Plus de projets de films étrangers en France grâce au crédit d'impôt international

Par @Culturebox
Publié le 01/04/2016 à 15H36
Tournage d'un film indien en Corse, 2008

Tournage d'un film indien en Corse, 2008

© STEPHAN AGOSTINI / AFP

Le nombre de projets de films étrangers tournés en France est en nette augmentation au premier trimestre, une hausse liée au renforcement du crédit d'impôt international, selon le CNC.

"On compte ainsi, sur le seul premier trimestre 2016, 19 projets étrangers - films, audiovisuel et animation confondus - c'est-à-dire autant de projets que sur l'ensemble de l'année 2015", indique vendredi dans un communiqué le Centre national de la cinématographie et de l'image animée.

Il s'agit de projets qui ont déjà obtenu un agrément provisoire en vue d'une réalisation en France au cours de cette année, précise le CNC, organisme en charge du système d'aide à la création cinématographique.

La France plus attractive grâce au crédit d'impôt

"Cette augmentation considérable confirme la puissance du dispositif mis en place afin de renforcer l'attractivité du territoire français, tant pour les tournages que pour le secteur de l'animation et de la post-production", estime Frédérique Bredin, présidente du CNC.

Le crédit d'impôt international accordé par le CNC concerne les oeuvres cinématographiques ou audiovisuelles de fiction ou d'animation dont la production est initiée par une société étrangère et dont tout ou partie de la fabrication a lieu en France. Le gouvernement a renforcé ce dispositif depuis le 1er janvier en généralisant son taux de 30%, réservé jusqu'alors aux films de moins de 4 millions d'euros, et en relevant son plafond à 30 millions d'euros (contre 20 millions auparavant).

Surtout des productions américaines et anglaises

Au total, les dépenses à venir pour ces 19 projets sont estimées à 100 millions d'euros, soit 3,3 fois plus que le montant de 30 millions d'euros estimé à la même période en 2015, souligne le CNC. Ces 100 millions d'euros se décomposent en 72 millions d'euros pour les projets en prise de vue réelle, à comparer aux 12 millions d'euros en 2015 (soit 5,8 fois plus) et 28 millions d'euros pour les projets d'animation, à comparer à 18 millions (soit 1,5 fois plus).

Les Etats-Unis et le Royaume-Uni restent les deux principaux pays d'origine des productions concernées, avec 14 projets et 89% des dépenses. Parmi les projets qui réaliseront cette année la quasi totalité de leurs tournages en France figurent "Befikre", une production indienne (66 jours de tournage), "The Hunting "(Chine, 45 jours), "Penrose Affair" (Etats-Unis, 30 jours). Plusieurs séries audiovisuelles sont aussi prévues : "Riviera" (Royaume-Uni, 130 jours), "Death in Paradise 6" (Royaume-Uni, 98 jours) et "Bruno, chef de police" (Allemagne, 28 jours).

3 questions à Frédérique Bredin, présidente du CNC (Centre national du cinéma)

La hausse des projets de tournages de films étrangers au premier trimestre en France est-elle l'amorce d'une tendance de long terme ?
Frédérique Bredin : "Ces chiffres montrent que le crédit d'impôt international (dont le taux est passé à 30% en janvier, NDLR) est extrêmement attractif. Tout cela est très prometteur et devrait encore être renforcé dans les années à venir par la forte croissance du cinéma et de l'audiovisuel dans les pays émergents, notamment en Inde et en Chine, que nous suivons avec grande attention. Ce nouveau crédit d'impôt est incontestablement un investissement pour l'avenir. Chaque film est comme une grande PME. A chaque tournage en France, des centaines d'emplois sont à la clé, particulièrement des emplois jeunes dans l'animation et les effets visuels, pour lesquels notre savoir-faire est reconnu dans le monde".
Peut-on espérer des retombées au-delà du secteur du cinéma ?
F. B. : "Il est clair que le cinéma et les programmes audiovisuels jouent un rôle incitatif pour les touristes. En favorisant le tournage de productions internationales, souvent à forte audience au plan mondial, incluant des scènes se déroulant en France, le crédit d'impôt international est source de retombées pour l'industrie touristique. A Chantilly, les visiteurs chinois sont passés de quelques centaines de visiteurs annuels à plus de 15.000 grâce au film "Chinese Zodiac" de Jackie Chan, tourné en partie dans le château. Cinq ans après +Bienvenue chez les Chtis+, l'Office de tourisme de Bergues (Nord) estimait que la fréquentation touristique avait doublé depuis la sortie du film et que les touristes allemands - quasi absents jusqu'alors - étaient devenus la deuxième clientèle étrangère. Il faut encore évoquer des films comme +Inception+ de Christopher Nolan, +Midnight in Paris+ et +Magic in the moonlight+ de Woody Allen ou des séries comme +Merlin+, +The Tunnel+ réalisées pendant plusieurs saisons en France. Ces projets valorisent le patrimoine culturel, architectural et historique et contribuent à renforcer la notoriété de notre territoire à travers le monde".
Ces mesures fiscales sont-elle suffisantes, sachant que la fiscalité d'autres pays européens est encore plus avantageuse ?
F. B. : "Des menaces élevées pesaient sur notre industrie, notamment pour les films à gros budgets, en raison de l'attractivité fiscale d'autres pays, alors que le poids économique du secteur en France - 340.000 emplois et 1% du PIB - représente davantage que la filière automobile. Il fallait donc réformer le crédit d'impôt international. Aujourd'hui, avec ces nouveaux aménagements, la France est l'un des pays les plus attractifs du monde. Si besoin, nous adopterons à nouveau nos aides. Mais laissons déjà les effets positifs s'installer. Ils devraient représenter 200 millions d'euros d'activités et près de 10.000 emplois en France".