"À jamais" : Benoît Jacquot ressuscite Mathieu Amalric

Par @Culturebox
Publié le 03/12/2016 à 15H03
Mathieu Amalric et Julia Roy dans "A jamais" 

Mathieu Amalric et Julia Roy dans "A jamais" 

© Alfama Films

Benoît Jacquot s'empare d'un roman de Don DeLillo. Tournage express et petit budget pour cette adaptation qui flirte avec le surnaturel sans recourir aux effets spéciaux. Mathieu Amalric et la jeune Julia Roy défendent bien ce film poétique et fragile.

La note Culturebox

3
3/5
De Judith Godrèche à Isabelle Huppert, Benoît Jacquot n'a pas été avare de portraits de femmes dans sa longue carrière. C'est même devenu sa marque de fabrique, dans des environnements très différents. Cette fois pourtant, c'est un homme qui crève l'écran durant les premières minutes du film. Mathieu Amalric, en cinéaste tourmenté, cherchant l'inspiration dans une jolie maison glacée, loin de tout, sur la côte portugaise.
"A Jamais" de Benoît Jacquot © Alfama Films

Rey croise Laura. Il a à peine entendu le son de sa voix mais il est déjà amoureux. Il la suit. Il l'épouse. Elle est jeune et discrète, presque effacée. On ne voit que lui, souvent râleur, désabusé. Elle subit son humeur massacrante. Et puis il meurt. Un autre film peut commencer et Julia Roy (Laura) s'y révèle. Son mari n'est plus là. Sauf pour elle. Au début, c'est juste une impression, des signes. Et puis Rey est de nouveau là, ni tout à fait le même, ni tout à fait différent. Il s'exprime avec des mots uniques, ou des morceaux de phrases prononcés autrefois. Elle seule peut le voir. Absence-présence, elle fusionne avec lui. Il est Julia, elle est Rey.
Librement inspiré de "The Body Artist" de Don DeLillo, le film de Jacquot ne s'encombre pas d'effets spéciaux. Tout est montré très simplement, tourné avec grâce. Mais il faut adhérer à ce parti-pris mi-poétique, mi-mystique, pour apprécier la lenteur du film, ses répétitions et ses silences. La très belle partition musicale de Bruno Coulais, tour à tout minimaliste ou volumineuse, porte largement le projet. Amalric aime les expériences et celles-ci en est une sacrée. Il met tout son poids et sa conviction pour faire pencher du bon côté ce film fragile mais inspiré. À son côté, Julia Roy se révèle au fur et à mesure, dévoilant un potentiel très au dessus de la moyenne.
"A Jamais" de Benoît Jacquot. © Alfama Films

La fiche

Drame de Benoît Jacquot – avec Mathieu Amalric, Julia Roy et Jeanne Balibar – durée : 1h26 – Sortie : 7 décembre 2016
Synopsis : Laura et Rey vivent dans une maison au bord de la mer. Il est cinéaste, elle crée des « performances » dont elle est l’actrice. Rey meurt —accident, suicide ?—, la laissant seule dans cette maison. Mais bientôt, seule, elle ne l’est plus. Quelqu’un est là, c’est Rey, par et pour elle, comme un rêve plus long que la nuit, pour qu’elle survive.