"Arrêtez-moi là" de Gilles Bannier : Reda Kateb en coupable idéal

Par @Culturebox
Mis à jour le 09/01/2016 à 16H01, publié le 04/01/2016 à 16H56
Reda Kateb dans "Arrêtez-moi là"

Reda Kateb dans "Arrêtez-moi là"

© Jean-Pierre Amet/Legato Films

Pour son premier long métrage, Gilles Bannier nous offre avec "Arrêtez-moi là" un polar contant l'histoire d'un petit chauffeur de taxi victime d'une erreur judiciaire. Efficace, précis et infiniment réaliste.

La note Culturebox

4
4/5
Irréprochable Gilles Bannier. Le réalisateur d'Engrenages, cette série judiciaro-policière de Canal + à la mécanique de récit implacable, toute en noirceur et en profondeur. De l'audace, enfin pour une série française, et une bonne poignée d'antihéros.
 
Le cinéaste, pour son premier long métrage, s'inscrit dans cette veine pour nous conter l'histoire d'un mec comme un autre, que la machine judiciaire va broyer.

Un mec irréprochable

Samson Cazalet (Reda Kateb) était pourtant lui aussi un mec irréprochable. Car vous comprenez, les emmerdements, c'est pas trop son truc. Il aime bien conduire. Alors, autant que ça lui rapporte un peu de sous, s'est-il simplement dit au moment de s'installer à son compte. Et c'est comme ça, sans vraiment se poser de questions, qu'il est devenu chauffeur de taxi à Nice.
Reda Kateb et Erika Sainte dans "Arrêtez-moi là"

Reda Kateb et Erika Sainte dans "Arrêtez-moi là"

© Jean-Pierre Amet/Legato Films
Sa routine, il l'aime plutôt bien. Il vit seul, avec son chat, dans un petit appartement. Il a bien une copine. Mais Samson préfère qu'ils restent chacun chez soi. Source d'ennuis et de complications, pense-t-il. Et un jour, un jour comme un autre, il charge à l'aéroport Louise Lablat (Léa Drucker), cliente ravissante, pour la déposer chez elle. Un soupçon de musique, un regard échangé et pendant ce court instant, le charme opère.
 
Quelques heures après, en pleine nuit, et alors qu'il s'apprêtait à rentrer au dépôt, Samson, bonne âme qu'il est, accepte de prendre deux étudiantes complètement saoules, sans facturer leur course, pour éviter quelconque tracas administratif. En guise de remerciement, l'une d'elles ne trouve rien de mieux que de vomir dans le taxi. Un coup de vapeur et il peut enfin rentrer chez lui, harassé. Ce soir, il n'ira pas chez sa copine.
 
Au même instant, la fillette de Louise disparaît. Samson est le coupable idéal. Et la justice, impavide, implacable, ne va pas tarder à s'abattre sur lui. Sans que rien ne puisse déranger l'ordonnancement d'un scénario qui semble, au grand malheur de Samson, écrit d'avance. Ni son propre avocat, commis d'office, qui se distingue surtout par sa médiocrité, ni sa petite-amie, qui bien malgré elle, l'enfoncera à son tour, et encore moins la présence possible dans le secteur d'un véritable pervers sexuel.
Reda Kateb et Gilles Cohen dans "Arrêtez-moi là"

Reda Kateb et Gilles Cohen dans "Arrêtez-moi là"

© Jean-Pierre Amet/Legato Films

Monstrueux et réaliste à la fois

Pour son premier long métrage, Gilles Bannier nous livre une très fidèle adaptation du bouquin du même titre d'Iain Levison tiré d'un fait divers s'étant déroulé aux États-Unis (l'affaire Richard Ricci). Tout l'enjeu de la version du réalisateur a donc été de garder toute la force du sujet pour l'adapter au droit français. Et c'est une bien jolie réussite.
 
Qui d'autre d'ailleurs que Gilles Bannier pour y parvenir avec autant de brio ? Voilà des années en effet qu'il décrypte cette machine judiciaire pour les besoins de ses séries policières et le résultat est ici à la fois infiniment monstrueux mais tellement réaliste.
 
Une justice à deux vitesses qui va laisser Samson, ce petit chauffeur de taxi sans argent ni réseau, seul. Infiniment seul. Victime de l'injustice, cette sorte de loterie insensée qui changera à jamais sa vie et qui aura passionné tant de cinéastes. De Norman Jewison qui offrait à Denzel Washington dans "Hurricane Carter", l'un des plus beaux rôles de sa carrière, à Alan Parker avec "La Vie de David Gale" évoquant le destin d'un militant contre la peine capitale qui se retrouvera à son tour, du mauvais côté des barreaux.

Reda Kateb époustouflant

Si le film de Bannier n'a pas leur virtuosité, il a au moins le mérite d'éviter quelques poncifs du genre. Un ton mélodramatique et des musiques tire-larmes pour des histoires qui se suffisent largement à elle-même. D'ailleurs, un peu à l'image d'un Depardon, de la musique, il n'y en a quasiment pas. Tout le film semble construit autour de la prestation toute en retenue, en profondeur et en simplicité de son acteur.
 
La réalisation est ici efficace, carrée, froide. Bannier dissèque la justice française avec cynisme et précision en lui opposant la détresse d'un Reda Kateb tout bonnement époustouflant.
Drame de Gilles Bannier – Avec Reda Kateb, Léa Druker et Gilles Cohen. Durée : 1h34. Sortie : 6 janvier 2016.
 
Synopsis : Chauffeur de taxi à Nice, Samson Cazalet, la trentaine, charge une cliente. Le soir même, la fillette de cette femme disparaît et des preuves accablent Samson. Comment convaincre de son innocence lorsqu'on est le coupable idéal ?