Lumière 2016 : Catherine Deneuve en masterclass "Je suis spontanée, pas provocatrice"

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/10/2016 à 12H28, publié le 15/10/2016 à 02H05
Catherine Deneuve entre Bertrand Tavernier (à gauche) et Thierry Frémaux

Catherine Deneuve entre Bertrand Tavernier (à gauche) et Thierry Frémaux

© Jean-François Lixon

A quelques heures de recevoir le prix Lumière 2016 vendredi soir, Catherine Deneuve donnait une masterclass au théâtre des Célestins, à Lyon. La comédienne a répondu aux questions affûtées de Thierry Frémaux, de Bertrand Tavernier et à celles parfois moins judicieuses du public. Catherine Deneuve s'est exprimée avec sincérité et humour pendant une heure et demie.

"Je suis spontanée, pas provocatrice" au détour d'une réponse au cours de laquelle elle évoquait une déclaration intempestive de Lars von Trier à Cannes, Catherine Deneuve a donné un assez bon résumé de cette heure et demie passée à répondre aux questions de Thierry Frémaux, le directeur du festival Lumière, et du réalisateur non moins lyonnais Bertrand Tavernier.

Le magnifique théâtre des Célestins était plein à craquer quand Catherine Deneuve est entrée sur scène et s'est installée à une table plantée au milieu du très beau décor de "La grenouille avait raison" de James Thierrée, le petit-fils de Charlie Chaplin. La pièce est à l'affiche du théâtre. Elle était arrivée la veille à Lyon, avec un jour d'avance sur le programme.

Reportage : J. Sauvadon / JC Adde / F. Gramond

Françoise

Sans logique particulière, la masterclass a permis à Catherine Deneuve de répondre à des interrogations pécises sur des moments de sa carrière, ou à éclairer le public sur sa manière de travailler. L'évocation sans émotion superflue de la mémoire de sa soeur Françoise Dorléac disparue en 1967, a permis d'apprendre, si on l'ignorait, que c'est à elle qu'elle doit sa carrière. Françoise lui ayant proposé de jouer le rôle de sa soeur (!) dans son premier film.

Catherine Deneuve à son arrivée sur la scène du théâtre des Célestins, à Lyon

Catherine Deneuve à son arrivée sur la scène du théâtre des Célestins, à Lyon

© Jean-François Lixon

Scandale à Cannes

Thierry Frémaux a fait revenir Catherine Deneuve sur  la soirée très tendue, à Cannes en 1972, alors qu'elle accompagnait son mari d'alors, Marcello Mastroianni, ainsi que toute l'équipe de "La Grande Bouffe". Ce soir là, une partie du public s'était déchaînée contre le film, son auteur et ses interprètes. "Une femme a même craché sur Marco Ferreri, raconte Catherine Deneuve, aujourd'hui avec les réseaux sociaux, la réputation des protagonistes aurait pu en être entachée. A l'époque, on est juste partis vers autre chose". Bertrand Tavernier a rappelé que le film avait fait un tel scandale que certains avaient réclamé que les acteurs français du film soient déchus de leur nationalité !

André Téchiné

Quand lui a été posée la question "Quel est le réalisateur avec lequel vous avez le plus aimé travailler ?", la comédienne a rappelé son amité personnelle et professionnelle avec André Téchiné. Elle a tourné sept films sous sa direction. Catherine Deneuve a parlé des méthodes de travail de François Truffaut qui, par exemple, avait tourné "La sirène du Mississipi" dans l'ordre exact des scènes du film.  Les noms d'illustres diparus ont traversé le théâtre à l'italienne : Marcello Mastroianni, Jacques Demy, Yves Montand, Philippe Noiret, Luis Bunuel, Robert Aldrich, Alain Corneau ou François Truffaut. A propos de ce dernier, Caherine Deneuve rapporte une conversation :"François Truffaut me disait qu'il trouvait le cinéma plus intéressant que la vie, je lui ai répondu que je préférais la vie".

Spontanée

Au fil de la conversation, on n'en apprendra pas beaucoup sur la vie de la comédienne. Tout juste répondra-t-elle qu'elle est "spontanée mais pas provocante". Cette déclaration qui devait se vérifier tout au long de l'entretien faisait suite à l'évocation du scandale provoqué en 2011 par Lars von Trier au festival de Cannes (Il s'était fait expulser de l'événement après avoir déclaré à propos d'Hitler : "Je dis seulement que je comprends l'homme. Il n'est pas vraiment un brave type, mais je comprends beaucoup de lui et je sympathise un peu avec lui" et d'autres propos du même type).

Questionnée avec malice par Thierry Frémaux sur l'actualité politique et la primaire de la droite, Catherine Deneuve l'a gentiment envoyé promener. Ce qui n'a pas empêché le directeur du festival de rappeler que si elle ne s'était jamais prononcée pour un parti, Catherine Deneuve avait souvent apporté son soutien à des causes qui lui paraissaient être dignes d'être défendues. "La lutte contre l'avortement, ajouta-t-elle avant de se reprendre très vite : POUR l'avortement"...

Oups !

La parole a été ensuite donnée au public qui a pu poser quelques questions, sur la technique de travail de la comédienne, sur son expérience quand elle avait tourné avec sa propre fille Chiara Mastroïanni, et,question moins adroite qui a provoqué un immense éclat de rire dans la salle : "Vous avez joué dans une seule comédie musicale à ma connaissance, Peau d'âne, pourquoi ne pas en avoir tourné plus ?". Le questionneur avait juste oublié "Les Demoiselles de Rochefort" et "Les Parapluies de Cherbourg" !

Deneuve et Tavernier, un rendez-vous manqué ?

"Question pour Catherine Deneuve et Bertrand Tavernier. Pourquoi n'avez-vous jamais travaillé ensemble ?" Première réponse de Bertrand Tavernir : "je l'attendais, celle-là". Puis Catherine Deneuve "La vie...". Puis Bertrand Tavernier précise: " J'avais envie de lui donner le rôle dans "La vie et rien d'autre" mais nous avions un petit budget, des journées de tournage très courtes, en novembre. Je n'ai pas osé le lui proposer".

Catherine Deneuve entre Bertrand Tavernier et Thierry Frémaux, ovationnée par le public lyonnais

Catherine Deneuve entre Bertrand Tavernier et Thierry Frémaux, ovationnée par le public lyonnais

© Jean-François Lixon

La sortie des usines Lumière

La rencontre avec le public lyonnais a duré une heure et demie. Catherine Deneuve s'est montrée vive, pleine d'humour et d'à-propos. Elle a une fois de plus fait preuve d'une réelle humilité, tenant des propos très sensés sur la réussite, la gloire. A la question de savoir si elle allait passer à la réalisation, la comédienne a répondu qu'elle tient les réalisateurs en trop haute estime pour se lancer dans cette profession. Elle doit pourtant "diriger" le traditionnel remake de "La Sortie des Usines Lumière" avec les autres invités prestigieux du festival.

Le soir même, Catherine Deneuve recevait le 8e prix Lumière des mains de Roman Polanski.