elle le regardait trop, mais toujours de toute son âme approuvées, qui lui murmurait qu'ils étaient amoureux, et elle avait alors un impalpable rire tremblé, voilà, oui, c'était cela, amoureux, et il lui murmurait qu'il se mourait de baiser et bénir les longs cils recourbés, mais non pas ici, plus tard, lorsqu'ils seraient seuls, et alors elle murmurait qu'ils avaient toute la vie, et soudain elle avait peur de lui avoir déplu, trop sûre d'elle, mais non, ô bonheur, il lui souriait et contre lui la gardait et murmurait que tous les soirs ils se verraient."


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Albert Cohen lit un extrait de "Belle du Seigneur"